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On a vu 'Please, continue (Hamlet)'

Avocats... prêts? feu, partez !

© Pierre Abensur


C'est reparti, voilà que des avocats en robe montent sur scène. Après avoir transformé le Théâtre du Rond-Point en ring de boxe pendant la conférence Berryer, on retrouve les pros de la justice usant à nouveau de leur gouaille dans 'Please Continue (Hamlet)'. Pas de rigolade, l'heure est grave : ils doivent juger le héros de Shakespeare pour le meurtre de Polonius. L'idée était originale : traîner Hamlet au tribunal, face à des vrais avocats qui se prêtaient au jeu pour l'occasion. Au départ, le Barreau de Paris s'installe dans les règles de l'art devant une assemblée médusée, qui attend impatiemment le déroulement du procès. Munis d'un stylo et d'un carnet, les spectateurs doivent redoubler d'attention, car ils peuvent être tirés au sort pour constituer le jury populaire, qui décidera du verdict final. A l'instar d'un vrai procès aux Assises, témoins, victimes, psychanalystes, avocats, se relaient à la barre devant le juge. Pour ceux, qui n'ont jamais eu l'occasion d'en voir un, le concept revêt un intérêt quasi-pédagogique, très intéressant. La pièce - si on peut appeler ça une pièce - reprend le déroulement classique d'un procès, et l'on comprend que les avocats ont bûché sur le sujet à partir d'un vrai dossier de justice, constitué spécialement pour l'occasion (avec des vraies photos de la victime assassinée !) et qu'on nous donne à feuilleter dans le public. Mais très vite, l'enthousiasme qui nous habitait au début de l'audience retombe comme un soufflé.

On comprend que l'histoire d'Hamlet n'est en fait qu'un prétexte pour parler de l'importance de la justice et non pas pour faire un éventuel lien entre la fiction et la réalité. L'ensemble manque atrocement de théâtralité, et on tombe du coup, dans l'anecdotique. Pourquoi ne pas avoir repris le brillant monologue,  du 'to be or not to be', quand Hamlet s'adresse à la Cour - « Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleurs et à l'arrêter par une révolte ? » - ou accentuer les anachronismes en choisissant des tenues d'époque, ou encore fait intervenir d'autres personnages de la pièce ? Telle est la question. Bref, on aurait souhaité une plus grande justification pour amener ce procès fictif sur les planches d'un théâtre. Même si le fait de pouvoir participer au spectacle atténue en partie notre ennui, on ne parvient pas à cacher une certaine déception. Alors on attend impatiemment l'heure de la sentence, seul moment un peu excitant de la pièce, pour en finir avec cette longue attente (plus de 2h quand même). Et chaque soir, le sort d'Hamlet se rejoue. A découvrir au Nouveau théâtre de Montreuil jusqu'au 19 octobre, et après en tournée dans toute la France.


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