Interview • JEFF The Brotherhood

Le futur du « no future »

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Il y a deux sortes d'interviews. Celles qui se passent bien et celles qui se passent mal. Celles où l'interlocuteur se montre volubile, affable et intéressant, celles où il apparaît mutique, autiste et  outrageusement timide. Rencontrés à la Mécanique Ondulatoire avant leur concert en septembre dernier, les JEFF The Brotherhood appartiennent définitivement à la seconde catégorie. Difficile en effet de soutirer plus de trois mots à ces péquenauds du Tennessee, qui paradoxalement sont passés maîtres dans la réponse de Normand : « p'têt ben que oui, p'têt ben que non », « ça dépend » ou encore « parfois, c'est bien, parfois, ce n'est pas bien » forment la quasi-totalité du répertoire de leurs réponses. Dans ce cas-là, une interview devient pour le journaliste une terrible torture durant laquelle il se voit contraint de monologuer pendant plusieurs dizaines de minutes, à la recherche d'une question miraculeuse qui ferait office de déclic et déclencherait un torrent de paroles.

Mais rien ne viendra réveiller Jake et Jamin Orrall de leur profonde léthargie, les deux frères préférant profiter d'une bonne Kronenbourg tiède plutôt que se lancer dans de grands discours. Il faut dire que leur musique et leurs concerts se passent de commentaires. Les JEFF The Brotherhood ne sont pas des punks engagés avec un propos social, ce sont deux branleurs ahuris de la Bible Belt des Etats-Unis, nourris à Nirvana, Weezer, Jay Reatard et Ty Segall, des taiseux qui font parler les riffs qui tuent. On les aime et on les défend pour ça, en espérant qu'ils finissent par percer un jour après des années de galère. C'est d'ailleurs ce qui risque d'arriver s'ils continuent d'enchaîner des albums aussi excitants, à la fois rétro et modernes, où la guitare trois cordes (seulement) de Jake fait des merveilles.

Leur dernier disque en date, 'Hypnotic Nights' a été produit par Dan Auerbach des Black Keys et ressemble à une déclaration de guerre. Les JEFF The Brotherhood en ont marre de manger des pâtes, désormais ils veulent s'offrir un resto de temps en temps, alors ils composent des titres plus catchy, moins cradingues quoique toujours énergiques. Résultat, ils sont invités en juillet au "David Letterman Show" sur CBS pour interpréter leur single "Sixpack", une petite merveille de grunge lo-fi, puis dans l'émission de Conan O'Brien sur TBS où ils ont joué l'excellent "Staring At The Wall" en novembre. Les choses bougent pour eux, et c'est sans doute bientôt devant les micros du monde entier que les deux frangins pourront s'épancher en déclarations muettes.

Time Out Paris : Beaucoup de gens pensent que vous n'avez fait que deux ou trois albums, mais en réalité vous en avez sorti huit. La plupart sont presque impossibles à trouver, vous comptez les publier de nouveau ?

Jake Orrall : Non, ils sont trop mauvais. Mais sur notre site, tu peux encore en acheter certains.

Avec cet album, votre son est plus grunge et lo-fi, moins punk rock. On dirait que vous vous êtes dit : « Ca suffit, maintenant il faut qu'on devienne célèbres et qu'on écrive des tubes ! » Est-ce que c'est le cas ?

Jamin Orrall : Oui, c'est exactement ça. On voulait vendre beaucoup d'albums, pouvoir tourner partout dans le monde et faire un hit.

Et ça marche ?

Jake : Non, pas encore. Peut-être avec le prochain album ! (Rires)

En plus, vous avez sorti ce disque chez Warner, pour la première fois vous êtes signés sur une major.

Jake : Oui, ça rend les choses beaucoup plus faciles. Ils nous laissent tranquilles. Il faut dire qu'on ne les laisse écouter l'album qu'une fois qu'il est terminé.

Mais vous êtes également toujours sur votre propre label, Infinity Cat Recordings...

Jake : C'est mon père et moi qui nous en occupons, avec l'aide de quelques stagiaires. Nous avons d'autres groupes sur le label, mais je n'ai pas trop le temps de me pencher là-dessus en ce moment, je suis sans arrêt sur la route.

Vous tournez beaucoup en effet, combien de concerts donnez-vous par an ?

Jake : Plus de 200. On tourne plus de la moitié de l'année !

Vous avez lu les critiques de 'Hypnotic Nights' ?

Jamin : Non... je ne les lis jamais, ça m'énerve trop. De toute façon, je ne fais pas de la musique pour ceux qui les écrivent.

En live, vous faites quelques couacs mais vous êtes vraiment bons pour remuer la fosse, comment faites-vous pour assurer autant alors que vous n'êtes que deux ?

Jake : Il faut jouer la comédie, faire semblant d'être quelqu'un d'autre. Sauf si le public est chaud, là on récupère cette énergie et on s'en sert.

Vous faites de la musique depuis dix ans maintenant, est-ce que c'est facile de trouver encore la foi pour continuer tous les jours ?

Jake : Non, c'est dur. En tout cas pour moi, ça l'est.

Jamin : Ca dépend des jours, parfois c'est facile, parfois c'est plus compliqué.

Jake : Pour me motiver, je pense aux boulots que je faisais avant, comme bosser à l'épicerie, et là ça va mieux.

Le site de JEFF The Brotherhood

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