Race

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JP Lozuet
Race

Dans le vestibule du théâtre, des effluves de parfum Chanel se répandent dans l’air. On retire son manteau de vison et on se frotte les mains gantées de cuir. Certains spectacles sont plus luxueux que d’autres, de par leur hôte (ici la comédie des Champs-Elysées, avenue Montaigne) mais aussi de par le casting réuni pour l’occasion. ‘Race’ gagne ainsi sur les deux terrains. Monsieur Charlotte Gainsbourg Yvan Attal interprète Jack Lawson, avocat au franc-parler, tandis que Sara Martins (magnifique dans ‘Pigalle la nuit’) joue une avocate-stagiaire.

Au cœur de l’intrigue, une histoire de riche blanc accusé d’avoir violé une femme noire. Le spectre de DSK n’est pas loin. Dans un décor tristement illustratif signé Jacques Gabel (diantre ! On a connu le scénographe plus inspiré !), les acteurs vont et viennent, débitent des kilomètres de texte, tentent de démêler le vrai coupable du faux témoignage.

La pièce de David Mamet a beau être d’une actualité piquante, elle enfonce littéralement des portes ouvertes. En étirant la question raciale dans tous les sens, l’auteur américain rend l’histoire aussi flasque qu’un chewing-gum. Est-ce une victime, ou une prostituée mal intentionnée ? Mais alors qu’en est-il de la robe à paillettes ? Pourquoi les témoins mentent-ils ? Qui est coupable ? Qui ne l’est pas ? On se croirait presque dans un épisode de ‘The Good Wife’. La qualité des dialogues et le suspense en moins. Face à une œuvre aussi friable, évidemment l’adaptation française ne peut guère faire de miracle. La problématique des communautés et des préjugés qui y sont relatifs est intéressante voire très à-propos (surtout à l’heure du Sofitel). Cependant la mise en scène soustrait la question raciale de tout point de vue universel. Traitée sous le prisme de la justice américaine, elle perd tout contenu, toute finesse.

Assis au fond de son fauteuil carmin, on se croirait davantage devant une sorte de téléfilm judiciaire qu’au théâtre. Et l’interprétation parfois très maladroite des comédiens, rend le tout tragiquement indigeste. Il reste le plaisir de voir de près des acteurs que l’on aime d’habitude sur grand écran. Le prétexte est mince.

 

Par Elsa Pereira

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