Platonov

Théâtre
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Ironie du sort ou funèbre coïncidence, la première représentation de 'Platonov' de Tchekhov – grand maître russe ayant introduit la mort parmi les ingrédients de la Comédie – a eu lieu le 8 janvier au théâtre de la Colline, soit le lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, journal dont la satire a eu pour conséquence la triste disparition d’une majorité de ses chroniqueurs. C’est alors que, presque inévitablement, les mots de la pièce résonnent intensément, comme des coups de feu, notamment lorsque Triletski (David Clavel) proclame qu’il faut « enterrer les morts et réparer les vivants ». Mais les pouvoirs de la fiction ont raison de nos esprits meurtris qui ne demandent qu’à se laisser entraîner par une poésie aussi vive que flamboyante.  

C’est le Collectif des Possédés – créé en 2002 et habituellement constitué de 9 comédiens, auquel s’ajoute, pour ce spectacle, la talentueuse Emmanuelle Devos –  qui se fera le plaisir d’interpréter cette grande pièce de Tchekhov. Tous les comédiens de la troupe excellent dans l’art de la scène, riches de leurs différences et de leurs singularités. Ils prennent part à cette « comédie humaine » de manière généreuse et sincère, reflétant admirablement  l’être humain dans toute sa fragilité et son exaltation. Comme souvent chez Tchekhov, le désir seul peuple le néant et l’ennui : le désir d’aimer, le désir d’argent, le désir d’ivresse, le désir de détruire. Peu importe qu’ils soient vains et dérisoires, les désirs animent la noirceur fiévreuse de la pièce, dont il ressort, grâce à sa vivacité, une joyeuse tristesse.

Savamment dosée, la mise en scène ne malmène absolument pas la poésie du texte original : pas de costumes abracadabrantes ou de fioritures, mais une campagne improvisée tout à fait charmante, un désordre de vieux meubles organisé, des toiles de tissus qui esquissent un jardin, des piscines remplies de papier à bulles, et même un feu d’artifice. A cela s’ajoute les merveilleuses prestations à la guitare de Kirill (Antoine Kahan), qui relève le texte d’une musicalité tout à fait prodigieuse.  

Le personnage éponyme, Platonov (Rodolphe Dana), est un intellectuel provocateur que ses désirs contradictoires malmènent ; égoïste séducteur et séduisant, il porte délicieusement le masque de l’incertitude du début à la fin de la pièce. Mais comme le roi d’un échiquier entouré de ses pions impuissants, Platonov n’a aucune échappatoire. Et pourtant, nous comprenons qu'il n'en résulte rien d'effroyable –  pour peu que l’on désire, que l’on rit et que l’on vive, dans ce bouillonnement théâtral qui est l’œuvre magistrale d’un jeune auteur de 18 ans.  

Loin de sortir dépossédé ou terrassé par cette pièce de 3h30 aussi rieuse que chaotique,  on se réveille empreint d’une nouvelle ténacité, bien décidé à muer nos échecs et notre résignation en un frémissement de désirs et de volonté.

 

Par Céleste Lafarge

Publié :

Téléphone de l'événement 01 44 62 52 52
Site Web de l'événement http://lespossedes.fr/
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