Pitchfork Festival : le vendredi

Time Out passe en revue les meilleurs groupes en live

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(c) Adriano Fegundes

Animal Collective

Animal Collective au grand complet, l’affiche est rare surtout à Paris. Leur live sera le temps fort du Pitchfork vendredi sous la Grande Halle de la Villette. David Portner (Avey Tare), Noah Lennox (Panda Bear) et Brian Weitz (Geologist) ont retrouvé Josh Dibb (Deakin) après 4 ans en trio. Eparpillé entre Washington, New York et Lisbonne, le quatuor s'est reformé à Baltimore, comme au bon vieux temps des années lycées, pour composer un dixième, le très halluciné 'Centipede Hz'. A la recherche d’un graal musical impossible, ils tâtonnent vers une électro éthérée, une pop déglinguée, un rock déconstruit, une folk psyché… Crépitante, onirique, extatique, leur musique expérimentale volontairement floue est nourrie de réverbe biblique, influencée par la patte de Panda Bear. Mais n’ayez pas peur de vous noyer sous des effets shoegazing pesants, l’album est plus rock et nerveux, nourri d’harmonies cohérentes qui disparaissent dans un chaos dissonant.  En live les multi-instrumentistes d'Animal Collective sont de véritables performeurs, on attend un show électrique, grisant et halluciné.

Fuck Buttons

Voici le chouchou de la presse underground et des blogueurs indie. Il faut dire que Fuck Buttons, duo anglais originaire de Bristol, pratique l’électro du nouveau siècle, une suite de flux et de reflux répétitifs, marée montante ample et dont les vagues viennent lécher le cerveau de l’auditeur avec de plus en plus d’intensité. Si la musique fondée sur des boucles susceptibles de faire planer n’est pas nouvelle, l’approche des Fuck Buttons est un peu différente, puisque chez eux les sons sont moins agressifs que dans la techno voire la house, et les riffs moins psychédéliques que dans le rock. C’est à la fois la force et la faiblesse du groupe, qui était peut-être trop tendre à ses débuts mais dont le premier album 'Street Horrrsing' (2008) a tout de même convaincu critique et public tout ensemble. Loin de lever le pied, Fuck Buttons durcit un peu son style avec 'Tarot Sport' dès l’année suivante, un disque encore une fois porté aux nues par la presse spécialisée. Il est vrai qu’on trouve dans l’œuvre de ces deux Anglais des choses étonnantes, à l’image de l’étrange "Surf Solar", réminiscence de Vangelis réduit à l’essentiel, ou encore "Flight Of The Feathured Serpent", de l’électro intelligente et racée. Indéniablement, Fuck Buttons sera de loin l’une des meilleures raisons d’assister au Pitchfork Festival cette année.

Outfit

Voici un groupe qui a de la tenue. Discrets dans les médias, amateurs d’art rock et de new wave stylée, les Outfit sont rapidement devenus le nouveau groupe le plus excitant de Liverpool, prêt à conquérir l’Angleterre en quelques clics sur Internet. Ils se sont faits connaître grâce à un EP plein de promesses, 'Another Night's Dreams Reach Earth Again', qui contient le single à la classe impériale "Everything All The Time". D’une richesse foisonnante, structuré autour d’une basse ronde et dansante, le titre possède un charme dandy très anglais, dans la droite lignée des Bryan Ferry, Dave Gahan (dans son genre) et autres Morrissey. Il y a aussi du Franz Ferdinand en plus sérieux chez Outfit, qui s’est également fait remarquer grâce à la chanson "Two Islands", laquelle leur valut une dispute avec le DJ Laurent Garnier, coupable d’avoir réduit la durée du morceau sur un mix et de l’avoir décrit comme de la « pop sucrée », ce qui est loin d’être fidèle à l’atmosphère de la mélodie. Pour la sortie de l’album, il faudra attendre 2013, mais en attendant vous pourrez (devez) les découvrir à la Grande Halle de la Villette.

The Walkmen

Bien que relativement anonymes en Europe, The Walkmen sont à ce jour parmi les meilleurs groupes de la scène new-yorkaise. Rescapés de l’éphémère Jonathan Fire*Eater, ils composent depuis douze ans un son unique, vintage et mélancolique, idéal pour regarder tomber la neige un après-midi de décembre (ou de juin, si l’on considère l’actuelle déprime météorologique). Etalés sur sept albums, leurs orgues, piano et guitares écorchées ont certes plus un goût de cyanure que de Champomy, mais cela n’enlève rien, bien au contraire, à la poésie spleenesque de leur musique, portée par la voix éraillée et chargée d’émotions du charismatique Hamilton Leithauser. Plus rêveur et apaisé que les précédents, leur dernier album ‘Heaven’ est sorti il y a quelques mois à peine. De quoi ravir les fans lors du show à la Grande Halle de la Villette en novembre.

Chromatics

Merci 'Drive'. Avec l’utilisation parfaite de l’excellent "Tick of the Clock" dans la scène d’ouverture du film, Nicolas Winding Refn a donné une visibilité soudaine à un groupe qui a par ailleurs bien changé au fil des années. Parti d’une espèce de post-punk vers 2001, il s’est mué rapidement en formation électro, dont seuls les accents synthpop rappellent l’esprit des débuts. Il faut dire que les membres du groupe ont pas mal fluctué et que la musique des Chromatics tourne désormais beaucoup autour de la voix de Ruth Radelet et des synthés de Nat Walker, toujours accompagnés par les arpèges plein de réverb’ à la guitare d’Adam Miller. Une orientation sensible dès la publication de 'Night Drive' sur le label Italians Do It Better, et poussée plus loin encore avec le récent 'Kill For Love' de 2012, dont les titres évoquent une dream pop cotonneuse et douce, faites de nappes sonores très cinématiques, idéales pour évoquer errances urbaines ou romances déçues. Un peu comme si les Chromatics rêvaient qu’on leur propose la B.O. du prochain Refn… Malgré quelques aspects caricaturaux (notes de piano éparses avec de l’écho, voix lointaine et affectée), ils  réussissent de belles chansons comme "Back From The Grave", qui ressuscitent avec brio la magie de la new wave anglaise. Originaire d’une des scènes musicales les plus dynamiques des Etats-Unis, Portland, le groupe sera l’une des meilleures têtes d’affiche du festival Pitchfork.

Jessie Ware

Jessie Ware est une chanteuse soul-électro à la voix résolument moderne et sensuelle. Elle se produira en solo en première partie, là où la belle était davantage connue pour ses featurings accrocheurs, notamment avec SBTRKT (qui se produira aussi pendant ce festival) avec qui elle a écrit les morceaux "Nervous" et "Right Thing To Do". Elle a également travaillé avec un autre chanteur qui pose sa voix sur les tracks de SBTRKT, Sampha, sur le magnifique titre "Valentine", qui rappelle une belle averse de printemps par la sensualité de leurs voix posées sur ses gouttes électro pleines de distorsions.

Wild Nothing

Mélange assez étonnant que la musique de Wild Nothing : on est à la fois séduit par une basse très eighties, et en même temps rebuté par des notes pop trop commerciales. Leur premier album ‘Gemini’ laissait présager du meilleur, même si on pouvait encore leur trouver l’excuse du manque de maturité, et espérer un deuxième album plus achevé. Des chansons comme "Pessimist", maladroite et lente quoique réussie, auraient pu être l’embryon d’un beau bébé. Las, le dernier album ‘Nocturne’ est décevant. De lent on passe à mou, de maladroit à mauvais, de Wild Nothing à juste nothing. Un avortement un peu brutal au goût de ceux qui auraient pu être leurs futurs fans.

Robyn

Avant tout, soyons honnête, la présence de Robyn dans la programmation du Pitchfork Festival nous a quelque peu déconcertés. Il faut dire que la chanteuse suédoise n’a rien (ou pas grand-chose) à avoir avec la choucroute. Alors que le festival se taille plutôt un costard dans la pop indie (les groupes de barbus à guitares), Robyn, elle, fait plutôt dans la dance. Pour tout vous dire, on a même vu la blonde platine faire les yeux doux à la tecktonik (d’ailleurs si vous voulez vous faire mal aux yeux, jetez donc un coup d’œil à "Call Your Girlfriend"). Facilement reconnaissable à sa coupe de cheveu est-allemande, la trentenaire n’a pas son pareil pour nous offrir des paroles dignes des plus grands poètes de notre siècle : « It's what we are You and me together Stars forever ». Non, vous ne vous trompez pas, il s'agit bien d'une métaphore à base de voie lactée. Des mélodies à rendre jaloux David G., du synthé à faire pâlir monsieur Jarre et un goût prononcé pour tout ce qui est daté des années 1990. En gros, si vous écoutez ça autrement qu’ivre mort dans un club, c’est qu’il y a un souci. Bon, n’exagérons rien, tout n’est pas à jeter, on pourrait même être émus par les paroles tristes de "Dancing On My Own" si on avait encore quinze ans. Seulement voilà, les cahiers de texte et les heures de colle sont heureusement bien loin.


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