Jean-Damien Barbin : fou de théâtre

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Sur la scène de la FabricA d'Avignon, Jean-Damien Barbin incarne non pas un mais huit personnages. Coiffé de son borsalino légendaire, la voix éraillée, il nous parle de ses retrouvailles avec Olivier Py et de ses inquiétudes concernant le théâtre public.

Orlando © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon


Time Out Paris : Pourquoi avoir accepté le projet 'Orlando' ?
Jean-Damien Barbin : Ce qui a été fondamental pour moi, ce sont les retrouvailles avec Olivier Py. Cela faisait quinze ans que je n'avais pas travaillé avec lui. Il m'a fait l'honneur de me proposer cette pièce et ce rôle. C'est cela qui a guidé mon choix : de retrouver avec bonheur, joie, fraternité, et amitié l'écriture et la mise en scène d'Olivier, lors de son premier festival. Mon cœur répond à son écriture. Je partage certaines convictions avec Olivier. Je suis moi-même chrétien, pour moi, cette parole qui nous inonde et vient se dire sur la scène, c'est une espèce de bénédiction et un message de joie et d'espérance. « Bénédiction », signifiant « bien dire », et comme j'ai la chance de jouer un personnage qui s'appelle le Professeur de diction fou, je crois qu'il faut bien dire pour bénir. 

Le rôle, les rôles ont joué dans votre motivation ?
Ce sont plusieurs personnes, mais au fond c'est toujours la même, le fou du théâtre, à la manière shakespearienne. Ce qui m'a plu là c'est de retrouver l'écriture d'Olivier et l'esprit de troupe. Vingt ans maintenant que j'ai commencé à travailler avec Olivier, à l'époque je jouais les princes, maintenant je joue les fous, après je jouerai le mort. Nous suivons le temps.


Quel moment d''Orlando' vous touche le plus ?
C'est comme un secret, une confession... Le comédien qui joue Orlando, Matthieu Dessertine, a été mon élève au Conservatoire national de Paris. Il y a un moment pendant la pièce où nous nous prenons la main dans un grand moment de confiance, où il s'abonne et où je l'écoute. Je suis muet et nous nous tenons la main. C'est un passage de relais, et je l'admire tellement, il sait toujours que j'aurai ma main dans la sienne.

Y a-t-il une forme de militantisme à jouer cette pièce aujourd'hui, à Avignon ?
Cela devient militant compte tenu des événements. Mais le principal, c'est que ce soit la vision du poète, et comme tout poète digne de ce nom, je pense qu'Olivier est un visionnaire. Il avait déjà prévu la catastrophe et les évènements que nous allions traverser. Je suis plutôt attaché à une vision plus large de tout cela, il se trouve qu'il y a une actualité, et évidemment la pièce répond à cette actualité mais elle y répond avec sa fantaisie et sa force, et elle dépasse même le grand problème de l'intermittence du moment. La force du poète est d'être universel, plus large.

Depuis vos débuts, le théâtre a-t-il changé ?
Ma passion dévorante pour le théâtre en tout cas n'a pas bougé. En revanche, les situations que nous vivons, l'actualité du théâtre, la manière dont il s'organise, la façon dont se construit le théâtre public... tout cela est inquiétant. C'est extrêmement désespérant et on peut comprendre que pour des générations plus jeunes, ce soit très préoccupant. Je suis très préoccupé, je ne trouve pas que le théâtre public (puisque c'est celui que j'ai servi majoritairement) réponde aux aspirations du public, des gens qui le font, qui le servent et qui le pensent.

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