L'Etat du ciel

© Angelika Markul, 'Gorge du Diable', 2013 / © Hiroshi Sugimoto, 'Lightning Fields 130', 2009 / © Ed Atkins, 'Us Dead Talk Love', 2012

« L’Etat normal du ciel, c’est la nuit. » Le nouveau cycle du Palais de Tokyo prend comme point de départ cette maxime d'Hugo, pour inviter le spectateur à regarder l’état du monde à travers le prisme de l’art. Né de la nuit et uni à la terre dans la mythologie grecque, le ciel a toujours attiré le regard de l'homme tandis que l’art, lui, a toujours cherché à ramener l’au-delà vers la terre, pour tenter tant bien que mal de le rendre tangible. Etroitement liée à la religion, sa représentation comporte aujourd’hui encore quelque chose de mystique. Elle renvoie à l’imaginaire, mais aussi aux craintes et aux aspirations de tout être humain.

Or la vision que nous livre l’'Etat du ciel' – en trois parties, du 14 février au 7 septembre – prend une forme très sociale, marquée par le rapport entre l’homme, le monde qui l'entoure et des ailleurs incertains. En témoignent les œuvres plastiques de David Douard, qui jouent sur l’idée de la circulation des idées en se penchant sur la métaphore des fluides qui nous nourrissent et nous remplissent. Les flux d’images et d’informations, la littérature des pères et la valeur sociale des objets – autant d’idées qui viennent gonfler nos esprits, en bien et en mal. Jouant sur les mélodies du quotidien et l’arrivée de la cybernétique, Douard expose un monde très peu manichéen, où ce que l’on considère comme maladie un jour peut devenir l’incarnation du bien-être le lendemain.

Pour représenter cet état du monde, et ce vertige du cosmos, Georges Didi-Huberman et Arno Gisinger, eux, ont choisi de s’inspirer de la planche 42 du chapitre sur la lamentation de la grammaire figurative d’Aby Warburg. C'est à un univers très ecclésiastique que nous renvoie leur scénographie déployée le long de grands murs sur lesquels d’immenses photos évoquent autant de vitraux. Ceux-ci éclairent l’espace que l’on surplombe depuis une coursive, comme vu du ciel, et révèlent ainsi un parterre de projections, reflet de la grande complexité de notre société dans laquelle cohabitent la science d’Einstein, les mythes grecs ou les cinémas révolutionnaires de Godard et de Pasolini.

Cette première partie du cycle est complétée par la coproduction du Centre national des arts plastiques, qui nous invite au fil de performances et d’installations à repenser le poids du protocole dans l’élaboration de nos manières de penser. On y croise aussi les œuvres d’Angelika Markul, qui travaille sur le sens de l’image. Par ses vidéos, la lauréate du prix SAM interroge l’action de l’Homme, que ce soit son impact sur la nature ou la destinée qu’il se forge au quotidien. Car à force de regarder les étoiles, l’espèce humaine a fini par en faire un objectif à atteindre. Ou comment le ciel, autrefois sombre et inquiétant, est devenu un refuge.

> Horaires : tous les jours sauf le mardi de 12h à minuit.

Téléphone de l'événement 01.47.23.54.01
Site Web de l'événement http://palaisdetokyo.com
LiveReviews|0
1 person listening