Don Juan revient de la guerre

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Don Juan revient de la guerre
© Laurent Scheegans

C'est la fin de la Grande Guerre. En Allemagne, on n'entend plus que de rares tirs de mitraillettes, les cris des pillages et les pleurs des veuves. Sur scène, deux comédiennes effacent leur maquillage de clown. C'est une nouvelle époque qui commence. 'Don Juan revient de la guerre', pièce écrite par Ödön von Horvath en 1937, met en scène un pays en ruines rongé par l'inflation et la méfiance.

Un spectacle sur la fin des combats et le retour fantomatique des héros. Don Juan revient donc de la guerre. Sur les champs de bataille, il a laissé – dit-il – ses fantômes et n'aspire dorénavant qu'à retrouver celle que jadis il a maltraitée. Un ultime voyage pendant lequel il croisera pas moins de trente-cinq femmes : des prostituées, des artistes lesbiennes, des adolescentes farouches, des activistes, et des mères de famille. Reverra-t-il celle qu'il a aimée ? Pour raconter ce récit triste et amer, le metteur en scène Guy Pierre Couleau n'a pas convoqué sur scène des dizaines de comédiennes, il en a choisi deux. Excellentes, Carolina Pecheny et Jessica Vedel prêtent leur visage aux destins de femmes séduites puis brisées. Face à elles, le ténébreux Nils Öhlund incarne à la perfection le troublant Don Juan, personnage fragile en quête de lui-même.

Guy Pierre Couleau raconte ainsi avec finesse la mue tragique du héros, du fragile spectre des débuts au bourgeois charmeur, perdu entre ses différents états, dévoré par ses démons. Dans la bouche de ces trois comédiens, le texte habile et cynique de von Horvath prend vie. On pardonne alors le jeu d'acteur parfois ampoulé et la scénographie un brin paresseuse. De toute façon, on pardonnerait tout à Don Juan. 

Par Elsa Pereira

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