On l’a connu insaisissable. Avec We Are Ona, Luca Pronzato a fait de l’impermanence une signature : des chef(fe)s en résidence, des tables dressées dans des gares désaffectées, des dîners avec des artistes comme Carsten Höller. Le voilà aujourd’hui à la tête d’une adresse fixe : Casa Ideale, installée dans la Villa Bank, joyau des années 1970 signé Émile Sala, à Arles. Une maison où l’on dort dans un lit Jean Prouvé, où l’on croise Helmut Newton sur les murs et où Gil Nogueira cuisine au feu. Trahison ou évolution logique ? Luca Pronzato nous répond.
L’impermanence comme signature, puis Casa Ideale. Vous trahissez l’ADN de We Are Ona ou vous le prolongez ?
« Au contraire, Casa Ideale est le prolongement naturel de We Are Ona. Depuis le début, nous imaginons des expériences qui rassemblent des communautés autour de la gastronomie, du design et de la création. L’éphémère fait toujours partie de notre ADN : les curations de chef(fe)s, les expositions et les dîners continueront à évoluer. Mais ils s’inscrivent désormais dans un lieu qui garde une mémoire de tout ce qui s’y passe. »
Pourquoi Arles, la voisine plus sage de Marseille ?
« Arles possède une énergie très particulière. J’ai eu la chance d’y travailler il y a une dizaine d’années, au Chardon, en tant que sommelier. C’est une ville où patrimoine et création contemporaine cohabitent naturellement : on y croise toute l’année des artistes, des designers et des chefs venus du monde entier. Et son échelle humaine permet aux rencontres de prendre le temps d’exister. »
Quelle expérience espérez-vous que les visiteurs y vivent ?
« Qu’ils aient le sentiment d’être invités chez des amis plutôt que dans un hôtel. Qu’ils ralentissent, observent les détails, partagent de longues conversations autour d’un repas et découvrent une œuvre en passant d’une pièce à l’autre. L’expérience n’est jamais imposée ; elle se construit au fil du séjour. »
Comment dialogue-t-on avec le fantôme d’Émile Sala ?
« En l’écoutant. Nous avons renoncé à transformer la maison pour travailler avec elle plutôt que contre elle : sa manière de faire entrer la lumière, ses circulations fluides, son dialogue avec le jardin. Sans reproduire les années 1970, mais en prolongeant son intention initiale : celle d’une architecture profondément habitée. »
Un dîner avec Carsten Höller dans une gare hier, une villa classée aujourd’hui : le confort vous rattrape ?
« Nous ne cherchons ni la radicalité ni le confort. Ce qui nous intéresse, c’est de créer le bon contexte pour une rencontre, une conversation. Le lieu change, mais l’intention reste la même : provoquer des expériences inattendues où la gastronomie dialogue avec l’art, le design ou l’architecture. »
Gil Nogueira cuisine au feu, Sozzani a passé 50 ans à photographier la mode : quel fil invisible relie ces univers ?
« La même exigence : le regard, la composition, des gestes précis, de l’émotion. Une photographie comme un repas racontent une histoire. Vivre entouré d’images d’Helmut Newton ou de Paolo Roversi, s’asseoir sur une chaise de Gaetano Pesce et partager la cuisine généreuse de Gil Nogueira participent à une expérience totale, où rien n’est présenté séparément. »
Plusieurs Casa Ideale sont en développement. Quel est le fil rouge ?
« Pas une esthétique, une philosophie. Chaque maison sera profondément liée à son territoire et à sa communauté créative. Nous ne voulons surtout pas reproduire la Villa Bank ailleurs : chaque Casa Ideale aura sa propre identité, avec la même manière d’envisager l’hospitalité comme une expérience culturelle. »
Quelles adresses arlésiennes conseillez-vous ?
« LUMA Arles, imaginé par Maja Hoffmann, est incontournable, tout comme la Fondation Vincent van Gogh et la Fondation Lee Ufan. Côté gastronomie, nous aimons Inari, le Nord-Pinus, Plage Plage, Levain, Chardon, Paou, Cafar, Parcelles, le Simone Pop-Up, Print, La Chassagnette ou encore Vague. Mais ce qui nous plaît surtout à Arles, c’est son écosystème : une ville à taille humaine où artistes, artisans, chefs et galeristes se croisent naturellement. »
