Roméo et Juliette

Théâtre
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Roméo et Juliette
© Léa Crespi

On en connaît les risques. Adapter ‘Roméo et Juliette’, c’est s'attaquer à une grande montagne escarpée. Tenter tant bien que mal d’en atteindre les sommets, tout en sachant que la partie est presque perdue d’avance et qu’il faudra, le plus souvent, se résoudre à ne lui arriver qu’à la cheville. Rien de tel qu’une nouvelle adaptation de la tragédie véronaise pour se rappeler à quel point il est difficile pour un metteur en scène de se mesurer au texte de Shakespeare : cas d’école au théâtre de la Porte Saint-Martin.

Pour cuisiner la pièce à leur sauce, Pierre-Alain Leleu et Nicolas Briançon n’ont opté ni pour la recette classique (façon Globe Theatre ou Franco Zeffirelli), ni pour une version ultra-contemporaine (comme la Royal Shakespeare Company en 1986 ou Baz Luhrmann au cinéma). Ici, le parti pris lorgne timidement vers une Italie mafieuse, disons des années 1920. On se bat en costards noirs. On picole toute la nuit en jouant les durs entre Capulet et Montaigu. On drague grossièrement les filles qui battent le pavé d'une ville sur le point de basculer dans une guerre incestueuse, cristallisation des tensions entre deux patriarches ennemis, machistes et revanchards.

Jusque-là, tout va bien. Le contexte mafieux restitue même parfaitement l'esprit de la pièce, souvent crue et sanguine. Sauf que la modernisation de Leleu et Briançon s’avère frileuse. On nous promettait une grosse ripaille à l’italienne, on se retrouve face à quelque chose de mijoté, qui manque de « carne » et de piment. Leur Roméo (Niels Schneider) avait pourtant tout pour lui – parfaitement dosé, transi mais lucide et plein d’esprit. Leur Juliette (Ana Girardot), décidée, vaillante et farouchement adolescente – juste comme il faut. La nourrice (Valérie Mairesse), croustillante au possible ; le prêtre (Bernard Malaka), sensible, drôle et complice à la fois. Or malgré la justesse de ces premiers rôles, alliée à des transitions subtiles entre les scènes, quelque chose ne colle pas dans cette Italie conjuguée au français.

Presque tout ce qui est périphérique à l’intrigue amoureuse (la violence, la vulgarité, l’ironie qui font tout le sel du texte de Shakespeare) peine à convaincre, de ce Tybalt qui parle comme un lascar à ce tableau final, esthétisant et un poil clinique, sans oublier l'engoncement des comédiennes en petites robes et grands talons, plus proches d'un bal de promo de fac de droit que d'une Vérone au sang chaud et aux vengeances froides. Un peu tape à l'œil sous couvert de sobriété (décors simples tout en nuances de gris, intrigue et langage proches de l'original), un brin tête-d'affichiste (ce qui, malgré de belles prestations, ne suffit pas à installer une harmonie), la mise en scène ne va guère au bout de ses ambitions. On se laisse porter par les amants damnés sans jamais vraiment y croire. Satisfaits seulement d'avoir entrevu, de loin, l’un des pinacles du dramaturge britannique.

Par Tania Brimson

Publié :

Téléphone de l'événement 01.42.08.00.32
Site Web de l'événement http://www.portestmartin.com
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