Ahae, 'De ma fenêtre'

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© AHAE press
'Onde sur l'étang'
Libre

Envie d'une cure de nature, d'une piquouze de simplicité, d'un bain d'harmonie, sans avoir à quitter les bonnes vieilles effluves de pots d'échappement parisiens ? Il n'y a plus qu'à pousser la grille du jardin des Tuileries, où le photographe, homme d'affaires et militant écolo coréen Ahae expose une série de tirages, dans une vaste galerie conçue pour l'occasion. Soleils sanguins, cours d'eau flétris par la brise, nuages errants, clairières saupoudrées d'herbe verte... Ici, la nature reprend ses droits, figée dans la douce éternité du huitième art. Et pourtant, Ahae a fait comme vous : pour savourer ce spectacle, il ne s'est enquiquiné ni à enfiler ses bottes en caoutchouc, ni à affronter le grand air. Ces clichés d'une beauté sobre et magnétique, l’artiste les a saisis bien au chaud, chez lui : chaque jour, pendant deux ans, le Coréen a photographié la scène bucolique qu'il entrevoyait depuis sa fenêtre, capturant à partir de ce seul point de vue une variété surprenante de paysages, au gré des saisons.

Sélectionnées parmi près de 2 millions de photos, une centaine d’images sont exposées aux Tuileries. A force de croiser tous ces arbres en grand format, ces chevreuils noyés dans des flous presque abstraits, ces canards mandarins, on finit par oublier qu'Ahae n’a pas parcouru monts et vaux pour nous livrer ce recueil vaporeux. C’est là toute la force de cette exposition : sorte de leçon d’émerveillement et de contemplation, elle prend la forme d'une célébration de la vie et de toutes les petites merveilles concentrées dans l'exigüité d’un microcosme. A l’extrême opposé sur l’échelle des paysages photographiques : l’immense terre vue du ciel de Yann Arthus-Bertrand, réduite à un vague souvenir insipide et sensationnaliste, à feuilleter, au mieux, dans la salle d’attente du dentiste.

Mais si on pense à Arthus-Bertrand, subrepticement, c’est bien que, malgré l’ampleur impressionnante du projet, la scénographie de l’expo d’Ahae, trop soignée, trop apprêtée, avec ses immenses écrans, sa musique d’ascenseur, son épure zen et ses enfilades de poèmes, confère à l’ensemble une saveur un brin commerciale, voire fade. Seule cette salle ovale, où se déploient d’immenses tirages aux faux airs de tableaux abstraits ou impressionnistes, parvient réellement à nous secouer. Avec ses différentes vues d’un lac sculpté par la lumière, tantôt métallique, tantôt soyeux, tantôt froissé comme du papier-chiffon, cet ensemble ose un magnifique clin d’œil aux nymphéas de Monet, accrochés dans l’Orangerie avoisinante. Et se démarque d’un parcours autrement agréable mais sans plus, qui, à défaut de nous transporter totalement, n'en demeure pas moins une évasion délicate et poétique.

> Horaires : tous les jours de 10h à 22h.

Site Web de l'événement http://ahae.com/
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