Une faille

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Une faille

Le principe est simple mais terriblement ingénieux : organiser un spectacle vivant comme une série télévisée, avec sa mythologie et son architecture. Imaginer grandeur nature des épisodes de trente minutes chahutés par des cliffhangers haletants pour enfin sortir de la routine du show unique et faire revenir les jeunes au théâtre. Un projet ambitieux qui ouvre la saison théâtrale du NTDM.

Nous voilà donc en ce lundi pluvieux à deux pas de la mairie de Montreuil, prêts à assister aux quatre premiers épisodes d’un feuilleton théâtral d’un nouveau genre. ‘Une faille’, saison 1 : ‘Haut-Bas-Fragile’. Deux heures et vingt minutes de théâtre débutant dans le fracas d’un immeuble en construction qui s’effondre sur une maison de retraite.

Sous les décombres, coincés dans ce qu’il reste d’une buanderie, cinq Montreuillois vont devoir apprendre à se connaître en espérant revoir un jour le bleu du ciel. Un critique de cinéma acariâtre, un jeune dealer de viagra cabotin, une gardienne de la paix fraîchement sortie de sa province verdoyante… Une brochette de personnages haute en couleur sur une plateforme délabrée.

Face à eux mais à la surface du bitume, un chef de cabinet hystérique tente de résoudre la crise générée par l’incident. Contraint à endosser des responsabilités plus grandes que son portefeuille, il jongle avec ses portables, évite la jungle des micros tendus, s’agace des rouages dont il fait lui-même partie. De la crise du logement jusqu’aux agences de notation hypocrites en passant par les arrière-plans de ‘La Règle du jeu’ de Renoir : le magnifique texte de Sophie Maurer balaye avec gravité et humour ce qui pimente et éprouve notre quotidien. Il est question des banquiers et des marges folles, des conditions de fin de vie en maison de retraite, de l’art et de l’indignation politique. Sans jamais céder aux sirènes du mélodramatique manichéen, la mise en scène de Mathieu Bauer déplie l’histoire de ce drame avec justesse tout au long des quatre épisodes. On y aime tout : le chœur de citoyens aristotélicien, les riffs de guitare lâchés dans l’air, l’interprétation électrique de l’excellent Matthias Girbig, les dialogues ciselés, la scénographie tire-bouchonnée de rideaux en plastique... On aimerait pouvoir mettre sur pause et revenir en arrière, revoir telle scène, réécouter telle tirade. Les deux heures passent en un éclair et les trois mois qui nous séparent des prochains épisodes semblent bien trop loin. Rendez-vous en décembre.

 

Par Elsa Pereira

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Clark

Vu hier cette pièce à recommander. Des scènes belles comme des tableaux, un texte profond, de l'humour, un directeur de cabinet irrésistible. On rit, on s'inquiète, on apprend, on réfléchit. Vivement la suite !!