10 musées insolites

Demeures, ateliers, ovnis... Une sélection d'adresses bourrées de charme

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Karen Knorr, 'The Wolf's and the Stag's Room' (photo exposée lors de l'exposition 'Fables' en 2008)

Karen Knorr, 'The Wolf's and the Stag's Room' (photo exposée lors de l'exposition 'Fables' en 2008) © Karen Knorr

Musée de la Chasse et de la Nature

En 2007, le musée de la Chasse et de la Nature, situé dans un splendide hôtel particulier du Marais, a fait peau neuve après de longs travaux. Les deux années de lifting auront suffi à transformer cette institution, qui fleurait la vieillerie et le renfermé, en quelque chose d’à nouveau désirable et fringant. Voire de véritablement unique.

L’agencement d’origine est resté à peu près identique, mais les salles, requinquées et agrandies, dégagent désormais comme un parfum de galerie d’art. En témoignent les excellentes expositions d’art contemporain qui s’y sont succédé depuis la réouverture, accueillant des artistes comme Karen Knorr, Laurent Saksik ou Marc Couturier.

Du côté des collections permanentes, des squelettes de hiboux, de loups, de sangliers et de cerfs, fraîchement ravigotés, figurent parmi les vedettes d’un parcours étonnant, qui traverse l’histoire de la chasse tout en examinant le rapport entre l’Homme et son environnement. On peut ouvrir des tiroirs pour découvrir des moulages d’empreintes et des excréments, ou bien regarder par une lorgnette des vidéos montrant les animaux en action dans leur milieu naturel.

Ici, une poule se reproduit à l’infini par un habile jeu de miroirs ; là, un renard empaillé se prélasse sur un fauteuil Louis XVI comme le plus docile des animaux domestiques. Partout, l’exposition (qui réunit par ailleurs des oeuvres de Rembrandt, Jan Fabre ou Brueghel) dialogue intelligemment avec les lieux, puisant dans sa matière velue de surprenantes pistes de réflexion.

  1. Hôtel Guénégaud, 62 rue des Archives, 3e
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© Oliver Knight / Time Out

Musée Gustave Moreau

Ce fabuleux immeuble, transformé en musée par le peintre symboliste en 1903, occupe les appartements et l'atelier de Gustave Moreau (1826-1898). Au premier étage, la visite traverse un intérieur bourgeois au mobilier Louis XVI, dévoilant la chambre, la salle à manger et le cabinet de réception de l’artiste, ainsi que le boudoir dédié à Alexandrine Dureux, sa « meilleure et unique amie », son amour impossible, le fruit de toutes ses convoitises. Le peintre a orchestré le décor selon ses souvenirs et le résultat, orné de portraits de familles, de cadres à moulures et de réminiscences du Grand Tour, ressemble au temple d’un collectionneur obsessionnel, voué à ériger le musée sentimental de sa vie, pour la postérité.

Les second et troisième étages, reliés par un splendide escalier en spirale, renferment le royaume des fantaisies bibliques et mythologiques de l’artiste. Majestueux et exceptionnellement riche, cet atelier abrite quelque 1 300 peintures, aquarelles et cartons, de même qu’un cabinet d’art graphique nourri de plus de 4 000 dessins. Les esquisses révèlent le processus créatif et les différentes étapes qui mènent aux tableaux finis du maître symboliste. Parmi les toiles peuplées de chimères, de bêtes mystiques et de plantes étranges, on retrouve 'Tyrtée chantant pendant le combat', 'Les Prétendants' ou 'Les Filles de Thespius'. De nombreux cartels enrichissent par ailleurs le parcours des commentaires délurés de Moreau. Autant de paroles aussi frénétiques que cette collection, d’une singularité magnétique.

  1. 14 rue de La Rochefoucauld, 9e
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Musée Bourdelle

  • Gratuit

Antoine Bourdelle (1861-1929), sculpteur de la monumentalité, élève d’Alexandre Falguière, disciple de Rodin, professeur de Giacometti… Antoine Bourdelle, l’un des monuments de la sculpture française, qui rêvait d'un temple érigé en son nom au cœur de la capitale. C’est en 1949 que son épouse, Cléopâtre, fidèle à la volonté du mari défunt, inaugure enfin ce musée dévolu à l'œuvre et à la vie de l’artiste. Les collections occupent l’ancien atelier du créateur des fresques du théâtre des Champs-Elysées ; atelier dans lequel travaillèrent aussi Eugène Carrière, Aimé-Jules Dalou ou Marc Chagall. Habités par le souvenir flottant, étrange, presque palpable de Bourdelle, les galeries et les jardins ont su conserver une aura intimiste de vieil atelier, malgré les extensions successives qui sont venues conférer une certaine ampleur à ce musée insolite. Les lieux hébergent des quantités de sculptures, dessins et photographies de Bourdelle, dont le fameux 'Héraklès archer' et des études du monument équestre au Général Alvear qui trône sur Buenos Aires. Une partie des collections de l’artiste est également présentée, notamment des œuvres de Rodin, Carrière, Monticelli, Ingres et Delacroix.

  1. 18 rue Antoine Bourdelle, 15e
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Musée Zadkine

  • Gratuit

C'est l'un des musées les plus intimes de la capitale. Un de ces rares coins paisibles, presque secrets, où l'on peut se ressourcer tout en prenant un bon bol d'art moderne. Converti en musée en 1982 selon les souhaits de l'artiste, l'ancien atelier et domicile d'Ossip Zadkine a toujours su conserver l'âme de ces lieux habités pendant une quarantaine d'années par le sculpteur d'origine russe et son épouse peintre, Valentine Prax. S'il cultivait autrefois un charme un brin foutraque et suranné, le musée Zadkine a repris du poil de la bête depuis l'automne dernier. Le charme singulier est toujours là, mais il cohabite désormais avec une élégance dépouillée, suite à la rénovation de la maisonnette et de son jardinet, révélés sous leur nouveau jour en octobre 2012.

Subtile, épurée, la refonte est une vraie réussite. Après avoir traversé l'accueil (où, fidèle à la tradition russe, roupille un samovar que l'on sort de sa torpeur lorsqu'arrive un visiteur, auquel on offre un thé de bienvenue), on (re)découvre avec plaisir un défilé de petites salles lumineuses, tout en verrières, en parquet de bois brut, en murs et socles blancs. Les sculptures en bois, en pierre, en plâtre et en terre respirent à nouveau, remises en valeur par cette douce pureté du décor (on pense notamment à cette 'Rebecca', grande porteuse d'eau baignée par la lumière naturelle). De Valentine Prax, ne reste plus qu'un furtif clin d'œil, émis par un tableau accroché en haut d'un escalier : Zadkine est redevenu le maître de ces lieux encore étrangement marqués par sa présence, et désormais dominés par ses portraits anguleux, ses corps de femmes taillés dans de robustes troncs d'arbre, ses formes elliptiques évocatrices de l'art africain... Ne reste plus qu'à parcourir le jardin planté de statues en bronze, très stylisées (dont le fameux 'Monument à la Ville détruite de Rotterdam'), pour savourer encore quelques instants cette plongée intimiste dans le Montparnasse des avant-gardes, où se croisèrent, à l'époque, Amedeo Modigliani, Blaise Cendrars ou Arthur Miller.

  1. 100 bis rue d'Assas, 6e
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© Les Arts Décoratifs

Musée Nissim de Camondo

Assemblée par le comte Moïse de Camondo, cette collection porte le nom de son fils, Nissim, tué durant la Première Guerre mondiale. Passionné par l’élégance de la France du XVIIIe siècle, le riche banquier et fin amateur d’art fait démolir le foyer familial en 1911 pour y ériger, à la place, la « reconstitution d’une demeure artistique » de son époque de prédilection. C’est en 1917 qu’il lègue son chef-d’œuvre à l’Etat et aux Arts décoratifs.

Camondo n’a pas fait les choses à moitié. Les salles de réception, terriblement fastueuses, sont truffées de mobilier Louis XV et Louis XVI, de marbres, de bronzes et de tapisseries de la Savonnerie et d’Aubusson. La salle à manger arbore quant à elle de précieuses argenteries ainsi que des porcelaines de Sèvres et de Meissen. Imposantes, les cuisines s’organisent autour d’une rôtisserie et d’un vaste fourneau en fonte et en acier poli, tandis que la bibliothèque offre une vue panoramique sur le parc Monceau. Pour couronner l’ensemble, des tableaux et sculptures signés Elisabeth Vigée Lebrun, Jean-Antoine Houdon, Francesco Guardi ou Hubert Robert sont disséminés ici et là. Tout nous conforte dans l’idée monomaniaque de Camondo : c’est fou comme certains pouvaient vivre bien au siècle des Lumières. Abominablement bien, même.

  1. 63 rue de Monceau, 8e
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© CG 92

Musée et jardins Albert Kahn

Saviez-vous que, côté ouest, la ligne 10 du métro termine sa course aux portes d’un village japonais et à l’orée d’une forêt rocailleuse des Vosges ? Bienvenue aux musée et jardins Albert Kahn, plantés au cœur de Boulogne-Billancourt. Spectaculaires, les dix hectares de parc valent à eux seuls la visite : chaque section a été modelée selon le style et la flore d’une région du monde. L’occasion d’une flânerie dépaysante à mille lieues du ramdam de Paris, à l'ombre de cèdres marocains, de cerisiers nippons et d’épicéas bleus du Colorado. En avril, mai, juin et septembre, on peut même assister à des cérémonies japonaises traditionnelles dans le pavillon de thé, orchestrées par un maître théier issu de l’école Urasenke de Kyoto.

Pour découvrir ce que le banquier Albert Kahn vient faire là-dedans, il suffit de pousser la porte du musée. Au début du XXe siècle, ce philanthrope éclairé finançait des missions « découverte » aux quatre coins du monde. C’est à lui que l’on doit les 'Archives de la planète' exposées parmi les collections permanentes : une fascinante compilation de films et de photographies témoignant de chacun des périples commandités par Kahn dans soixante pays différents. Ces autochromes (prises de vues apposées sur des plaques de verre) constituent des vestiges fascinants pour quiconque s’intéresse à l’anthropologie ou à l’histoire de la photo.

  1. 10-14 rue du Port, 92100
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Vase Yu dit la Tigresse. Bronze. Paris, musée Cernuschi

Vase Yu dit la Tigresse. Bronze. Paris, musée Cernuschi © Stéphane Piera

Musée Cernuschi

  • Gratuit

Depuis que le banquier Henri Cernuschi eut la brillante idée de construire un hôtel particulier à l’orée du parc Monceau en 1871 pour y héberger ses trésors d’Extrême-Orient, cette collection d’art asiatique n’a cessé de s’enrichir. Le parcours, fabuleux, traverse plusieurs dynasties de prouesses esthétiques, du XVe siècle avant J.-C. au Moyen Age. Les quelque 900 œuvres chinoises, coréennes et japonaises de Cernuschi sont déployées autour du 'Buddha de Meguro', un impressionnant bronze nippon de la fin du XVIIIe siècle. Des légions de statues funéraires des dynasties Han et Wei, des porcelaines Sung et de la vaisselle raffinée en céladon du temps des Tang trônent aussi dans ce musée truffé de chefs-d’œuvre. Sans doute l’une des plus belles collections d’art asiatique en Europe.

  1. 7 avenue Vélasquez, 8e
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© DR

Musée des Arts forains

Cette magnifique collection d’attractions de fête foraine datant du début du XXe siècle est présentée dans un ancien entrepôt à vins de l’ère Eiffel. Des trois halls, le Salon de la Musique se démarque avec la sculpture de Jacques Rémus qui carillonne et s’illumine en même temps qu’un orgue Mortier de 1934 et un piano à queue moderne jouent 'Le Crime de l’Orient-Express'. Dans le Salon de Venise vous tournerez en rond en voguant sur une des gondoles du carrousel tandis que, dans le Salon des Arts forains, vous pourrez jouer à « la Course des garçons de café ». Dans ce jeu, le but est de lancer des balles pour faire courir des serveurs moustachus. A découvrir aussi : une belle garde-robe de costumes et d'accessoires de music-hall, récemment débarquée dans les collections du musée.
Les Arts forains ne sont ouverts que pour des groupes de 15 ou plus, des visites guidées occasionnelles sont aussi organisées.

  1. 53 avenue des Terroirs de France, 12e
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© DR

Musée de la Vie romantique

  • Gratuit

Ce charmant musée abrite surtout une vision, un climat : celui de l’époque romantique et de ses rêveries bourgeoises embuées de spleen et de néoclassicisme. L’ancienne demeure du peintre hollandais Ary Scheffer était, au XIXe siècle, le repaire de la société des arts et des lettres, au cœur du quartier foisonnant de la Nouvelle Athènes. Delacroix, Chopin et George Sand passaient des soirées à discuter autour du piano Pleyel, alors que Liszt et Dickens s’affalaient dans de profonds fauteuils Louis XVI, en attendant une fournée d’amuse-gueules. Aujourd’hui, le musée exhale le parfum de cette époque fascinante. Ses collections rendent hommage à Scheffer, dont les toiles sont exposées à l’étage, et à George Sand, dont les souvenirs occupent le rez-de-chaussée. Pas sûr qu’une poignée de bijoux, d’aquarelles ou de médaillons lui ayant appartenu en disent bien long sur le personnage et les idées de l’écrivain – pas plus, d’ailleurs, qu’un moulage en plâtre de son bras droit. Mais qu’importe. La visite de ces jardins et de ces appartements éblouissants se laisse savourer par qui veut respirer un bon bol de romantisme ; tandis que des expositions temporaires viennent, à l’occasion, étoffer la programmation des lieux.

  1. Hôtel Scheffer-Renan, 16 rue Chaptal, 9e
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© RMN / Gérard Blot

Musée Jean-Jacques Henner

Au moment où les impressionnistes révolutionnaient la peinture, Jean-Jacques Henner (1829-1905), lui, se forgeait avec une assurance toute académique sa réputation de portraitiste mondain. Et de paysagiste d’exception.

Rouvert en 2009 après quatre ans de travaux de rénovation, le musée retrace la vie de l’artiste depuis ses humbles débuts alsaciens jusqu’à la consécration parisienne. Bien qu’il n’y ait jamais vécu, les lieux abritaient autrefois les appartements et l’atelier de son contemporain, Guillaume Dubufe, et ont été largement aménagés afin de recréer l’atmosphère de l’époque. La cheminée de style chinois et le moucharabieh égyptien de l'atelier aux murs rouges témoignent notamment des goûts éclectiques de cette fin de XIXe siècle.

Les toiles ont elles aussi bénéficié du grand débroussaillage du musée, bien que la prédilection d’Henner pour des matériaux inhabituels (comme le couvercle d’une boîte de cigares) n’ait pas fait de la restauration des tableaux une mince affaire. Astiquées et revigorées tant bien que mal, les œuvres sont désormais déployées sur les trois étages du musée.

Au premier, une flopée de paysages alsaciens et de portraits de famille dénotent l’attachement éternel de l’artiste à sa terre d’origine. L’annexion à l’Allemagne en 1871 inspira d’ailleurs l’un des tableaux les plus célèbres d’Henner, 'L’Alsace. Elle attend', présenté dans la salle avoisinante. Symbole des affres et des souffrances de sa région natale, la toile dépeint une jeune femme en deuil, au regard perçant.

Le succès amena Henner à Paris puis, une fois empoché le Grand prix de Rome 1878, le propulsa en Italie, où il peignit une poignée de scènes de genre et de paysages éclatants. L’artiste doit cependant la majeure part de son succès (et de ses détractions) à ses nymphes légendaires. L’atelier, sous les toits, regorge de ces nus vaporeux au teint clair et à la crinière rousse, se pavanant sur fond de forêts chimériques.

Le musée flambant neuf renferme aussi une partie de la collection de l’artiste (Heim, Flandrin, Monticelli) et une petite salle dédiée à des expositions temporaires.

  1. 43 avenue de Villiers, 17e
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