En poussant la porte des Deux Amis, rien ne semble avoir changé depuis 1960. Le sol en mosaïque, le néon filant, le comptoir cuivré, les banquettes en moleskine… Tout est là. Pourtant il y a bien du nouveau, David Vincent-Loyola, qui avait transformé ce rade de quartier en comptoir à vins nature depuis 2010, part pour de nouvelles aventures et passe la main à Tibor Granat (les Enfants perdus) associé à Louis Plichet (l’Oursin). Le nouveau taulier tient à garder la ligne de la maison : assiettes bien troussées et vins propres.
On mange quoi ?
Le jeune chef Guillaume de Saint-Sauveur propose le midi une efficace formule très bistrotière (à 27€) : honnêtes poireaux vinaigrette, lieu noir à la belle cuisson escorté de moules et d’épinards ; ganache choco et huile d’olive. Le soir monte en cuisine et en prix avec des assiettes dictées par le marché : sashimi de sériole (17€), pigeon braisé (26€)… ou des tapas de langue fumée (11€) ou de serrano (13€). À la carte des vins, on retrouve quelques cadors du sans-sulfite : Mosse (Le Chenin 44€) ; domaine Julien Meyer (Pinot Gris 38€) ; Nicolas Camarans (Maximus 48€)...
Avec qui ?
En journée, une belle brochette de vie de quartier, de la prof qui corrige ses copies à la tablée de copines squatte les chaises bistrot. Le soir, Aux Deux Amis reste le rendez-vous des bandes de trentenaires qui rigolent et immortalisent à l’argentique leur apéro à rallonge (pensez à réserver !).
Chez Time Out, tous les établissements sont testés...
Voilà Anne-Sophie Pic de retour à Paris avec un restaurant au sein de la fondation Cartier, attenant à son très réussi bar Utopic. Une élégante salle miroirs, grège et pivoines, traversée par une immense table de bois clair, frontalière avec une cuisine ouverte de marbre et d’inox. La mise en jette ! Bonne surprise, le menu déjeuner en 3 temps (en semaine) s’affiche à 120€, un prix plutôt accessible dans le référentiel de la cheffe. Attention, ce « discount » se fait au détriment de l’expérience arty réservée au soir (menu à 260€) où l’on vous coiffe d’un casque pour écouter un poème/recette sur les berlingots et une assiette de maigre évoque un tableau de Pollock…
On mange quoi ?
Ce midi-là, le menu en 4 étapes à 150€ cible l’essentiel, les goûts très lisibles d’une cuisine en ligne claire entre Japon et Provence, au risque d’oublier, parfois, la claque attendue d’une table gastronomique. Les moules chapeautant un flan nippon et nappées d’un beurre blanc au curcuma explorent l’acidulé, le maquereau caramélisé à la flamme (cuisson parfaite) emporte le sabayon matcha. Les grandes réussites ? Les mythiques berlingots et leur incroyable bouillon végétal fumé et ce graphique dessert au figue et café d’un équilibre dément. Si vous êtes en fonds, foncez sur les accords proposés par la géniale sommelière Paz Levinson !
Avec qui ?
Le midi, la faune mêle cadres du quartier (de Cartier ?) et couples profitant de l’aubaine. Le soir, la population se fait plus chic, internationale et...
Après Onii San dans le Marais et Ojii à Saint-Germain, Arthur et Laetitia Cohen continuent de creuser le sillon des adresses d’inspiration japonaise, carénées pour les CSP ++. Ce bar Nomo reprend les codes de leur bar Omi voisin : une salle en longueur autour d’un majestueux comptoir avec, cette fois, des tons rouges, des appliques en bronze et des chaises hautes en résine et fleurs inspirées du fauteuil Miss Blanche de Shiro Kuramata. Rien à dire, ça flatte la rétine.
On y mange quoi ?
Histoire de ne pas cannibaliser son voisin, la carte évite les sushis pour se concentrer sur les temakis, ces cônes d’algue nori. Le menu midi à 32€, escorté d’une soupe miso et d’une assiette de sashimi, en propose quatre recettes au sourcing exigeant : replet avocat et miso au piment shichimi où le riz soufflé apporte du croustillant ou une sériole braisée relevée de ponzu... Le bar Omi s’avère une pause déjeuner nippone très valable dans ce quartier pas donné. Difficile de dire la même chose le soir venu quand il se transforme en bar à cocktail. Les classiques nipponisés par Dimitri Barclais (ancien du Silencio) et Mathieu Zouhairi (The Social Food) affichent des prix déments (rien à moins de 18€ !) pour des verres qui troquent l'équilibre contre l'exotisme comme ce sakura martini (au saké, shochu, vermouth et gelée de cerisier) très sucré ou cet expresso martini au mezcal trop charpenté. Dommage !
Avec qui ?
Le comptoir où il fait bon être vu attire les duos de touristes plus riches...
Au nord du métro La Chapelle, se déploie ce catalogue d’ailleurs dont Jordan Florentin voudrait qu’on ait peur. Un mélange chamarré et bordélique où se côtoient sur le même trottoir sacs d’épices tamoules, battes de cricket afghanes et, donc, assiettes yéménites. Au Royaume de Saba, le dépaysement commence dès la vaste salle évoquant la khaïma bédouine : on se déchausse pour s’accroupir dans une alcôve tendue de tapis. Ça change des tabourets en inox des coffee shops du Marais !
On mange quoi ?
En plus de petites entrées orientales classiques (fattoush, mouttabal), la carte (100 % halal) s’articule autour du mandi et du madfoon, deux spécialités yéménites de viande, cuites longuement à l’étouffé dans un four hermétique (le taboon). On opte pour un mandi de poulet, soit deux cuisses hyper fondantes au bon goût de fumée sur un lit king-size de riz basmati parfumé de cumin, cannelle, citron et safran. Il s’accompagne d’un ramequin de sahawiq, une sorte de pesto de tomate, fromage et piment plus chaud qu’un 15 août à Aden. A écoper avec des morceaux de pain plat. Un plan précieux où se sustenter pour pas cher !
Avec qui ?
La diaspora yéménite se retrouve ici, loin du bruit de la rue. Dans un box, une mère déjeune avec son fiston. Dans un autre, un homme prie. Ça s’interpelle en arabe tandis que la télé diffuse les mélopées en 4K d’une diva du Golfe.
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Un ancien de la banque qui se réoriente vers les cuisines, on connait l’histoire… Sauf que là, Blaise Hasselweiler, 26 printemps et un air poupin, n’a mis qu’une poignée de mois avant de se lasser de la finance et d’ouvrir en solo le comptoir à pizza le plus original de Paris ! Déjà de sa pizzeria MAD, pour « Maker Artisanal Dough » ou fabriquant de pâte artisanale, ne sortent que des cartons rectangulaires (dessinés par lui). Pas de disques fumants ici mais la version épaisse dite de « Detroit », un peu comme chez Red Sauce, cuite dans un moule en alu. La pâte ? Une merveille au blé français et levain élevé avec amour par Blaise, une sorte de focaccia sans huile, alvéolée et hyperdigeste.
Le jeune pizzaïolo la garnit d’ingrédients bien castés (comté 18 mois, sauce tomate maison…) dans six recettes classiques mais joliment twistées : cacio e pepe, champignon, pepperoni. Arrivant tôt car les pâtons partent vite, on repart avec une MAD in France aux oignons confits et jambon Prince de Paris. Nous voilà à l’opposé de la pizza napolitaine, mais on est bien ! Le sucre des oignons équilibre l’aimable pointe d’acidité du levain et de la tomate, le jambon a du goût et le bord de la pizza en collerette de fromage grillé se mange comme une confiserie. Pas de trottoir, que du plaisir ! On ne peut que souhaiter que Blaise puisse s'agrandir tout en gardant cet esprit artisanal précieux, voire proposer quelques places assises pour des pizzas qui donnent envie de faire une ovation...
Après Meïda à Saint-Ouen et Meatpack Steakhouse à Rosny-sous-Bois, Mohamed Cheikh se décide à entrer dans Paris pour explorer la cuisine de rue. Le gagnant de Top Chef 2022 ouvre donc, aux pieds brutalistes de la fac de Tolbiac, El Cheikh, une guitoune colorée qui (sur)joue les codes algérois : tabourets en caisse plastique, tables ornées du faux vieux logo (caramel Caprice ou limonade Cigogne), calligraphie au sol. Ce Cheikh n’est pas sans provision avec une carte courte de cinq sandwichs, dont trois végé à prix tenus pensés pour les étudiants (ça commence à 4,90€ et ne dépasse pas 10€).
Joie de trouver rive gauche un sandwich à la karantika, ce flan de pois chiche et cumin glissé dans une demi-baguette tartinée d’harissa, le casse-dalle popu typique des rues d’Alger et du boulevard de la Chapelle ! Pour les amateurs de protéines animales, le kefta de merguez et boeuf, roulé dans une galette avec sauce toum, menthe, concombre et persil fait carrément le boulot pour caler pour le déjeuner. On l’escorte de pommes gaufrettes à tremper dans une efficace sauce algérienne maison et d’une canette de Selecto et son inimitable deuxième bouche chimique. L'Algérie nouveau paradis de la street food !
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Renversant le concept d’appropriation culturelle tel un disciple d’Hanuman, saint patron des lutteurs, le chef indien Manoj Sharma (Jugaad et Sharmarji) ouvre de l’inédit à Paris : un pub anglais aux accents de Delhi. Du premier, il en reprend les codes cosy : nature morte chinée à Londres, chaise à tartan et briques vermillon. L’inspiration indienne s’immisce, elle, dans la carte avec une fusion futée des classiques de gastropubs et des ingrédients pan-indiens : friture d’éperlans à tremper dans une mayo au cumin, kerala fried chicken à la coco et au curry, aguichant scotch egg dans sa panure de masala et porc haché sur un doux dahl de lentilles corail ; souple travers de porc mariné façon vindaloo (à l’ail et au vinaigre)… Nous l'avons accompagné d’oubliables frites (maison ?) aux épices alors qu’il aurait fallu sauter sur le pav, brioche aux épices pour éponger le succulent jus de viande. À faire couler avec un cocktail, une Guinness ou une ale maison pour compléter la panoplie anglo-indienne. Voilà un mariage avec un goût d'évidence qui réussit à surprendre en évitant le saugrenu.
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Avec 167 nouveaux coffee shops ouverts à Paris ces 12 derniers mois, la capitale ne frôle-t-elle pas l’embolie du latte ? Il serait pourtant judicieux de se montrer magnanime envers Joy x Beck, grand café d’angle à la façade émeraude imaginé par la pâtissière et photographe Yene Linda Lam, connue des réseaux sociaux sous son pseudo @hinalys, et son associé Varasy Veopraseuth.
On y vient, d’abord, pour les gâteaux (le salé devrait arriver plus tard) dignes des meilleures pâtisseries de la capitale. On pense par exemple à ce cheesecake singulier, couvert d’un mélange de coco, sésame et cacahuètes grillées. Ici le pandan est roi, plante d’Asie du Sud-Est au goût nostalgique d’amande et de vanille, qu’on trouve dans un splendide flan marbré à la vanille ou dans une crème addictive dont on caresse une brioche feuilletée remarquable. Mais aussi dans cette boisson déjà signature des lieux, le coconut pandan cloud : une eau de coco glacée surplombée d’une crème légère au pandan et à la noix de coco. Parfait pour s’attarder dans ce joli espace à la lumière diaphane, dont les meubles en bois brutaliste et la vaisselle coquette font le charme. Les liquides bénéficient d’ailleurs d'autant de soin que le sucré, à l’image des cafés du Laos et de la Thaïlande, ou de ce thé rouge thaï glacé acidulé. Un lieu singulier et lumineux, à en redonner foi à ceux qui n’en peuvent plus du pullulement des coffee shops sans âme.
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Pour lutter contre la crise de la pause midi, les restaurateurs futés se coulent tel le cheddar du grilled cheese dans le monde du sandwich cuisiné. Abordable, rapide et possiblement savoureux, l’exercice de l’entrepain coche toutes les cases du déjeuner désirable en 2026. Michaël Babo du bar à vins Chez Babo (en face), associé à Niels Kammermann, ancien chroniqueur food, ont donc ouvert au printemps 2026 ce Babz tout d’écru vêtu. Au comptoir (mais plus probablement sur le quai du canal Saint Martin voisin), on peut mordre dans un des quatre sandwichs à l’ardoise : à l’œuf, fromage, poulet ou roastbeef lors de notre visite. Quoi qu’il en croûte, ici tout est fait maison (notamment les sauces qui remplacent le beurre ou la mayo) et assemblé à la commande. À l’image du Chicken’z où un pain semoule de la Maison Ounissi se tartine de sauce tartare avant d’accueillir un effiloché de poulet rôti des pickles de chou et de la salade. Un sandwich bien nourrissant, pas sec sans être trop gras, qui se boulotte sans crier gare. On reviendra pour goûter le modèle Vit’oz au rôti de veau, capre et sauce tonnata (disponible les vendredi et samedi seulement). Une vraie bonne adresse du midi qui mérite de se faire une place dans ce coin hautement concurrentiel.
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Et si les restaurants gastronomiques se détendaient un peu ? Ça semble le cap pris par Eskal, nouvelle table de la famille Nanaumi (après Akabeko) où le chef Alexandre Chambat, passé par l’Astrance, brille dans sa cuisine ouverte. La déco (du gris, des miroirs, du travertin) et l’arrondissement (le 8ᵉ) faisaient craindre une adresse janséniste pour cadres insup en repas d’affaires. Erreur ! Installé au comptoir, on se retrouve aux premières loges d’un réjouissant moment d’échanges à hauteur de fourneaux où le chef explique ses plats, sa philosophie, ses fournisseurs. Eskal s’impose ainsi des produits uniquement français (comme chez FIEF), une saisonnalité draconienne et une stricte politique de réduction des déchets. La contrainte devient un cadre dans lequel les assiettes développent toute leur personnalité, celle d’une cuisine pleine de vivacité et de justesse où étincellent herbes sauvages et légumes du moment. Au gré du très généreux menu à 89€ (en 5 étapes), on croise ainsi des haricots verts tout simples accompagnés d’un puissant condiment mirabelle et noix, un ceviche d’aubergine dans un « leche de tigre » au lait d’avoine ou une longe de veau fumée sur un risotto de blettes, légumes mal aimés mais résistants aux sécheresses. Le dessert du chef Nahel Mani (l’Astrance lui aussi) convoque lui le mélilot, la figue et le verjus. Bref, foncez.
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