Nous n'irons pas à Avignon

À Vitry-sur-Seine du 2 au 26 juillet, Gare au Théâtre des sentiers battus !

Lola Blau de la compagnie Ultreia

« Fabrique d'objets artistiques en tout genre », Gare au Théâtre à Vitry-sur-Seine organise pour la dix-septième année consécutive son festival Nous n'irons pas à Avignon, du 1er au 26 juillet 2015. Au programme, 34 spectacles dont 15 créations. Une belle occasion pour découvrir un lieu atypique, animé par le désir de faire du théâtre ailleurs et autrement.

Chaque année, le festival Off d'Avignon soulève toutes sortes de critiques. Trop de spectacles, pas assez de lisibilité, salles à prix prohibitifs... Pourtant, les compagnies continuent de s'y presser. Cette année, elles ne seront pas moins de 1 071 à jouer et à tapisser d'affiches la cité des papes. Certaines ne se relèveront pas des 25 000 € à dépenser en moyenne pour trois semaines de festival. Beaucoup en ressortiront très affaiblies. Pour ces raisons, la « fabrique d'objets artistiques en tout genre » Gare au Théâtre à Vitry-sur-Seine propose aux mêmes dates qu'Avignon un festival au nom devenu célèbre. Bien plus que la manifestation elle-même et que l'ancienne halle de déchargement de la gare Fret où la Cie de la Gare a établi ses quartiers en 1996. Pour la dix-septième année Mustapha Aouar, directeur artistique de la compagnie le dit et l'écrit sur son programme : Non, « nous n'irons pas à Avignon. »

Utopie sédentaire

Il n'ira pas non plus à Chalons-sur-Saône ni à Aurillac, villes connues pour leur festival, références en matière de théâtre en espace public. La rue, Gare au Théâtre l'approche autrement. Chaque jour. Chaque fois différemment, en accueillant en résidence des compagnies qui travaillent avec la population locale. Celle des maisons de retraite, des centres aérés... Mais aussi celle qui fréquente le Mac/Val, La Briqueterie et les autres structures culturelles de la ville. Laboratoire avant d'être lieu de monstration, Gare au Théâtre est bien ancré dans son territoire. Avec son architecture sobre et son style ferroviaire, le lieu de 1 800 m2 – cinq espaces vierges organisés autour d'une vaste salle entièrement modulable – est idéal pour qui veut réfléchir sur les transformations urbaines en cours à Vitry-sur-Seine. Et plus largement dans le Grand-Paris.

Sans tourner le dos à la capitale, Mustapha Aouar, son équipe et toutes les compagnies qui font vivre Gare au Théâtre font donc à leur manière l'éloge de la sédentarité. Du lien direct et quotidien avec un maximum de personnes, hors de la logique consumériste dont le directeur du lieu déplore la généralisation dans le milieu théâtral. Symbole du phénomène, le festival Off d'Avignon représente tout ce que critique Mustapha Aouar. Mais pas plus qu'il ne se place dans une opposition frontale aux institutions parisiennes, ce dernier ne cherche pas à faire de Nous n'irons pas à Avignon un contre-festival. Libre aux compagnies qu'il programme de voir les choses comme elles veulent ; lui voit surtout le festival comme un temps fort d'une action au long cours, comme les rencontres du Théâtre du réel, les Frictions urbaines ou encore les Histoires à emporter qui rythment les saisons de Gare au Théâtre. 

Un festival du « faire autrement »

Avec 34 compagnies programmées, la dix-septième mouture de Nous n'irons pas à Avignon aura la même ampleur que les années précédentes. Pas question de faire grossir l'événement. Conçu sur mesure, selon la capacité d'accueil de l'ancienne halle de déchargement de la gare, le festival donne aux spectateurs l'opportunité de découvrir tranquillement des spectacles très variés. Chaque week-end, huit spectacles d'une heure maximum se succèdent dans les différentes salles. À 15 h, les festivités s'ouvrent la plupart du temps sur un spectacle jeune public. La première semaine sur 'Moi et ma bouche' de la Cie En attendant, la seconde sur 'Les Oreilles du loup' de la Cie Arène Théâtre...

Du théâtre contemporain au clown, en passant par de la danse, des performances ou encore du cirque, les propositions s'enchaînent ensuite sans précipitation. Nous n'irons pas à Avignon, c'est d'abord un espace-temps dédié à la rencontre. Un lieu de départ vers l'ailleurs, qui dans la mesure où il se situe hors des sentiers battus du spectacle vivant est lui-même déjà un ailleurs. La première semaine du festival, un focus Bourgogne permettra aux spectateurs de découvrir huit compagnies qui passent rarement voire jamais par la case Paris intra-muros. L'origine de ce temps fort : une collaboration ancienne entre Gare au Théâtre et l'auteur Michaël Glück, dont la Cie L'Oreille interne monte 'Proférations de la viande'  qui sera créé à l'occasion du festival. La plupart des autres compagnies programmées sont basées en Ile-de-France. Plus facile sur le plan de la logistique. Plus cohérent aussi en matière d'inscription sur le territoire. Et pour Mustapha Aouar, Vitry-sur-Seine est un terrain – de jeu, de travail, de rencontres – inépuisable. Gageons que qui n'ira pas en Avignon cet été partagera vite son opinion.

> Entre 10 et 13 € la place. 
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