Le Rêve d'un homme ridicule

Théâtre, Théâtre classique
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Le Rêve d'un homme ridicule

Un songe peut-il fondamentalement changer une personne ? Alors que Freud n’avait que 22 ans, Dostoïevski s’intéressait déjà à l’interprétation des rêves. Sa nouvelle 'Le Rêve d’un homme ridicule' en 1878 permet de découvrir une œuvre du maître russe au théâtre sans avoir à réserver sa journée complète. En une petite heure, Jean-Paul Sermadiras, seul comédien sur scène, s’impose durant toute la représentation et emporte avec lui les spectateurs dans une illusion étrangement vivante.

Le personnage mis en scène se considère, depuis toujours, comme un homme ridicule, qu’importe sa haute éducation ou son intelligence. Cette sensation lui pèse depuis sa naissance et ne fait que croître au fil des années. Un jour, il décide de se suicider en se tirant une balle dans la tête, mais faute de trop grandes réflexions ce dernier s’endort dans son fauteuil avant de passer à l’acte. C’est alors que débute un voyage onirique que nous conte l’acteur.  

Le décor, seulement composé d’un banc et un fauteuil, trouve sa richesse dans le travail des jeux de lumière. En effet, le metteur en scène use de quelques technologies, avec des vidéoprojections, et parvient à un résultat surprenant. Plongé dans son songe, l’homme se croit mort et emporté par un être divin vers une autre planète, un monde différent qui n’est ni tout à fait un enfer ni tout à fait un paradis. Lors de cette pérégrination un défilement d’images de planètes et du système solaire se fait sur le corps du comédien, au point d’obtenir une illusion d’optique où l’on jurerait que son visage change, voire rajeunit.

Les quelques mélodies utilisées avec parcimonie mélangent, étonnamment, musique classique et chants africains. Véritable conteur, l’artiste nous envoûte durant toute la pièce et nous accompagne dans sa démence lucide. Transformé à son réveil, le personnage donne des frissons aux spectateurs. Le texte a beau dater de plus d’un siècle, il reste criant de vérité et rend compte de notre propre actualité. Le public sort de cette chimère avec un air rêveur, la tête dans les étoiles. 

Par Justine Reix

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