Phèdre

Théâtre
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Phèdre
© Anne Nordmann
On a beau connaître ses alexandrins par cœur, se rappeler de la mélodie des vers, et savoir quel dessein tragique s’annonce : ‘Phèdre’ reste un mystère. D’abord pour celui qui en est spectateur, et qui découvre qu’Hippolyte peut devenir un vaillant chevalier après avoir longtemps été présenté en cure-dent anémique. Puis pour celui qui déroule sur scène sa vision incarnée. A chaque metteur en scène, sa petite musique du désespoir racinien. Pour Christophe Rauck, Phèdre s’aventure dans les eaux obscures de la démence. Le corps quasiment démantelé, le regard caché par d’épaisses lunettes de soleil et des robes de deuil bien achalandées, Phèdre brille comme un joyau écaillé. Jouée par une majestueuse Cécile Garcia-Fogel, l’héroïne se jette par terre, rampe pour ne pas avouer son amour incestueux, surjoue une voix de velours digne de Marilyn Monroe. Tous les états de folie, de délire et d’affliction. Face à ce tourbillon de sentiments contradictoires, Hippolyte ne perd pas en charisme. Interprété par le fringant Pierre-François Garel, le fils de Thésée souvent joué par des jeunes premiers faméliques gagne en épaisseur, autant qu’en intransigeance.
Dans un décor composé d’armures amoncelées sur l’avant-scène et de reproductions de tapisseries moyenâgeuses, les comédiens épousent la langue racinienne avec un naturel déconcertant. Et comme chez Marivaux, ces deux-là savent évoluer ensemble. Mais alors que dans les ‘Serments indiscrets’ on retrouvait l’esprit audacieux de la comédie, ici l’on perd un peu de la solennité qui fait le drame. La faute à une modernité trop appuyée. A une mise en scène diluée. Si Phèdre interroge, son destin nous laisse pourtant de glace. On s’ennuie quelquefois, mais on apprécie malgré tout le voyage.

Par Elsa Pereira

Publié :

Téléphone de l'événement 01 48 13 70 00
Site Web de l'événement http://www.theatregerardphilipe.com
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