Slava au pays des merveilles

Rencontre avec le clown russe dans sa demeure francilienne

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Il nous donne rendez-vous à quelques kilomètres de Paris. Là où la Seine-et-Marne attend paisiblement l’automne. Autour de la maison peinte par Os Gêmeos, on voit les feuilles des saules pleureurs caresser le cours d’eau, des poules picorer des cailloux, des hamacs suspendus aux branches…


Un large espace verdoyant où Slava expérimente, entouré d’une partie de son équipe, ses futures trouvailles scéniques. Ici tout est vivant, des animaux ramenés d’Inde à la folle architecture de la vaste propriété transformée en terrain de jeu surréaliste. Son imagination ne semble pas avoir de limites, à l’image de ce moulin jaune qui déploie ses surprises sur plusieurs hectares, d’une coque de bateau renversée pour abriter un bar, à des instruments de musique géants, en passant par un lit en fer transformé en radeau… Au milieu de cet Eden, Slava respire la sagesse, parfois le sérieux mais celui d’un enfant qui joue sans rien laisser au hasard. Avec lui, le temps s’arrête.


Son fameux ‘Snowshow’, joué depuis 15 ans dans 30 pays, revient dans la capitale du 2 au 14 octobre 2012 au Casino de Paris. Vous l’aurez compris, il serait criminel de le manquer.


• Rencontre avec Slava Polunin


Vous avez sillonné le monde avec le 'Snowshow'. Y a-t-il pour vous une grande différence entre un public parisien et moscovite ?
Ce sont des planètes différentes. Et puisque je suis totalement perméable à l'ambiance du pays dans lequel on joue, chacun de mes spectacles est sensiblement modifié. En Angleterre, je mets plutôt l'accent sur le minimalisme et l'absurde, en Espagne il est plus passionné et en France résolument poétique... J'étais à Singapour il y a quelques jours, devant un public presque exclusivement chinois et l'humour n'y est pas le même qu'ici. Pour faire rire le public là-bas, je me suis beaucoup inspiré du cinéma chinois et notamment de Jackie Chan, un des derniers clowns (et l'un de mes préférés).

Vous laissez également une large place à l'improvisation... Vous ne jouez donc jamais le même spectacle ?
Demandez à un enfant de refaire deux fois la même chose ! C'est impossible ! Et les clowns sont comme les enfants. Pour moi, le théâtre c'est comme le jazz, il y a une ligne musicale autour de laquelle on improvise. Cinq minutes avant le début du spectacle, j'annonce aux comédiens l'inspiration du moment, la couleur que prendra la représentation. Cela peut-être Beckett, un conte de fées ou encore 'Notre-Dame-de-Paris'... Chacun doit alors chercher son personnage, trouver qui il joue. Personne ne connaît son rôle à l'avance. Et il y a aussi des petites techniques pour s'amuser. Il nous arrive de retirer un manteau du lot d'accessoires pour que celui qui n'a pas son costume n'ait pas le doit d'entrer en scène. Les retardataires doivent aussi payer le dessert. J'essaie de transformer le négatif en quelque chose d'agréable. D'ailleurs chez moi, les mots « répétition » et « travail » sont bannis !

La bonne humeur comme maître-mot ?
Je préfère nettement m'entourer de personnes joyeuses que de professionnels. Si tu n'es pas heureux, selon moi, tu ne peux pas rendre heureux. Tous les gens qui vivent cette vie avec moi sont restés des enfants. Au total, nous sommes plus de 70 à vivre au Brésil, à Moscou, en Ile-de-France, et chaque spectacle mobilise environ 15 personnes...


Une convivialité et une générosité que l'on retrouve pendant vos spectacles...
Le 'Show' est un prétexte pour rencontrer le public, transmettre de l'amour. A travers lui, j'imagine un monde idéal et j'essaye de le créer. Le spectacle en lui-même est finalement plutôt secondaire, c'est l'échange qui est primordial. Il est arrivé que des spectateurs restent jusqu'à 5h du matin à boire le thé avec nous ! 


Le 'Snowshow' donne le sentiment d'un rêve éveillé... Vous ne faites jamais de cauchemars ?
Comment pourrait-il y avoir des cauchemars ? Regardez autour de vous : ici, il n'y a pas de télé !

Vous n'avez jamais peur des réactions négatives ?
Il existe des règles simples que l'acteur doit connaître avant de solliciter le public. La première étant de toujours regarder les spectateurs dans les yeux et de ne le solliciter que si on a été préalablement accepté. Il faut attendre le moment où le spectateur est prêt. C'est comme un enfant, il faut lui faire signe, lui donner la main et après se rapprocher. Nous avons déjà joué devant une salle remplie de militaires, et à la fin tout le monde participait !

Les murs de votre maison sont tapissés de livres d'art. Les autres créateurs et artistes vous inspirent ?
Disons que je me sens proche du symbolisme, du surréalisme, et de l'art naïf. Mais ces courants ne m'influencent pas directement, ils m'aident plutôt à comprendre le monde. Au théâtre, je n'ai jamais manqué un spectacle de Pina Bausch, Roland Topor est un maître et j'aime aussi beaucoup Bob Wilson. Côté cinéma, je dirais Fellini, Terry Gilliam, Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro. J'aime les auteurs qui mêlent la fantaisie à l'humour, qui sont dans l'émotion. Pour la musique, je picore au gré des voyages, des Balkans jusqu'au Brésil. J'aime étudier la culture des lieux où je pose mes bagages.

Le 'Snowshow' tourne depuis des années... Des idées pour la suite ?
Il n'y a pas que le 'Snowshow' dans mon univers. En parallèle du spectacle, je réalise des projets à grande échelle avec plus de 100 participants. J'organise des fêtes pour les enfants, je me mêle à des festivals, des carnavals, des défilés... Le Moulin que vous allez visiter me sert de laboratoire pour laisser libre cours à mon imagination...


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