R. and J. Tragedy

  • Théâtre
DR / Rabeux

C’est dans un gradin circulaire au sein de la MC93 que Jean-Michel Rabeux nous convie. Une invitation à voir (ou revoir) la plus célèbre et certainement la plus romantique des tragédies shakespeariennes ‘Roméo et Juliette’. Pour cette transformation contemporaine, les amants de Vérone ont subi un lifting conséquent : pas de robes à traîne ni de couronne de fleurs mais une langue élisabéthaine à la fois découpée et remaniée par la plume acérée du metteur en scène. Une remise au goût du jour qui commence par un prologue empreint d’anxiété : dans la pénombre et le silence, un homme cagoulé et en slip circule parmi les spectateurs un revolver à la main, pointant lentement de son arme des inconnus au hasard. Une fois sa ronde effectuée, revenu au milieu de la piste, il tire dans le ciel. Les coups de feu vont alors ponctuer l’espace sonore pendant quelques secondes jusqu’à nous rendre sourds. Voilà pour ce qui est de l’intro…

Quant au reste, il faudra s’accrocher : jets de peinture écarlate, scènes de sexe explicites, luttes dans la boue et nudité à gogo… La contemporanéité chez Rabeux se pare de ses plus beaux clichés. De l’amour entre Roméo (Sylvain Dieuaide) et Juliette (Vimala Pons), il ne reste guère que le libidineux et un jeu d’acteur maladroit et distancié. Passée à la moulinette (1h30 en tout), la tragédie exacerbe davantage la bestialité des êtres que leur poésie. Un parti pris censé, mais qui laisse le spectateur en dehors de toute émotion (autre que le dégoût). Si l’adaptation dérange par son animalité pulsionnelle et par son incapacité à émouvoir – et ceci malgré sa disposition scénique, très proche du public –, elle recèle pourtant de bonnes idées. On applaudira sa scénographie carcérale, les interventions drolatiques de Frère Laurent ainsi que les interventions lyriques et musicales. Car voyons, tout n’est pas pourri au royaume de Rabeux.

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