Simon Hantaï

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'Etude', 1969 / National Gallery of Art, Washington / © Adagp, Paris 2013
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'Peinture [Ecriture rose]', 1958-1959 / Musée national d’art moderne, Paris / © Adagp, Paris 2013
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'Portrait du peintre Simon Hantaï', vers 1970 / © Edouard Boubat / Rapho

Lorsqu'il s'installe à Paris après la Seconde Guerre mondiale, Simon Hantaï (1922-2008) s'inscrit naturellement dans le sillage du surréalisme. Jeu avec les coulures de la peinture, grattage, collages (d'ossements animaux) : il réutilise le vocabulaire surréaliste en se l'appropriant et en le déformant, au point de glisser petit à petit vers l'abstraction, dans un magma de formes liquides aux couleurs acidulées. Dès lors, l'histoire de ce peintre d'origine hongroise se résume à une quête laborieuse qui guide son art pendant plusieurs décennies : la recherche de la gestuelle idéale. Marqué par l’action painting de Jackson Pollock, Hantaï tente de trouver son propre langage et affine sa technique en travaillant, par exemple, avec un petit cercle métallique tiré d'un vieux réveil. Certaines tentatives laissent dubitatif, d'autres impressionnent, comme lorsque ses expérimentations autour de l'écriture aboutissent au frénétique 'Ecriture rose', un tableau monumental sur lequel tous les matins, pendant un an, Hantaï a retranscrit des textes religieux, poétiques ou philosophiques.

Et puis, dans les années 1960, c'est le déclic. Pliée, froissée, chiffonnée, soudain la toile n'est plus cette surface plane et vierge que toise le peintre. Désormais devenue une matière malléable, modelée par le hasard, elle cache dans ses replis des zones aveugles qui resteront immaculées, conserve dans ses interstices des marques étranges. Ce sera seulement une fois dépliée que le peintre pourra découvrir l'œuvre qu'il a composée, sans avoir pu vraiment en contrôler l'exécution. Hantaï signe alors des pièces immenses, dans lesquelles le blanc et la couleur se livrent à un corps à corps magnétique. Parfois granitique et assourdie, souvent lumineuse comme un vitrail, sa peinture puise dans l'incertitude des plis et le contraste entre le peint et le non-peint une force instinctive. Ses œuvres de la toute fin des années 1960, dans lesquelles les blancs semblent s’envoler comme une nuée d'oiseaux, atteignent même une grâce étonnante qui rappelle finalement plus les papiers découpés de Matisse que l’expressionnisme abstrait. Après tout, Simon Hantaï disait lui-même que « la toile est un ciseau ».

> Horaires : tous les jours de 11h à 21h sauf le mardi

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