Sergio Larrain, 'Vagabondages'

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Sergio Larrain, 'Rue principale de Corleone', Sicile, 1959 / © Sergio Larrain/Magnum Photo
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Sergio Larrain, 'Bar', Valparaiso, Chili 1963 / © Sergio Larrain/Magnum Photo

Après avoir illuminé les Rencontres de la photographie d'Arles cet été, le noir et blanc de l’énigmatique Sergio Larrain (1931-2012) s'installe à la Fondation Cartier-Bresson. Débutée avec son Leica auprès des pauvres de Santiago, sa carrière prend rapidement son envol à la fin des années 1950, lorsqu’il se fait engager par Henri Cartier-Bresson. Mais les exigences du photojournalisme ne correspondent pas vraiment à l’approche du premier Sud-Américain de l'agence Magnum : « Je crois que la pression du monde journalistique – être prêt à sauter sur n’importe quel sujet – détruit mon amour et ma concentration pour le travail », confesse-t-il à Cartier-Bresson. Alors Larrain retourne au Chili, où il finira par vivre presque en ermite dans un petit village du Nord, à Tulahuèn.

A regarder de plus près son travail, cette décision radicale ne surprend pas, tant on sent dans ses images cette irrépressible envie de montrer les choses pour les changer – ambition qui va de pair avec la désillusion, lorsqu’on comprend qu’elles ne changeront pas. Qu’il visite Londres, Paris ou la Sicile, le Chilien se retrouve toujours à explorer ce monde interlope et souterrain qu'il aime tant, collant au plus près des pavés, à hauteur des chiens errants efflanqués ou des enfants des rues aux pieds nus (sur lesquels il réalise également une courte vidéo de 5 minutes d’une beauté à couper le souffle).

Mais c’est à Valparaíso, ville qui lui inspire des « photos magiques », que Sergio Larrain exprime tout son talent. Au cœur des ruelles sinueuses et des bars enfumés, il arrive à saisir le mouvement comme personne, à faire exploser les contours de sa photo à coups de cadrages audacieux et d'un entrelacement de lignes et de visages qui donnent à chacun de ses clichés une fougue teintée de merveilleux. Même les nuits sordides au milieu des prostituées prennent des allures poétiques, et irradient d’une grâce sans pareille, presque enfantine. Sergio Larrain déclarait d’ailleurs à propos de ses clichés : « Une bonne photographie vient d'un état de grâce. La grâce vient lorsqu'on est libéré des conventions, des obligations, de la compétition : être libre comme un enfant dans ses premières découvertes de la réalité. »

> Horaires : du mardi au dimanche de 13h à 18h30, le samedi de 11h à 18h45, nocturne le mercredi jusqu’à 20h30.

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