Tétrakaï

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© Germain Cagnac

Un boxeur en short rouge coiffé d’une crête iroquoise. Un duo d’acrobates les yeux bandés. Des escarpins carmin qui se déplacent à l’aveugle… Mis en scène par Christophe Huysman, ‘Tétrakaï’ – spectacle de fin d’études du Centre national des arts du cirque – n’est jamais vraiment là où on l’attend.

Sur un plateau circulaire repeint hâtivement en blanc, les treize artistes de la promotion vont confronter leur technique acrobatique à leur imaginaire, créant des liens entre les agrès et l’histoire (les histoires ?) qu’ils vont raconter. Le portique coréen se transforme alors en symbole de la fragilité des relations amoureuses – offrant au passage de magnifiques scènes de voltige. Le trapèze Washington devient le théâtre d’une bataille sans merci et au ralenti, le mât chinois un échappatoire vertical. Sans jamais quitter du regard l’aspect narratif de leur prestation physique, les interprètes se frottent malgré tout à l’agrès. Ils en délimitent les contours, profitent de leur éventuelle mobilité, ne forment plus qu’un.Et lorsqu’ils sont perchés à plusieurs mètres du sol, un fin câble les protégeant du drame, les artistes brillent de mystère et d’intensité. Pendus à leur trapèze, au sommet de leur mât ou les pieds dans le vide, ils reposent à la frontière avec le visible et l’invisible, tantôt humains, tantôt volatiles.

Des scènes d’une grande beauté parasitées par un texte composite et invasif. L’on passe ainsi de « L’argent la fait vomir, il pèse trop lourd » à « Qui suis-je ? Je suis qui ? Notez la difficulté : très facile, facile-moyen, ça se corse, difficile. Qui suis-je ? Kiki... ». Alors qu’il est supposé faire le lien entre les saynètes, le texte, même très poétique, sème le trouble. Il nous éloigne du ressenti brut, de la magie des corps, et des solitudes qui se tissent. Comme ce « chien-homme » qui ne sait plus qui il est dès que le maître disparaît de sa vue ou cette silhouette molle, noyée dans un jogging trop large. Lorsqu’ils sont face à leur propre histoire de personnage, les acrobates offrent au public bien plus qu’un spectacle de cirque, des instants où la forme et le fond ne font plus qu’un. La symbiose parfaite de la poésie et des arts circassiens. 

Site Web de l'événement http://www.cnac.fr
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