Mister Babadook

Cinéma, Epouvante-horreur
Recommandé
4 sur 5 étoiles
Mister Babadook

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

Il existe manifestement deux types de films de genre. Au moins. D’une part, ceux qui relèvent directement du cinéma d’exploitation (blaxploitation, chambara, giallo, slasher…), et se contentent en général de jouer sur des codes génériques pour le pur plaisir de la manipulation de symboles. Ce qui peut être chouette. Et d’autres films, qui choisissent également d’adopter un genre spécifique, mais pour mieux le transgresser, le vampiriser, et exprimer une singularité, une vision intime ou sociale, derrière son apparente superficialité industrielle. D’un côté, si l'on veut, Tarantino. De l’autre, Hitchcock.

Or, pour son premier long métrage en tant que réalisatrice, l’actrice Jennifer Kent réussit un joli coup double : livrer un film d’horreur convaincant, bien fichu, avec un louable souci de l’artisanat – et le refus d’effets numériques tape-à-l’œil. Et en même temps, son film traite de la condition féminine contemporaine sur des plans assez divers, bien mieux qu’un bon paquet de traités féministes (bon, après, il y a aussi féminisme et féminisme, et c’est un trop long débat pour qu’on s’y aventure ici).

Le synopsis, pourtant, paraît classique. A vue de nez, Amelia (Essie Davis) a une petite quarantaine d’années. Depuis la mort brutale de son mari, elle vit avec son fils unique, Samuel (Noah Wiseman). Or, celui-ci manifeste de plus en plus de troubles du comportement, jusqu’à ce qu’une sévère inquiétude gagne tout son entourage : école, famille, camarades… Il faut dire qu’au même moment, Amelia et Samuel se trouvent harcelés par un livre pour enfants assez terrifiant, ‘Mister Babadook’.

Occupant la même fonction, angoissante et fantastique, que la mystérieuse cassette vidéo du début de ‘Lost Highway’ de David Lynch (ou dans ‘Caché’ de Haneke, qui en reprend l’idée), le livre d’images sert ici de support au démon, de puits à l’angoisse, d’objet maudit. Mais il relève finalement de ce qu’Hitchcock qualifiait de « MacGuffin » : un simple prétexte pour parler d’autre chose. Avec Hitchcock, il s’agit généralement de fétichisme. Chez Jennifer Kent, il est plutôt question d’humiliation au travail, de deuil, ou de frustration sexuelle chez les mères de famille cantonnées à leur maternité, leurs rôles de maîtresses de maison, d’éducatrices.

Finalement, la thématique sous-jacente à ‘Mister Babadook’ semble assez proche de celle de ‘La Vie domestique’ d’Isabelle Czajka, sorti l’année dernière, et qui évoquait aussi avec finesse la place de la femme dans la société contemporaine. Avec l’idée que l’ennemi, ce n’est pas l’homme, mais l'insoutenable carcan social qu’il a créé. Seulement, ‘Mister Babadook’ présente tout cela sous les oripeaux ludiques d’un film d’horreur bien ficelé, qui paraît prétendre au statut de pendant féminin au ‘Shining’ de Kubrick et à son discours sur le refus, brutal et sauvage, de la domestication familiale. Au fond, le dernier film à avoir abordé ce thème, c’était sans doute ‘Nymphomaniac vol. 1 et 2’ de Lars von Trier. On ne s’étonne donc pas de découvrir que Jennifer Kent fut l’une de ses assistantes sur ‘Dogville’, il y a une dizaine d’années. Ce qu'on appelle aller à bonne école.

Publié :

Infos

Détails de la sortie

Date de sortie
mercredi 20 août 2014
Durée
92 mins

Crédits

Réalisateur
Jennifer Kent
Scénariste
Jennifer Kent
Acteurs
Noah Wiseman
Essie Davis
Daniel Henshall