Le Musée imaginaire d'Henri Langlois

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© Enrico Sarsini
Langlois transportant des bobines de film

Parce que rien ne remplacera jamais le visionnage des films, les expositions de la Cinémathèque se retrouvent souvent dans une position délicate. Quand elles ne s'attaquent pas à des sujets aussi riches que l'expressionnisme allemand, ou aussi atypiques que ‘Brune/Blonde’, elles frisent parfois le bonus DVD ou la biographie pas très intéressante. Cette fois, avec Henri Langlois (1914-1977), le parcours fonctionne plutôt bien : même s'il glisse parfois vers l'hagiographie, cet hommage au fondateur de la Cinémathèque, qui aurait eu cent ans cette année, permet de parler de cinéma comme on ne l’évoque plus si souvent aujourd’hui.

C'est en 1935 que le natif de Smyrne, ami de Georges Franju, crée son premier ciné-club, le Cercle du Cinéma, qui annonce la naissance de la Cinémathèque l'année suivante. Henri Langlois se concentre déjà sur la recherche et la récupération de bobines rares à une époque où le cinéma muet, tout juste disparu, aurait pu finir au fond d'une poubelle. Tout de suite, et sans jamais se poser la question du genre, il a cet instinct de conservation qui le guidera durant toute sa vie : Langlois garde tout. Sauve de l'oubli des dizaines de films. Mais plus encore que ce travail de préservation, c'est dans la diffusion qu’il s'avère le plus révolutionnaire – avec ses programmations qui mêlent dessins animés et cinéma politique, érotisme et expressionnisme, dans un constant souci de faire dialoguer les œuvres, et de souligner la vivacité du 7e art. Au point que tous, Godard, Rivette, Truffaut, Rohmer et compagnie, ont appris le langage filmique en assistant à ses soirées cinéphiles.

En présentant, après l'obligatoire partie biographique, les ponts qu’il établit entre cinéma et art, la Cinémathèque parvient à rappeler ce qu'était alors la conception du cinéma de Langlois. Une conception esthétique avant tout – logique pour un amateur de muet –, qui le fait s'intéresser à Severini, Duchamp ou Man Ray : « Un Matisse, un Picasso, un Léger, sont nôtres et n'ont jamais caché leur amour du cinéma. » A ses yeux, le musée du Cinéma ne peut se concevoir autrement que comme un lieu de rencontre entre disciplines, un temple syncrétique de l'art moderne. D'où cette attirance pour le cinéma expérimental, celui d'Andy Warhol, de Philippe Garrel, de Kenneth Anger. Un cinéma libéré de la narration (celle-là même qui l'écrase aujourd'hui), et prêt à toutes les innovations. Voilà sans doute la vraie leçon de cette exposition, consacrée à un type qui avait tout de même imaginé un musée pour un art qui, alors, existait à peine.

> Horaires : lundi, mercredi et samedi de 12h à 19h, jeudi de 12h à 22h et dimanche de 10h à 20h (fermé le mardi).

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