Ubu enchaîné

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Ubu enchaîné
© Pascal Victor
Ubu enchaîné

L’idée n’était pourtant pas mauvaise. Elle semblait d’ailleurs plutôt bonne. Confier le rôle d’un ancien roi de Pologne au King Cantona, pourquoi pas. On l’avait aimé athlète déterminé à Manchester, acteur chez Ken Loach, poète sensible pour Rachida Brakni, on devrait l’apprécier sur du Jarry… L’idée de le voir en despote absurde avait donc du sens et laissait présager du meilleur. Mais à quoi bon le prestige d’une telle affiche si rien n’est fait pour la mettre en valeur ? Musique tonitruante, mise en scène monotone, direction d’acteur bâclée… Dan Jemmett s’est assurément pris les pieds dans les chaînes d’Ubu en voulant monter la fameuse pièce de Jarry.

Installés dans un minuscule cabaret encadré de lumière, mère Ubu (Valérie Crouzet) se dandine l’air pincé au côté d’un père Ubu (Eric Cantona) affalé jambes écartées, tous deux prisonniers et cachés derrière un rideau que le conteur (Giovanni Calo) tire entre deux scénettes.

Un dispositif scénique qui aurait pu être intéressant s’il avait été réellement exploité. Mais voilà, d’un côté le conteur casse frénétiquement de la vaisselle jouant et rejouant des mêmes blagues, et de l’autre, les deux acteurs quasi immobiles beuglent un texte inaudible. On n’y comprend pas grand-chose, pire, il est même difficile d’entendre la moindre réplique. Le texte d’Ubu devient alors une sorte d’aboiement sur de la techno visiblement mal réglée. Quant au conteur, enfermé dans un rituel monocorde, lui-même semble avoir renoncé à articuler la moindre phrase… Un charabia sans nom et une petite heure de spectacle qui dure un siècle.

Par Elsa Pereira

Téléphone de l'événement 01 53 05 19 19