Guillaume Bresson

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© Bertrand Huet / Tutti Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles
'Sans titre', 2010-2012
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© Bertrand Huet / Tutti Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles
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© Bertrand Huet / Tutti Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles
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© Bertrand Huet / Tutti Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles
Libre

Casquettes et survêts à l'appui, trois kaïra figées dans la minutie de la peinture à l'huile discourent dans une forêt. Le décor sort tout droit d'une toile du Titien ou de Tintoret. La pose, dramatique, théâtrale, sent le vieux machin académique. Le style est hyperréaliste ; les plis des vêtements travaillés avec un soin presque maniaque. L'ensemble baigne dans des clairs obscurs caravagesques tandis que le climat dégage des effluves sombres de romantisme, dignes d'un Géricault. Tout est tellement lisse que c'en est suspect. Quelque chose ne doit pas tourner rond sous toutes ces couches de vernis – comme une sorte de férocité latente, contenue.

Autant d'anachronismes qui, ajoutés au thème fourre-tout des banlieues, peuvent agacer. Certains diront même qu'ils sont faciles. Mais Guillaume Bresson maîtrise son art avec une telle habileté, une telle intelligence, qu'il en devient au contraire poignant. Vertigineux. Etoile montante de la peinture contemporaine, le Toulousain de 30 ans s'acharne à revisiter les codes classiques pour sublimer la jungle urbaine, réalisant des toiles qui se vendent comme des petits pains et dont une quinzaine sont à découvrir jusqu'au 21 juillet à la galerie Nathalie Obadia. Naviguant allègrement à contre-courant de la création actuelle, il croque ses amis d'enfance dans leurs cités de Haute-Garonne, palette en main, puis traficote sur Photoshop des reproductions de toiles baroques trouvées sur Internet avant d'harmoniser le tout à l'huile et au pinceau. Emeutes, bastons sur fond de parkings, grottes de béton agressées par une végétation rampante, corps magnifiés – en toge ou en jogging, peu importe –, héroïquement déchaînés contre un monde en pleine démolition…

Des non-récits, statufiés pour la plupart dans la froide neutralité du sépia, qui s'accrochent au fil du rasoir, quelque part entre fresque historique, pastiche et arrêt sur image cinématographique. Là où Romain Gavras, dans ses vidéo-clips sur les banlieues (pour Justice, M.I.A., et très récemment Kanye West), empreinte une esthétique épique pour se complaire, lourdement, dans la violence, Guillaume Bresson lui, concentre toute la tension de ses tableaux dans l'ambiguïté de ces atmosphères inquiétantes, brutales, mais dénuées de sentiments. Grandiloquents, presque oniriques, ces no man's lands postmodernes sont surtout des mythologies simples et nues. Des histoires du XXIe siècle sans trames, où les bandes blanches des vestes Adidas illuminent les gestes des prophètes. Et où les Air Max accompagnent les pas des guerriers.

Site Web de l'événement http://www.galerie-obadia.com/
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