10 films à voir la bouche pleine

Quand le repas tourne à l'aigre : les pires scènes de dîner au cinéma

1/11

Indiana Jones : Temple maudit

 

de Steven Spielberg, avec Harrison Ford, Kate Capshaw, Jonathan Ke Quan et Amrish Puri

 

Pour évoquer les pires scènes de dîner au cinéma, il convenait évidemment de commencer par cette célébrissime scène d''Indiana Jones et le temple maudit'. Sans être le meilleur épisode de la franchise (honneur qui revient davantage aux 'Aventuriers de l'arche perdue' ou, plus encore, à 'Indiana Jones et la dernière croisade'), ce 'Temple maudit' regorge tout de même de quelques moments de bravoure, dont ce repas, inquiétant et comique, où des serpents éventrés côtoient des cervelles de singe à la table d'un très jeune maharadjah. Pour l'anecdote, bien que Steven Spielberg lui-même ait reconnu que cet épisode n'était pas le meilleur de sa série, il y rencontra tout de même sa future femme, l'actrice Kate Capshaw – qu'on voit ici violemment tourner de l'œil. Bon apéritif !

  

2/11

C'est arrivé près de chez vous

 

de et avec Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde

 

Projet de fin d'études tourné avec trois bouts de ficelle et embardée potache entre potes, le belge 'C'est arrivé près de chez vous' est resté l'un des films francophones les plus cultes des années 1990. Porté par un Benoît Poelvoorde décapant dans sa première apparition au cinéma, faisant preuve d'un humour noir d'une violence inouïe, le long métrage de Rémy Belvaux et André Bonzel comporte quelques scènes d'anthologie, parmi lesquelles le fameux cocktail du "Petit Grégory" (rappel : une larme de gin, une rivière de tonic et une olive attachée à un morceau de sucre) ou cette scène de dîner d'anniversaire, aussi glauque qu'explosive !

 

3/11

Que la bête meure

 

de Claude Chabrol, avec Michel Duchaussoy, Jean Yanne et Caroline Cellier

 

Génial thriller psychologique et policier, où un écrivain pour enfants (Michel Duchaussoy) enquête sur un chauffard ayant tué son fils avant de prendre la fuite, 'Que la bête meure' est sans aucun doute l'un des plus grands films de Claude Chabrol, qui offre là à Jean Yanne l'un de ses premiers grands rôles au cinéma – deux ans après le destructeur et nihiliste 'Week-end' de Godard, qui le destinait déjà à un beau rôle d'ordure phallocrate. Chez Chabrol, le personnage de Jean Yanne, Paul, explose comme un odieux sommet de beaufitude décomplexée. Grossier, méprisant, misogyne, l'acteur excelle à donner corps à cette caricature acerbe d'arrogant bourgeois, sûr et fier de lui-même, à travers une performance à la fois jouissive et glaçante. L'extrait suivant, scène de dîner bien gênante comme les affectionnait Chabrol, reste un modèle du genre.

 

4/11

Beetlejuice

 

de Tim Burton, avec Michael Keaton, Winona Ryder, Geena Davis et Alec Baldwin

 

Deuxième long métrage de Tim Burton – et son premier à voir le jour en tant que scénariste et producteur –, ce 'Beetlejuice' de 1988 conserve un charme assez délicieusement vintage. Dans une maison hantée par un couple d'infortunés fantômes, trop gentils pour faire fuir leurs arrogants nouveaux occupants, l'affreux Beetlejuice (Michael Keaton), démon obscène et farceur, vient semer la pagaille. Par exemple, lors de ce dîner où, possédés, les nouveaux riches incarnés par Jeffrey Jones et Catherine O'Hara se mettent à danser sur un mento jamaïcain (genre de musique proche du calypso), chanté par Harry Belafonte... Pas sûr que ça facilite le transit.

 

5/11

Le Sens de la vie

 

de Terry Jones, avec les Monty Python

 

Chez les Monty Python, on saute les amuse-gueule et on passe directement au vomi. Après le miracle de la naissance, la croissance, l’éducation, les combats de jeunesse, le don d’organe et l’âge mur, ‘Le Sens de la vie’ met les petits plats dans les grands pour honorer le temps béni du troisième âge. Dans ce sketch gargantuesque tiré du troisième long métrage des humoristes britanniques, pas le temps de remercier le Seigneur pour notre pain quotidien. Avant même de s’installer à la table de son restaurant favori de Haute Gastronomie française, l’infâme Monsieur Creosote va droit au but : « Vous feriez-bien d’aller chercher un seau, je vais dégurgiter. » S’ensuit une dégoulinante orgie de bouffe et de dégueulis, au fil de laquelle l'Anglais à la panse monstrueuse s’empiffre sur les savants conseils du maître d’hôtel (un John Cleese absolument savoureux en restaurateur gaulois) tout en repeignant les murs, les nappes et le personnel du restaurant. Au menu : moules marinières, foie gras, œufs Bénédicte, caviar, tarte aux poireaux, cuisses de grenouille, œufs de caille, civet de lièvre à la truffe et au Grand Marnier. Le tout servi dans un seau. Sans oublier les six bouteilles de Château Latour, le champagne et la demi-douzaine de caisses de bière qui vont accompagner cette belle bouillie de raffinement à la française. Puis, c’est l’explosion : le destin de M. Creosote (à lire, peut-être, comme une métaphore absurde des excès de notre chère et vieillissante humanité) se scelle sous une pluie d’entrailles et de bile. Vous l’aurez compris, les Monty Python nous servent-là une farce assaisonnée de dérision britannique à savourer, de préférence, à jeun. Ou comment remettre un peu de gastro dans le sens de la gastronomie.

 

6/11

La Grande Bouffe

 

de Marco Ferreri, avec Marcello Mastroianni, Michel Piccoli, Philippe Noiret et Ugo Tognazzi

 

Avec 'La Grande Bouffe', on peut dire qu'on passe ici définitivement aux plats de résistance – et au pluriel, s'il vous plaît. Intello, vorace, désespérément scato, le film de Marco Ferreri (son plus populaire et notre préféré avec 'Dilinger est mort', très beau one-man show de Michel Piccoli), scandale au Festival de Cannes 1973, suit quatre hommes d'âge mûr bien décidés à se suicider par overdose de bouffe. Marcello Mastroianni, Michel Piccoli, Philippe Noiret et Ugo Tognazzi (impeccable brochette) s'en donnent ainsi à cœur joie, dans ce long seppuku gastronomique où la mort se profile à grands coups de flatulences et de répliques mémorables, telles, dans l'extrait suivant : « Mange encore, mon petit Michel, mange… car si tu ne manges pas, tu vas pas mourir. » Attention à l'indigestion quand même...

 

7/11

Le Fantôme de la liberté

 

de Luis Buñuel, avec Monica Vitti, Jean-Claude Brialy, Michael Lonsdale et Jean Rochefort

 

Les scènes de dîner ont très souvent joué un rôle central dans les films de Buñuel : par exemple dans 'L'Ange exterminateur', où les invités d'une réception se retrouvent dans l'impossibilité irrationnelle d'en quitter les lieux, ou dans 'Le Charme discret de la bourgeoisie', dont les protagonistes ne parviennent jamais à se retrouver pour manger ensemble. Dans cette séquence de son avant-dernier film, l'excellent 'Fantôme de la liberté', les fonctions d'ingestion et d'excrétion se voient inversées : chaque invité se retrouve ainsi autour d'une table, assis sur des toilettes, où l'on parle aussi sérieusement d'excréments que l'on parlerait habituellement de cuisine. Tordant et pince-sans-rire, le film mérite en outre d'être vu pour son casting parfait : Monica Vitti, Jean-Claude Brialy, Michael Lonsdale, Jean Rochefort, Michel Piccoli ou Paul Frankeur. Miam !

 

8/11

Eraserhead

 

de David Lynch, avec Jack Nance, Charlotte Stewart et Jeanne Bates

 

Un premier dîner chez les parents de sa meuf, c'est toujours un peu stressant. Mais alors, chez David Lynch, c'est carrément l'angoisse ! Tirée d''Eraserhead', cauchemar surréaliste et premier long métrage du cinéaste, la séquence qui suit est une des plus dérangeantes du film – qui en comporte quand même pas mal. Son héros, incarné par Jack Nance, s'y retrouve à devoir découper avec un couteau de cuisine presque hitchcockien un minuscule poulet qui se met bientôt à bouger les pattes en suintant un liquide noir, ce qui semble amener la mère de sa copine au bord de l'orgasme… Sympa, quoi. Ayant initialement reçu une aide à la production de l'American Film Institute, David Lynch présenta cette scène à ses producteurs… Comme on pouvait s'y attendre, ceux-ci ne tardèrent pas à lui retirer sa bourse : le réalisateur dût donc produire lui-même son film, ce qui lui prit cinq ans.

 

9/11

Festen

 

de Thomas Vinterberg, avec Ulrich Thomsen, Henning Moritzen et Thomas Bo Larsen

 

Dans la catégorie « dîner qui tourne mal », 'Festen' place la barre haut, très haut. Difficile en effet de faire plus violent sur le plan thématique. Suicide, haine, pédophilie, inceste : le menu concocté par Thomas Vinterberg avec ce premier film labellisé "Dogme 95" (suivant le manifeste qu'il élabora, notamment, avec cet autre fameux rigolo de Lars Von Trier) se révèle pour le moins épicé. Etant donné que le dîner dure la majeure partie du film, voici donc sa bande-annonce, qui en résume l'atmosphère et laisse déjà présager la chaleureuse ambiance de cette réunion de famille.

 

10/11

Braindead

 

de Peter Jackson, avec Timothy Balme, Diana Peñalver et Elizabeth Moody

 

Enfin, pour le dessert, si vous avez encore faim, voilà de quoi vous couper définitivement l'appétit ! Car avant d'enchanter le monde avec ses histoires de hobbits et ses effets spéciaux titanesques, Peter Jackson bricola en 1992 ce film d'horreur comique, conçu comme « le plus gore de tous les temps ». Et effectivement, cet hilarant repas de zombies ressemble à une pièce montée on ne peut plus sanguinolente… Avis aux amateurs de fruits rouges… 

 

11/11

Bonus • Astérix et Cléopâtre

 

de René Goscinny et Albert Uderzo

 

Enfin, comme en France tout finit par des chansons, et pour conclure sur une note légère, ces deux titres, tirés du dessin animé 'Astérix et Cléopâtre' sorti en 1968, qui nous livrent la recette d'un fameux dessert et nous rappellent, joyeusement, que « le vieux proverbe est changé : on ne mange pas pour vivre, il faut vivre pour manger ! » Ah, quand l'appétit va...

 

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