13 expos pour 2013

Bon d'accord, et une quatorzième pour les superstitueux

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N'en déplaise aux triskaïdékaphobes (phobiques du « 13 »), l'année est aux chiffres qui font peur et on n'y échappera pas. Les superstitieux n'ont plus qu'à se consoler auprès des musées parisiens, déjà prêts à embrayer sur la nouvelle saison. Entre surréalisme à la sauce mexicaine, pointillisme à la mode comics et romantisme qui broie du noir : beau programme en perspective.


  • 1/ Antoine d'Agata

    • Quand ? Du 24 janvier au 7 avril / • Où ? Au BAL, 6 impasse de la Défense, 18e

    Ancien élève de Larry Clark et de Nan Goldin, Antoine d'Agata parcourt le monde depuis une vingtaine d’années mais se retrouve toujours au même endroit : où qu’il aille, le photographe marseillais s’engouffre dans les bas-fonds, sombres et durs. Il y vit avec les prostituées, les ivrognes, les clochards, les drogués. S’installe comme un exclu parmi les exclus, pour témoigner de l'aliénation de ces existences privées d'espoir. Lors de ses pérégrinations nocturnes, il saisit ses modèles sans flash. Flou, onirique, comme voilé par l'ébriété et l’insomnie, son langage visuel mâchonne alors des histoires sordides, à demi-mot. Déformations glaçantes de la chair et d’une réalité insupportable, ses portraits évoquent parfois les expériences tortueuses de Francis Bacon.

    Qu’il œuvre le jour ou la nuit, au fond de bordels miteux, de repaires de toxicos ou en plein air, d’Agata dépeint toujours un monde gris, morne, foutu. Un univers qui semble hurler en silence, la gueule grande ouverte. Le BAL, haut-lieu de l’image documentaire, rend hommage à ce travail déroutant qui raconte le pire. Tout en trouvant dans la noirceur une forme de beauté : peut-être celle, immonde et désespérée, que l’on rencontre lorsque l’autodestruction semble être la dernière des libertés.

    > Horaires, tarifs, images, accès... + d'infos sur l'exposition 'Antoine d'Agata, ANTICORPS'

    Image : © Antoine d’Agata - Magnum photos / Courtesy galerie Les Filles du Calvaire, Paris

    1/ Antoine d'Agata
  • 2/ Hey! le retour

    • Quand ? Du 25 janvier au 23 août / • Où ? A la Halle Saint-Pierre, 2 rue Ronsard, 18e

    Quand on a croqué la pomme en poussant un grand « heeey ! » satisfait, on n'a envie que d'une chose : que ça recommence. C'est en 2011 qu'Anne et Julien, fondateurs de la revue HEY! dédiée à l'art « outsider », ont ouvert la boîte de Pandore en libérant une nuée d’artistes de leur magazine pour les voir s’accrocher aux murs de la Halle Saint-Pierre. Un an et demi plus tard, on jubile : l'underground récidive. Un deuxième volet de l’exposition vient d’envahir le temple des arts bruts et singuliers, avec des renforts tout aussi affriolants, délurés et corrosifs que la première fois. Le collectif Bazooka, le roi de la BD psychédélique Jim Woodring et le photographe aux penchants gothiques, sauce freaks, Joel-Peter Witkin sont quelques-uns des soixante artistes conviés à dynamiter les frontières de l’art moderne et contemporain. En révélant une face sombre, siphonnée et tranchante de la création actuelle. Lire la suite de la critique

    > Horaires, tarifs, accès, images, critique... + d'infos sur l'exposition 'Hey! Modern Art & Pop culture, 2e édition'

    Image : Gerard Born, 'Misuaki Ohwada' / Collection de l'Amsterdam Tattoo Museum

    2/ Hey! le retour
  • 3/ Sous influences

    • Quand ? Du 15 février au 19 mai / • Où ? A la Maison Rouge, 10 boulevard de la Bastille, 12e

    Adel Abdessemed, Jean Cocteau, Antonin Artaud, Nan Goldin, Claude Lévêque… Sobres ou high, cleans ou accros, peu importe : tous ont rencontré, imaginé ou invoqué l’éléphant rose un jour ou l'autre, s’intéressant tantôt à la manière dont l’expérience de l’art pouvait se rapprocher d’une forme de « trip », tantôt à la façon dont la drogue pouvait servir de moteur à leur création, leur permettant de « voyager » vers des folies fructueuses. Un flirt vieux comme le monde entre art et psychotropes qui n'est pas passé inaperçu de la Maison Rouge : en réunissant une flopée de pointures de l'art moderne et contemporain, la Fondation du collectionneur Antoine de Galbert se penche sur le rapport complexe qu'entretiennent création visuelle et stupéfiants. De Charles Baudelaire à Hans Bellmer et de Francis Picabia à Jean-Michel Basquiat, l’exposition, sans prétendre à l’exhaustivité, explorera ainsi une multitude d’époques et de genres pour défricher ce terrain débridé. Voilà qui devrait ressembler à un curieux parcours sous acides, tiraillé entre affiches psychédéliques des seventies, sculptures de Bruno Botella réalisées à partir d’une pâte à modeler hallucinogène et installations sensorielles. Beau programme.

    > Horaires, tarifs, accès... + d'infos sur l'exposition 'Sous influences'

    Image : Carsten Höller, 'Amanite fluorescente', 2004 / © Photo DR / Courtesy de la galerie Air de Paris, Paris

    3/ Sous influences
  • 4/ Eileen Gray

    • Quand ? Du 20 février au 20 mai / • Où ? Au Centre Pompidou, rue Saint-Martin, 4e

    Après Munch, Matisse et Dali, le Centre Pompidou fait des infidélités au chevalet le temps d’une exposition, pour revenir sur la carrière d’un monstre sacré du design, de l’art déco et de l’architecture moderniste. Prolifique, touche-à-tout, anticonformiste, Eileen Gray fait partie de ces femmes d’avant-garde qui portèrent la culotte et imposèrent leur détermination et leur élan créatif dans un monde d’hommes. De sa formation de peintre à la Slade School of Fine Art de Londres à ses années d’apprentissage dans les ateliers d’ébénistes parisiens ; de son chef-d’œuvre de 1926, la villa E 1027, à ses expériences avec l’abstraction géométrique réalisées au crépuscule de sa vie, la rétrospective écume plus de soixante-dix ans de carrière de la créatrice irlandaise. L’occasion de plonger la tête la première dans les lubies et les révolutions du modernisme, à l’aune de l’artiste, du personnage et de son œuvre. Pièces de mobilier uniques (Gray n’ayant jamais conçu de production industrielle) en laque, en métal chromé ou en bois précieux, photographies, collages, toiles abstraites… Des pièces les plus célèbres aux plus intimes, Beaubourg rend ainsi un hommage exhaustif à cette amie du Corbusier, du peintre vorticiste Wyndham Lewis ou de l’occultiste Aleister Crowley, qui vécut son existence comme une sorte de Gesamtkunstwerk ou « œuvre d’art totale ».

    > Tarifs, horaires, images, accès... + d'infos sur l'exposition 'Eileen Gray'

    Image : 'Coiffeuse-paravent', 1926-1929 / © Centre Pompidou / Dist.RMN-GP / © DR

    4/ Eileen Gray
  • 5/ Chagall

    • Quand ? Du 21 février au 21 juillet / • Où ? Au musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, 6e

    Toutes les excuses sont bonnes pour consacrer une exposition à Marc Chagall. Un plaisir rare que s’offre le musée du Luxembourg de février à juillet 2013, en prétextant une approche inédite de l’œuvre du peintre d’origine russe. Au programme : une analyse de son évolution artistique en temps de guerre et de paix, Chagall ayant été balloté entre la Russie de 1914-17, la Révolution d’octobre, la France de l’entre-deux-guerres, les Etats-Unis de 1939-45 où il s’exile pour fuir le nazisme, et la côte d’Azur de l’après-guerre. Autant dire que, vu de loin, tout cela ressemble drôlement à une rétrospective tout ce qu’il y a de plus classique, qui devrait balayer l’ensemble de la carrière de l’artiste. En évoquant, en filigrane, ses pérégrinations et son rapport au contexte historique.

    Car s’il évoque parfois les horreurs de la guerre, ou s’il s’évade au contraire en temps de paix vers une peinture plus légère et lumineuse, Chagall installe généralement ses œuvres dans des ailleurs surréalisants, loin de l’anecdote historique. Comme des allégories ou des fables universelles, ses toiles évoquent bien souvent le mariage, la famille, le couple, mais aussi les traditions juives ou les récits chrétiens. Avec leurs créatures mi-humaines, mi-animales, elles flirtent aussi avec la mythologie, s’inscrivant souvent hors du temps. D’ailleurs, du modernisme et de ses avant-gardes, Chagall ne retient que quelques éléments stylistiques qu’il cuisine à sa sauce, expressive et symbolique. Au réalisme, il préfère le rêve, l’onirisme, les envolées lyriques. On est donc curieux de voir comment le musée du Luxembourg, en s’appuyant sur quelques 80 œuvres, se dépatouillera pour rattacher cet univers flottant et volatil au monde réel. En soumettant aux lois de la gravité une expression qui a eu, si peu, les pieds sur terre.

    > Horaires, tarifs, accès... + d'infos sur l'exposition 'Chagall, entre guerre et paix'

    Image : Marc Chagall, 'Le Paysage bleu', 1949 / © Von der Heydt-Museum, Wuppertal / © Adagp, Paris 2012, Chagall


    5/ Chagall
  • 6/ Laure Albin Guillot

    • Quand ? Du 26 février au 12 mai / • Où ? Au Jeu de Paume, 1 place de la Concorde, 8e

    Après Lee Miller, Diane Arbus, Berenice Abbott et Eva Besnyö, le Jeu de Paume poursuit son cycle féminin (sans les désagréments et les sautes d’humeur) en consacrant une nouvelle exposition à une grande photographe du XXe siècle issue, cette fois, de notre douce France.

    Laure Albin Guillot, star de la chambre noire durant les années 1930, 1940 et pendant l’après-guerre, n’est pas loin d’avoir sombré dans l’oubli au cours des dernières décennies. Un effacement que l’on doit sans doute à notre engouement actuel pour le surréalisme et la photo d’avant-garde (dadas de Dora Maar, Meret Oppenheim, Hannah Höch...). Car son succès, Laure Albin Guillot, elle, le bâtit à gros coups de classicisme, et le cimente en exploitant les moyens de diffusion les plus lucratifs de son temps : publicité, presse, illustration… Au Jeu de Paume, quelque 200 épreuves cruellement passées de mode rendent à la photographe française ses lettres de noblesse, en dévoilant son sens du portrait bourgeois, du nu et de la placarde publicitaire, ainsi que ses talents plus expérimentaux, évidents notamment dans ses « micrographies décoratives », sortes de tableaux abstraits réalisés à partir de préparations microscopiques.

    > Horaires, tarifs, images, accès... + d'infos sur l'exposition 'Laure Albin Guillot'

    Image : 'Micrographie' vers 1929 / Collection particulière, Paris / © Laure Albin Guillot / Roger-Viollet

     

    6/ Laure Albin Guillot
  • 7/ L'Ange du bizarre

    • Quand ? Du 5 mars au 9 juin / • Où ? Au musée d'Orsay, 62 rue de Lille, 7e

    Tapi dans l'ombre des sorcières de Shakespeare, des démons de Milton ou du monstre de Frankenstein de Shelley, le versant sombre du romantisme s’accroche aux murs du musée d’Orsay au printemps. Une branche noueuse et fertile des arts plastiques sur laquelle la guerre de Goya, les naufrages de Géricault et les créatures fantomatiques de Füssli ont posé leurs griffes, s’inscrivant tour à tour dans un courant héritier de la littérature allemande et britannique des XVIIIe et XIXe siècles. De quoi bousculer l’idée même de « romantisme », en la délivrant de ses carcans mélancoliques et rêveurs : ici, c’est le cauchemar et la part obscure de la nature humaine qui l’emportent. Des paysages oppressants de Caspar David Friedrich aux ombres tortueuses du cinéma expressionniste allemand, l’exposition sonde ainsi tout un terrain macabre et tourmenté de l’histoire de l’art, au fil de 200 œuvres qui oscillent entre romantisme germanique, révolution industrielle et fantasmes surréalistes.

    > Horaires, tarifs, accès... + d'infos sur l'exposition 'L'Ange du bizarre : le romantisme noir de Füssli à Max Ernst'

    Image : Paul Ranson, 'La Sorcière au chat noir' (détail), 1893© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

    7/ L'Ange du bizarre
  • 8/ De l'Allemagne, 1800-1939

    • Quand ? Du 28 mars au 24 juin / • Où ? Au Louvre, rue de Rivoli, 1er

    En braquant son regard sur l’Allemagne, le Louvre se penche sur une question aussi complexe que fascinante : l'affirmation du sentiment national en Europe, entre le XIXe et le XXe siècle. Un phénomène qui, outre-Rhin, se reflète dans les beaux-arts et la littérature, la notion de Kultur aidant à cimenter et unifier les peuples d’un territoire neuf, vaste et multiculturel, qui s’étend alors de la Rhénanie à la Prusse. Dans le sillage de la pensée de Goethe, l’exposition, ambitieuse, s’appuie ainsi sur des tableaux de Caspar David Friedrich, Paul Klee ou Otto Dix afin d’explorer l’émergence de la nation moderne. Une nation qui se cherche inlassablement dans sa culture, tant sous l’occupation napoléonienne, durant laquelle bourgeonne le romantisme, que dans l’entre-deux-guerres, marquée par les traits caustiques et satiriques de la Nouvelle Objectivité. C'est toute une tradition allemande qui s’invente, se développe et se réinvente librement jusqu’à la montée du nazisme – impasse qui poussera la notion même de nationalisme dans ses retranchements les plus sombres et les plus tragiques.

    > Horaires, tarifs, accès... + d'infos sur l'exposition 'De l'Allemagne, 1800 - 1939'

    Image : Johann Heinrich Wilhelm Tischbein, 'Goethe dans la campagne romaine', 1787 / © U. Edelmann, Städel Museum, ARTHOTEK

    8/ De l'Allemagne, 1800-1939
  • 9/ Dynamo

    • Quand ? Du 10 avril au 22 juillet / • Où ? Au Grand Palais, 3 avenue du Général Eisenhower, 8e

    Une expo qui brille, qui vibre, qui clignote. C’est ce que propose le Grand Palais pendant les beaux jours, en s’aventurant dans les eaux expérimentales de l’art « perceptuel » : celui qui prend un malin plaisir à brouiller les repères de son public, à noyer le regard dans des nuées de lumière, à palper le vide ou à flirter ouvertement avec l’invisible. Autant de lubies de l’art moderne et contemporain qui échappent à toute catégorisation, et viennent fourrer leur nez dans tous les styles et toutes les époques. Des effets d’optique de Bridget Riley aux installations son et lumière de Julio Le Parc, des bains de néon de Dan Flavin à l’op’art de Victor Vasarely, des pois obsessionnels de Yayoi Kusama aux sculptures mécaniques de Jean Tinguely, cette plongée dans le mirage artistique brassera un siècle de création, invitant des œuvres de tous horizons à s’entrecroiser sur 4 000 m2 de surface d’exposition.

    > Tarifs, horaires, accès... + d'infos sur l'exposition 'Dynamo - Espace et vision dans l’art de nos jours à 1913'

    Image : François Morellet, 'Sphère trame (détail)', 1963 / Essen Collection Museum Folkwang / © Adagp, Paris 2012





    9/ Dynamo
  • 10/ Ron Mueck

    • Quand ? Du 16 avril au 29 septembre / • Où ? A la Fondation Cartier pour l'art contemporain, 261 boulevard Raspail, 14e

    Du grand, du sensationnel, du spectaculaire : c’est ce que propose encore une fois la Fondation Cartier avec cette deuxième exposition de Ron Mueck (la première avait eu lieu en 2005), qui devrait occuper l’édifice de Jean Nouvel, boulevard Raspail, pendant une bonne partie de l’année 2013. Ancien fabriquant de mannequins pour la publicité et la télévision (notamment le ‘Muppet Show’), l’artiste australien a posé un pied ferme dans le monde des musées dès la fin des années 1990, en créant des sculptures hyperréalistes aux échelles disproportionnées – et le plus souvent monumentales. Son ambition : déstabiliser son public en exhibant le corps humain dans ses moindres détails (des racines de cheveux aux plis de l’épiderme, tout est minutieusement représenté) et sublimer la chair en évoquant les différentes étapes de l’existence, de la naissance à la mort, de l’adolescence à la vieillesse. Tout un programme gargantuesque, qui fera sans doute beaucoup de bruit dans les mois à venir.

    > Tarifs, horaires, accès... + d'infos sur l'exposition 'Ron Mueck'

    Image : Vue de la précédente exposition de Ron Mueck à la Fondation Cartier, 2005 / © Patrick Gries / Courtesy de la Fondation Cartier

    10/ Ron Mueck
  • 11/ Keith Haring

    • Quand ? Du 19 avril au 18 août / • Où ? Au musée d'Art moderne, 11 avenue du Président Wilson, 16e

    Anti-apartheid, anti-guerre-atomique, anti-homophobie, anti-capitalisme, anti-destruction-de-l’environnement, Keith Haring (1958-1990) a milité contre à peu près tous les tords de sa société, prônant les causes qui lui tenaient à cœur et produisant tout au long de sa carrière une œuvre avant tout engagée et critique. C’est moins l’héritage artistique du peintre new-yorkais tiraillé entre street art et pop art, que sa manière d’exploiter l’espace public (rue, métro…) pour diffuser son message de justice sociale, qui formera la substantifique moelle de cette rétrospective du musée d’Art moderne. Riche de plus de 200 œuvres (sculptures, photos, peintures sur toile ou sur bâche, graphs réalisés à même les murs…), elle survient quelques années seulement après la grande exposition que le MAC de Lyon consacrait à Haring en 2008.

    En parallèle de l'exposition au musée d'Art moderne, une quinzaine de grands formats sera accrochée au Centquatre.

    > Horaires, tarifs, images, accès... + d'infos sur l'exposition 'Keith Haring, The Political Line'

    Image : 'Monkey', 1982 / © Keith Haring Foundation

    11/ Keith Haring
  • 12/ Lorna Simpson

    • Quand ? Du 28 mai au 1er septembre / • Où ? Au Jeu de Paume, 1 place de la Concorde, 8e

    Nom : Lorna Simpson. Sexe : féminin. Nationalité : américaine. Couleur de peau : noire. Profession : photographe et vidéaste, dont la condition de femme américaine noire galvanise l’ensemble de l’œuvre, au point d’en constituer la matière première. A la manière d’une alchimiste, l’artiste explore depuis plus de trente ans le souvenir collectif et la notion d’identité (raciale, sexuelle, sociale…), s’échinant toujours à transformer le présent en passé, à faire entrer l’histoire dans le moment actuel ou à se déguiser en se faufilant dans la peau de différents personnages, pour mieux interroger les apparences. Porte-parole de la féminité afro-américaine depuis les années 1980, Lorna Simpson défriche ainsi l’histoire de sa communauté en exploitant différentes expressions : qu’elle associe des textes à ses photos pour en faire des sortes de contes philosophiques, qu’elle crée des sérigraphies pour jouer sur des effets désuets, ou qu’elle fouille dans des images d’archives pour imiter les poses de femmes afro-américaines photographiées dans les années 1950, Lorna Simpson trouve toujours moyen de tirer sur la corde sensible. Sans jamais sombrer dans la sentimentalité ou la victimisation. Mordante et politique, son œuvre est à découvrir au Jeu de Paume cet été, à l’occasion d’une rétrospective étoffée qui révélera notamment une nouvelle vidéo, ‘Playing Chess’, réalisée spécialement pour l’exposition.

    > Horaires, tarifs, accès... + d'infos sur l'exposition 'Lorna Simpson'

    Image : 'Waterbearer', 1986 / © Lorna Simpson


    12/ Lorna Simpson
  • 13/ Roy Lichtenstein

    • Quand ? Du 3 juillet au 4 novembre / • Où ? Au Centre Pompidou, rue Saint-Martin, 4e

    Que sait-on de Roy Lichtenstein ? Pas grand-chose, finalement, hormis le fait que ce pape du pop art a connu un succès fou dès les années 1960 avec son esthétique inspirée des comics, grâce à laquelle il poussa la porte des plus grands musées pour ériger le kitsch et le pastiche au rang d’art avec un grand « A ». Au point que, soixante ans plus tard, ce contemporain de Warhol (disparu en 1997) est devenu aussi intouchable et iconique que ses œuvres, son personnage souvent éclipsé par ses toiles surmédiatisées et son parcours parfois réduit à quelques tableaux phare comme ‘Whaam !’, ‘M-Maybe’ ou ‘Drowning Girl’. Et pourtant, Lichtenstein, ses pointillés cliniques et ses aplats de couleurs primaires ont exploré d’autres territoires artistiques, loin de l’univers de la bande dessinée et de la parodie redondante. Cet été, l’exposition blockbuster de Beaubourg (présentée auparavant à Chicago et à Londres) compte donc remettre les pendules à l’heure en se penchant sur une carrière bien plus riche et complexe qu’elle n’y paraît, et révéler des pans méconnus de l’œuvre de l’Américain, notamment des paysages à la mode chinoise, des « multiples » et des sculptures.

    > Horaires, tarifs, accès... + d'infos sur l'exposition 'Roy Lichtenstein, une rétrospective'

    Image : 'Ohhh…Alright…', 1964 / © Estate of Roy Lichtenstein

    13/ Roy Lichtenstein
  • Et la 14e... Kahlo / Rivera

    • Quand ? Du 9 octobre au 13 janvier (2014) / • Où ? Au musée de l'Orangerie, Jardin des Tuileries, 1er

    C’est l’un des grands événements de la rentrée prochaine : Frida Kahlo et Diego Rivera, face à face, côte à côte, se frottant l’un à l’autre sur les murs de l’Orangerie. Des retrouvailles aussi rares que prometteuses, qui réuniront le couple mythique autour d’un ensemble remarquable de toiles, issues notamment du musée Dolores Olmedo (Mexico). Entre autoportraits de « Frida-la-boiteuse », débordants de modernité et de progestérone, et peintures épiques de la Révolution signées Rivera, porte-parole du prolétariat, l’exposition zigzaguera entre les expressions de ces amants inséparables qui, tous deux, s’échinèrent à inventer un art fondamentalement mexicain. Echoué quelque part entre les avant-gardes occidentales et les formes précolombiennes.

    > Tarifs, horaires, accès... + d'infos sur l'exposition 'Frida Kahlo / Diego Rivera : l'art en fusion'


    Image : 'Portrait d’Alicia Galant', 1927 / Mexico, musée Dolores Olmedo / © ADAGP, Paris 2012 / © AKG-Images


    Et la 14e... Kahlo / Rivera

1/ Antoine d'Agata

• Quand ? Du 24 janvier au 7 avril / • Où ? Au BAL, 6 impasse de la Défense, 18e

Ancien élève de Larry Clark et de Nan Goldin, Antoine d'Agata parcourt le monde depuis une vingtaine d’années mais se retrouve toujours au même endroit : où qu’il aille, le photographe marseillais s’engouffre dans les bas-fonds, sombres et durs. Il y vit avec les prostituées, les ivrognes, les clochards, les drogués. S’installe comme un exclu parmi les exclus, pour témoigner de l'aliénation de ces existences privées d'espoir. Lors de ses pérégrinations nocturnes, il saisit ses modèles sans flash. Flou, onirique, comme voilé par l'ébriété et l’insomnie, son langage visuel mâchonne alors des histoires sordides, à demi-mot. Déformations glaçantes de la chair et d’une réalité insupportable, ses portraits évoquent parfois les expériences tortueuses de Francis Bacon.

Qu’il œuvre le jour ou la nuit, au fond de bordels miteux, de repaires de toxicos ou en plein air, d’Agata dépeint toujours un monde gris, morne, foutu. Un univers qui semble hurler en silence, la gueule grande ouverte. Le BAL, haut-lieu de l’image documentaire, rend hommage à ce travail déroutant qui raconte le pire. Tout en trouvant dans la noirceur une forme de beauté : peut-être celle, immonde et désespérée, que l’on rencontre lorsque l’autodestruction semble être la dernière des libertés.

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Image : © Antoine d’Agata - Magnum photos / Courtesy galerie Les Filles du Calvaire, Paris




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