Le Retour

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© Ruth Walz

Sur le plateau de l’Odéon, le décor s’avance en pointe vers la salle, dévorant au passage les premiers sièges de l’orchestre. Signé Johannes Schütz, l’espace représente l’intérieur d’une maison : à jardin une cuisine mobilisée autour d’un frigo, à cour un escalier qui mène aux chambres supposées. ‘Le Retour’ d'Harold Pinter commence ainsi entre les magazines négligemment éparpillés et les cendriers qui jonchent sur le sol.  Ce retour, c’est celui de Teddy (Jérôme Kircher), fils aîné exilé aux Etats-Unis et qui revient dans sa famille aux côtés de sa femme après un court voyage en Europe. Une histoire somme toute ordinaire, tirée à quatre épingles par une batterie de personnages extraordinaires. Il y a d’abord Max, mine renfrognée et instincts agressifs, figure patriarcale omnipotente interprétée avec ce qu’il faut de mauvaise humeur par Bruno Ganz. Sam (grandiose Pascal Greggory), le frère morose, une moumoute scotchée au crâne, Lenny le fils proxénète, Joey le boxeur, et Teddy, docteur en philosophie, véritable mouton noir au milieu de cette meute de dégénérés.

Essentiellement articulée autour des personnages et de leurs dialogues répétitifs et malsains, la mise en scène de Luc Bondy peine à faire sortir le théâtre pintérien du seul portrait. Les scènes s’étirent, le décor s’estompe et l’ennuie se dessine parfois. Pulvérisée par une direction d’acteur d’une précision chirurgicale, la pièce souffre de ne plus raconter grand-chose que l’on ne sache déjà. Elle devient un prétexte à déployer une pléiade de comédiens-stars : Emmanuelle Seignier, Louis Garrel, Pascal Greggory pour interpréter les rôles décadents d’une fable asphyxiante. Superbement joué (tout particulièrement par le trio Greggory-Lescot-Kircher), ‘Le Retour’ dure un poil trop longtemps, mais s’apprécie avec le regard curieux de celui qui aime les performances d’acteur.

Téléphone de l'événement 01.44.85.40.40
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