Voyages avec ma tante

Théâtre
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Voyages avec ma tante  (© François Berthier )
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© François Berthier
Voyages avec ma tante  (© François Berthier )
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© François Berthier
Voyages avec ma tante  (© François Berthier )
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Au fond de la scène, une fresque représentant grossièrement un wagon de train. Ici, une vieille canne en bois, là, un grand parapluie noir. Quatre hommes en costume sombre, chapeau melon sur la tête, se saluent. Nul besoin d'indices supplémentaires dans ces premières secondes de spectacle pour comprendre l'essentiel : d'une, que nous sommes en Angleterre, de deux, que nous n'allons pas y rester. Car le roman de l'écrivain anglais Graham Greene dont est tirée cette pièce porte bien son nom. 'Voyages avec ma tante' est, avant tout, un périple. Une aventure qui commence à l'enterrement de la mère de Henry Pulling, employé de banque à la retraite que seul le jardinage exalte. Le vieux garçon y fait la connaissance de sa tante Augusta, septuagénaire excentrique, flirtant avec les hommes comme avec la légalité. Un peu plus d'une heure durant, nous suivrons les pérégrinations internationales de cet anti-héros et de cette parente inconnue qui va l'arracher à sa monotone existence.  

Le classique de la réunion de deux personnages antinomiques ne manque pas d'amuser dans cette mise en scène signée Nicolas Briançon (que l'on connaît également comme acteur). L'alternance de monologues et dialogues badins – « Je ne peux rien faire d'illégal... Puisque je ne connais pas la loi ! », bien dosée, est récréative. On est également séduits par l'interprétation : sans jamais quitter leur costume, les quatre comédiens incarnent à eux seuls les vingt rôles de la pièce, aussi bien féminins, masculins, qu'animaliers. Lorsque Claude Aufaure interprète sans le moindre artifice tante Augusta, on oublie complètement l'homme derrière la vieille dame anglaise. Prouesse équivalente pour le moustachu Jean-Paul Bordes dans le rôle d'une Britannique pleurnicharde expatriée en Afrique du Sud. Polyvalent à l'extrême, le quatuor assure même tous les bruitages, à l'aide d'instruments rudimentaires ou de leurs seules cordes vocales. 

Les comédiens réussissent donc leur tour : durant toute la pièce, on se sent, comme ce pauvre Henry Pulling, baladés de personnage en personnage (agent de police, voyante, trafiquant, perroquet...), et de ville en ville, de Paris à Istanbul, de Buenos Aires à Assomption. Mais si la sensation de voyage est plutôt bien rendue, quelque chose nous perd en route. Le rythme est trop soutenu. Ce tour du monde en moins de quatre-vingt-cinq minutes mériterait un bon quart d'heure de plus, histoire de ne pas se sentir bousculés. Histoire de voir un peu de paysage. Or le décor, justement, plus visible qu'il ne le mériterait, vient trop souvent nous rappeler que nous sommes au théâtre. On se passerait bien des représentations bas de gamme des lieux traversés, ces drôles d'images projetées sur les fausses fenêtres du faux wagon. En définitive, derrière ses quelques originalités, c'est la mise en scène qui fait un peu vieillotte. Et laisse l'impression mitigée d'une pièce potentiellement très drôle qui ne nous a pas pliés en deux.

Par Lucile Roger Durieux

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