Claudine Doury, 'Sasha'

Courtesy de la Galerie Particulière, Paris
Claudine Doury, 'Sasha', 2007
Libre

Son objectif, Claudine Doury s’en sert le plus souvent pour prélever les bouleversements sourds de l’adolescence, qu’elle distille sur ses photographies avec une infinie délicatesse. Comme si elle tenait là la chose la plus fragile du monde. Comme si elle avait peur de briser l'harmonie. Après avoir photographié le dernier camp de vacances des rejetons de la nomenklatura en Crimée (1994-2003, ses étés trempés dans le souvenir préfabriqué du soviétisme, ses heures baignant dans la langueur, le soleil et les fictions d’une époque mise sous respiration artificielle), après avoir cherché dans les cheveux longs des filles d’Asie centrale les traces d’une princesse déchue (2002-2005), c’est sous son propre toit que la photographe française est allée cueillir le sujet de sa série la plus récente (2007-2010) : Sasha, sa fille.

A la Galerie Particulière, sur des tirages de 86,7 x 120 cm, Sasha incarne les tourments de l’adolescence avec une mélancolie troublante, stoïque devant sa mère qui cherche, tant bien que mal, à percer les mystères de son âge indémêlable, à retenir le passage du temps. Sasha affalée sur un lit, Sasha gambadant au bord d’un lac, Sasha respirant sous une cloche de verre, Sasha jouant dans la boue, se cachant sous la farine... Figés, statiques, ces portraits à la grâce pastorale échappent à la froideur par on ne sait trop quel miracle, se laissant transpercer par la vie intérieure éruptive de leur modèle. Entre l’obsession de la mère et la complicité engourdie de la fille, les photos trouvent un équilibre étrange. Sasha semble se détacher à mesure que l’artiste tente de s’immiscer dans son univers, deviner ses fictions personnelles, ses visions imaginaires.

La voilà qui arbore des allures de fée, flottant dans une forêt enchantée. Plus loin, elle emprunte des dégaines d’ado torturée, tout droit sortie d’un film de Gus Van Sant ou Sofia Coppola. Claudine Doury saisit les temps vides, les moments où il ne se passe rien mais où tout se transforme, imperceptiblement. Les instants où l’aiguille des secondes semble pousser celle des minutes aussi lentement que les rondeurs de femme déforment les hanches d’enfant. Des regards absents, des yeux fixés dans le vide, ailleurs. Attendant on ne sait trop quoi : l’âge adulte, que la photo soit prise. Que ça se passe.

Téléphone de l'événement 01.48.74.28.40
Site Web de l'événement http://www.lagalerieparticuliere.com/
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