Chiharu Shiota : Infinity

Courtesy Galerie Daniel Templon, Paris. Photo : B.Huet/Tutti
Chiharu Shiota, 'Infinity', 2011 (Galerie Daniel Templon)
Libre

Vous vous souvenez peut-être de l'exposition personnelle que la Maison Rouge consacrait à Chiharu Shiota en 2011 : deux installations pantagruéliques avaient alors submergé la fondation d'Antoine de Galbert, à Bastille, l'une constituée de montagnes de valises, l'autre de longues robes blanches en suspens, noyées parmi des fils de laine. Des fils noirs, épais, follement entrelacés à la manière d'une toile d'araignée.

D'une monumentalité déstabilisante, l'expression de Shiota ne s'oublie pas du jour au lendemain. Fille spirituelle de Yayoi Kusama et de Christian Boltanski, la jeune Japonaise, berlinoise d'adoption, signe depuis les années 1990 des œuvres étourdissantes à base de photographies, de valises, de vêtements ou de pelotes de laine. De Kusama, elle conserve le goût de la répétition des motifs et le sens de l'engloutissement visuel, cherchant à faire disparaître la matière dans les microcosmes qu'elle imagine (voir notre article sur l'exposition de Kusama au Centre Pompidou, 2011). De Boltanski, elle a hérité cette manie de récupérer les objets des autres, comme pour prélever les empreintes d'individus disparus ou pour conserver les secondes peaux des absents.

Son art vient aujourd'hui engloutir un autre recoin de Paris : la galerie Daniel Templon, à l'occasion d'une petite exposition personnelle. Et même dans le local réduit de l’impasse Beaubourg, sa dernière installation, un enchevêtrement touffu de cordelettes en laine, absorbe le regard et avale l'espace. Les fils noirs d''Infinity' s'accrochent au plafond, aux murs, au sol, s'étirant jusqu'à la porte d'entrée et se densifiant au fond de la salle. L’entrelacement forme une sorte de matrice, enveloppant de grosses ampoules électriques qui s'allument et s'éteignent, lentement, comme si elles renfermaient là une insondable pulsation vitale. On pense à Louise Bourgeois, à l'araignée ('Maman') qui protège et oppresse du même coup. A Annette Messager, chez qui les vestiges périmés de l'enfance (peluches éventrées, poupées cassées...) ne sont jamais bien loin. Ici, une robe blanche de fillette se fossilise dans un nid de ficelles. Comme si la toile tissée cherchait, au fond, à immortaliser tout ce qui file entre les doigts de fée de Chiharu Shiota.

Téléphone de l'événement 01.42.72.14.10
Site Web de l'événement http://www.danieltemplon.com/#
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