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Cine in corpore

Jusqu'au 7 décembre, à l'Etoile du Nord

  • © Virginie Puyraimond

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Interroger les rapports d'imbrication, complexes, entre cinéma et théâtre, du point de vue de ce dernier : voilà en deux mots l'idée qui anime ce 'Cine in corpore' de Guillaume Clayssen. Projet a priori casse-gueule, sur un thème qui pourrait courir le risque de ressembler à un monologue de thésard... Et pourtant, grâce à un travail de mise en scène joliment polymorphe, Clayssen s'en tire intelligemment et parvient, dans ses meilleurs moments, à une forme hybride franchement réussie, à mi-chemin entre chacun des deux médiums.


Plus concrètement, 'Cine in corpore' démembre le cinéma, en isolant un à un les différents aspects, sons, images ou références, pour les injecter à même la scène. Voix enregistrées, projections d'extraits patrimoniaux - ceux de films des frères Lumière, de Murnau... - et montages vidéo entrent ainsi en interaction, parfois en collision, avec les corps vivants. Et l'alchimie prend. Par exemple, lorsque les lèvres d'un comédien psalmodient un texte en voix-off, ou quand le maître de cérémonie, depuis l'espace scénique, interviewe quelques passionnants intervenants (simples spectateurs, cinéphiles ou professionnels) dont l'image apparaît sur des voiles tendus en guise d'écran. Si bien qu'on finit par ne plus savoir si ce guitariste, présent à gauche de la scène et ponctuant à bon escient ces enchevêtrements formels - entre drones d'accompagnement et mélodies référencées, dont celle, toujours superbe, de 'Johnny Guitar' - appartient bien au domaine du théâtre, ou s'il nous vient directement du cinéma muet.


Or, à travers ce jeu réussi sur les formes, 'Cine in corpore' cherche à interpeller la mémoire singulière du spectateur. Quitte à, parfois, abuser un tantinet des citations. De 'Casablanca' à 'Batman' en passant par le film de guerre, le spectre couvert se révèle effectivement large. Parfois, avec bonheur. Comme lorsqu'apparaît un homme à tête de lapin, évoquant assez immanquablement 'Donnie Darko'... Soudain, une fillette en robe bleue traverse la scène, qui nous fait alors penser à 'Alice au pays des merveilles' - comme quoi, un lapin peut en cacher un autre. Mais bientôt, son double, une autre gamine, apparaît aux côtés de la première, et leur étrange gémellité, désormais fixe face à la salle, nous plonge finalement dans le 'Shining' de Kubrick. Aussi, même si le spectacle s'alourdit forcément lorsque les références se font plus (trop ?) évidentes, la création de Guillaume Clayssen laisse le spectateur dans un état de flottement post-générique extrêmement cinématographique - et assez lynchien. Une réflexion rêveuse, ludique et joliment menée.


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