Le Nazi et le Barbier

Théâtre
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Le Nazi et le Barbier
Photo : © Thérèse Gacon

Il en fallait, de l’audace, pour faire monter ‘Le Nazi et le Barbier’ sur les planches, tant le roman d’Edgar Hilsenrath (paru aux éditions Attila en 2010), long monologue intérieur nourri d’images délirantes, d’humour noir et de situations grotesques, dépasse les bornes de la cohérence et du politiquement « correct ». Mais alors pour en faire une sorte de one-man-show, il fallait carrément avoir une case en moins et un culot gros comme la poitrine de Minna Schulz, mère plantureuse du anti-héros imaginé par Hilsenrath dans cette farce corrosive, qui raconte la Shoah du point de vue du bourreau.

On est donc pour le moins estomaqués par la mise en scène « stand-up » de Tatiana Werner qui signe, à la Manufacture des Abbesses, une adaptation très juste du récit : texte parfaitement élagué, énergie dévastatrice, climat ambivalent… Le tout servi par une parcimonie de costumes, d’effets sonores et d’éclairages. Virevoltant constamment entre des ressorts burlesques, une poésie troublante et des questionnements graves, le comédien David Nathanson, seul sur scène, nous conduit furieusement à travers la vie de Max Schulz. L’enfance difficile (viol, coups, médiocrité, solitude…) de l'aryen aux cheveux noirs, au nez crochu et aux dents pourries, que tout le monde prend pour un juif. L’apprentissage du métier de barbier dans le salon de coiffure de Chaim Finkelstein, père de son meilleur ami Itzig. La conversion au nazisme en 1932. Les aléas de la vie de SS génocidaire, l’usurpation d’une identité juive, l’adhésion au sionisme, la fuite en Palestine, les remords… On n’en perd pas une miette à mesure que Nathanson bondit d’un épisode à un autre, personnifiant au fil de son soliloque chaque personnage avec une gestuelle concise et caustique. L’ensemble parvient à conserver le rythme et l’esprit déjantés qui font toute la puissance du ‘Nazi et le Barbier’. Et jette une lumière nouvelle sur ce texte qui, derrière ses airs désinvoltes, nourrit une réflexion perçante sur la culpabilité, la barbarie et l’expiation.

Par Tania Brimson

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