Une scène

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Une scène
© Richard Schroeder
Une scène

Combien de brasseries ont été le théâtre de ruptures ? Combien d’expressos furent témoins de séparations ? Lieu de prédilection de ceux venus éteindre leur histoire, les cafés voient chaque jour amants éplorés et amoureux fâchés s’épancher, se battre ou se consoler. C’est donc naturellement dans un décor de bistrot que Diastème a installé sa nouvelle pièce ‘Une scène’. Une sorte d’‘Un gars, une fille’ moins cocasse mais tout aussi drôle. Entre reproches et déclarations d’amour, ils vont ensemble remonter le fil de leur histoire à deux, s’émouvoir en se rappelant de leur première rencontre, s’énerver lorsqu’ils se souviendront des complications.

« Pourquoi tu m’as laissée partir ? », demande à de multiples reprises le personnage interprété par Andréa Brusque. « Je suis sûr que tu as le plus bel intestin grêle qu’il puisse être donné de voir », lui répond Julien Honoré, le sourire en coin. Et pour raconter cette rupture amoureuse aux faux airs de jeu d’échec, la mise en scène de Diastème joue la carte du minimalisme. Un décor plus sonore que visuel, des sirènes d’ambulance, le bourdonnement de la ville et deux verres de vin posés sur une table en bois.

Il va sans dire que l’extrême dépouillement du plateau ne fait qu’appuyer la prédominance des mots dans le théâtre de Diastème. Des paroles qui deviennent vite des armes, dans le cadre d’une dispute. Maître dans l’art de conjuguer le dialogue amoureux avec réalisme et virtuosité, l’auteur livre avec ‘Une scène’ une émouvante mise en scène où les hommes s’échappent et où les filles réclament des « je t’aime ».  On pense à Barthes, évidemment mais le résultat lorgne plutôt du côté de Woody Allen. Grand bien nous en fasse, cette toute petite heure passe en un éclair !

Par Elsa Pereira