Nos meilleurs disques de 2012

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Agent Side Grinder • 'Hardware'

  • Note: 4/5

On savait les Suédois doués pour le rock, on ne les connaissait pas aussi bons dans le post-punk électronique.

Alt-J • 'An Awesome Wave'

  • Note: 4/5

Il est n’est pas très difficile de convaincre un ami que 'An Awesome Wave' est un grand disque. Il suffit simplement de lui faire écouter.

School Is Cool • 'Entropology'

  • Note: 4/5

Sa proximité avec la langue et la culture anglo-saxonnes ont depuis longtemps rendu la Belgique plus sensible au rock’n’roll que la France.

Last Barons • 'Cheval de Troie'

  • Note: 4/5

Originaires de Coutances dans la Manche, quasi inconnus au bataillon, les Last Barons viennent tout simplement de sortir l’un des meilleurs albums de l’année.

The Inspector Cluzo • 'The Two Mousquetaires'

  • Note: 4/5

Trop occupés à chasser du petit groupe indie électro-pop-rock à mèches, les médias parisiens ratent souvent ce qui se fait de mieux en France.

Eugene McGuinness • 'The Invitation To The Voyage'

  • Note: 4/5

Pendant des années, le jeune Eugene McGuinness n’était qu’une sage chrysalide, qui avait encore tout à apprendre de la vie.

King Tuff • 'King Tuff'

  • Note: 4/5

Il faut remercier Sub Pop (il faut toujours remercier Sub Pop) d’avoir déniché Kyle Thomas et son groupe King Tuff.

JEFF The Brotherhood • 'Hypnotic Nights'

  • Note: 4/5

Incroyable mais vrai, deux frangins du Tennessee ressuscitent le grunge des années 1990 avec une pincée de psychédélisme seventies.

A Place To Bury Strangers • 'Worship'

  • Note: 4/5

Ils ont beau venir de Brooklyn, les A Place To Bury Strangers n’ont pas l’air de hipsters.

Wraygunn • ‘L’Art Brut’

  • Note: 4/5

Ils ont un nom imprononçable et viennent du Portugal. Pourtant, les Wraygunn représentent sans doute ce qui se fait de mieux aujourd’hui en matière de rock’n’roll sexy.

The Hives • 'Lex Hives'

  • Note: 3/5

Un album des Hives ne peut jamais vraiment être décevant.

We Have Band • 'Ternion'

  • Note: 3/5

Alors qu’ils évoluent dans un créneau déjà saturé, l’électro-rock indé, les We Have Band sortent joliment leur épingle du jeu.

The Shins • 'Port Of Morrow'

  • Note: 3/5

Les Shins sont une main tendue vers l’autre, ils mettent en lumière la vocation humaniste de la pop, celle qui fait d’elle un compagnon de vie rassurant pour chacun d’entre nous.

Moon Duo • 'Circles'

  • Note: 3/5

Comme son nom l’indique, Moon Duo est composé de deux membres : Ripley Johnson, guitariste de Wooden Shjips, et Sanae Yamada, une prof d’anglais, aux synthétiseurs.

Liars • 'WIXIW'

  • Note: 5/5

Liars fait partie de ces groupes à l’identité assez affirmée pour pouvoir prendre des risques, sans pour autant voir ses fans lui tourner le dos. Depuis 2002 et un premier album sauvage et barré (‘They Threw Us All…’), le trio impressionne autant la critique que ses fidèles par sa capacité à se réinventer, à jouer avec les formes et concepts. Ainsi, leur ‘Drum’s Not Dead’ (2006) apparaissait déjà comme un sacré tour de force, une ode aux percussions tenant sur deux CD, se dévorant d’une traite ; entre transe, envolées noise et séquences tribales, ces quinze titres avaient en effet de quoi étourdir et émerveiller. Avec ‘WIXIW’ (pour « wish you »), Angus Andrew, Aaron Hemphill et Julian Gross sortent tout simplement leur deuxième grand disque. Exit les champignons magiques, bienvenue aux ambiances synthétiques et cotonneuses sous valium. Si ces onze morceaux sont plus difficiles à apprécier d’emblée, ils prennent une saveur toute particulière au fil des écoutes, créant une accoutumance troublante – presque dérangeante – chez l’auditeur. Voilà de quoi les grands disques semblent faits : qu’importe le style pourvu qu’on ait l’ivresse. Ici c’est clairement l’électro qui domine, rentre-dedans voire dancefloor ("Octagon", "Brats") ou plus atmosphérique ("The Exact Colour of Doubt", "Who Is The Hunter"), toujours percutante. Rarement l’écoute d’un album aura été plus fluide, son déroulement plus évident ; tout glisse et nous imprègne, et lorsque la musique s’arrête on sert les poings

Clark • 'Iradelphic'

  • Note: 4/5

Considéré à juste titre comme l’un des petits génies ayant fait la réputation du label Warp, Chris Clark est un musicien rare au talent indéniable. Tant pis pour les allergiques à l’électro, convaincus qu’un pan entier de l’histoire de la musique se résume au fameux « tchac poum poum tchac » – ceux-là sont déjà condamnés aux abîmes de l’ignorance, quelque part dans le septième cercle de la muzak. Car peu importe le médium – instruments ou machines, acoustiques, électriques ou électroniques – tant que des artistes dignes de ce nom trouvent un vocabulaire adapté à leur langage (chaussure à leur pied dans le cas de Clark). Discret et réservé en interview, le trentenaire compose ainsi des albums exubérants, colorés et denses, libérant une personnalité complexe du carcan de sa timidité. Et comme avec une belle fleur restée trop longtemps fermée, l’éclosion ne peut qu’éblouir ; la Clark pousse tous les deux ou trois ans, autant dire que ses apparitions sont surveillées de près. Notamment depuis 2006 et un album parfait (‘Body Riddle’), dont les amateurs d’électro et de hip-hop ne se sont toujours pas remis. Plus épuré et moins homogène (l’un des seuls reproches qu’on puisse véritablement lui faire), ‘Iradelphic’ étale une gamme de couleurs nuancées, d’une guitare électro-acoustique ("Henderson Wrench") à un piano lunaire, d’un duo de voix spiralé et répétitif ("Open" et "Secret") à des mélodies purement synthétiques ("Com Touch"). Ainsi l’on y trouve des morceaux plus courts qu’à l

OM • 'Advaitic Songs'

  • Note: 4/5

« Au commencement était la Vibration, et la Vibration était avec Dieu, et la Vibration était Dieu. » Une paraphrase de l’évangile selon Jean qui pourrait résumer à elle seule l’esprit de cet album. Car OM n’est pas à proprement parler un groupe de metal (ou stoner ou doom, selon les nomenclatures) comme les autres : Al Cisneros, leader du duo, n’hésite jamais à mettre en avant sa passion pour la spiritualité et les religions, tout en pratiquant une musique plus souvent associée à l’athéisme, voire au satanisme. Libre à chacun d’en penser ce qu’il veut, reste que la musique et l’artwork (et, bien sûr, le nom du groupe) suivent cette ligne directrice, jusqu’aux paroles que Cisneros écrit et considère comme des prières personnelles. Ce cinquième album pousse encore plus loin ce concept : les aspects metal se trouvent réduits à la portion congrue (mais dense, comme sur ce "State Of Non-Return" de toute beauté) pour laisser une plus grande place à une orchestration du meilleur effet, intégrant de nombreux instruments exotiques (harmonium, tambûrs, tablas) et chants sacrés. Ce qui aurait pu ressembler à une version new age bidon du ‘S&M’ de Metallica se révèle d’une profondeur et d’une fluidité rare. Cisneros réussit parfaitement à assimiler une part des héritages musicaux musulman ("Sinai"), juif ("Gethsemane") et hindou ("Addis") pour les faire dialoguer avec sa basse ronflante, sa voix traînante-incantatoire et le jeu de batterie ample d’Emil Amos. Une réussite totale et pour le

Chain And The Gang • 'In Cool Blood'

  • Note: 4/5

Vous trouvez que le rock actuel sonne comme du hip-hop commercial ? Et vous avez raison. La faute à qui ? Des producteurs peu scrupuleux, probablement passés de l’agro-alimentaire à l’enregistrement, utilisant tous les mêmes logiciels et machines. Des artistes sans inspiration, qui n’ont pas compris qu’un disque s’apprécie d’abord à travers un son décent ou original, et pas seulement grâce à des compos réussies. Noyés dans cette masse plastique sans saveur, quelques groupes avec du caractère réussissent à se tailler une place. Plus âpres, plus difficiles d’accès sans doute, mais certainement plus intéressants. Chain And The Gang est de ceux-là, rock jusqu’au bout des ongles, fleurant la transpi et l’Amérique profonde des losers magnifiques, ceux qui ne se laissent pas dompter par la première major venue. Et pour cause, voilà vingt-cinq ans que Ian Svenonius agite la scène musicale de Washington DC, moins révolutionnaire qu’à l’époque de son groupe punk Nation Of Ulysses (et son fameux ‘13-Point Program To Destroy America’) mais tout aussi critique sur le monde qui l’entoure. Avec Chain And The Gang, Svenonius plonge dans la tradition la plus soul et blues du rock, qu’il agrémente d’un discours pour le moins subversif sur la politique, les médias et la société (« I don’t believe in free will, I don’t believe in free press, I think it’s a mess », peut-on entendre sur "Free Will"). Un message rafraîchissant, rappelant que le rock n’a pas que des banalités à dire. Côté musique, o

Julia Holter • 'Ekstasis'

  • Note: 4/5

‘Ekstasis’ est une preuve de plus qu’il existe des disques magiques, dont la portée nous échappe. Beaucoup n’y trouveront rien, trompés par une écoute trop hâtive ; d’autres l’écouteront une fois, le laisseront de côté un temps, puis y reviendront assurément. Comme à ces photos en noir et blanc aux bords élimés, images persistantes et distantes qui capturent autant leur sujet que le regard à l’extérieur. Ou comme un souvenir dont on ne sait plus bien s’il sort tout droit d’un rêve ou de la réalité. Un chant de sirène presque inoffensif, prenant autant les atours de la pop ("Goddess Eyes II") que de l’opéra ("Four Gardens") pour mieux nous retenir dans ses filets lâches. Hautement poétique, onirique et riche, le deuxième album de Julia Holter n’a aujourd’hui pas d’équivalent. On pense à Kate Bush ou Laurie Anderson, mais tout de même, quelque chose résiste et demeure unique. Ce son d’abord, qu’on croirait tout droit sorti d’un temple païen à l’écho phénoménal, où tout flotte et s’entremêle avec grâce, saxophone et voix, batterie et piano, violon et basse. Etrange goût d’Europe, alors que tout l’album est enregistré à Los Angeles, chez Julia Holter. Sûr qu’avec son background impressionnant, l’Américaine a de quoi dérouter et brouiller les pistes : elle commence le piano à l’âge de 8 ans, étudie la composition au CalArts pendant quelques années (comme Ravi Shankar, Ry Cooder ou Charlie Haden avant elle), mène depuis divers projets musicaux de front. ‘Ekstasis’, composé en même

Metz • 'Metz'

  • Note: 4/5

Il y a des disques simples et efficaces comme une grande tarte dans la gueule. Personne ne l’attendait et vlan, ça vous tombe sur le blair sans prévenir. Dans ce cas précis on ne s’en plaindra pas, tant la qualité de la gifle est au rendez-vous – on tendrait presque l’autre joue, même. Question frappe, Hayden Menzies en connaît d’ailleurs un rayon : le batteur joue lourd, et au-delà d’une production compacte (Graham Walsh et Alexandre Bonenfant aux manettes), la densité de son style impressionne. Ajoutez à cela une déferlante de riffs (Alex Edkins) et une basse parfois bien agressive (Chris Slorach), et vous tenez là l’un des disques les plus énervés de l’année. Pas étonnant que le trio de Toronto commence à agiter la fourmilière indé. Après quatre ans d’existence, quelques EP et des concerts pour le moins chaotiques, Metz sortait en octobre 2012 un premier album sale et excitant rappelant méchamment la descente orchestrée par Drunkdriver en 2010 (en moins extrême certes). Ca pique, ça brûle, ça tranche et surtout : ça fait du bien. En 27 minutes la messe est dite, du "Headache" d’ouverture au "Negative Space" de clôture, ramonage de conduits auditifs garanti. Que les oreilles sensibles se rassurent : pas de grindcore ou de death metal ici, plutôt du grunge barbotant dans une poisse punk et noise. Un disque comme Sub Pop n’en avait pas sorti depuis des lustres donc, et qui devrait combler les fans de Jesus Lizard, voire du Nirvana période ‘Bleach’. Alors n’attendez pas leur t

Brat Farrar • 'Brat Farrar'

  • Note: 3/5

Loin d’être le disque de l’année, ce premier enregistrement solo de Brat Farrar n’en demeure pas moins remarquable, et sort incontestablement du lot garage de 2012. Il faut dire qu’ils sont nombreux, ces derniers temps, les projets bancals tentant de se tailler une place au Panthéon des inconnus illustres ; souvent réduit à une pose un peu trash de fils à papa du 9e – comme le rock il y a quelques années –, le renouveau du garage rock a aussi ses bons moments. Ainsi, malgré une production approximative (on sait bien que c’est la norme dans le style, mais ce son-là sera vite daté), difficile de faire l’impasse sur l’indéniable talent de songwriter du lascar. Déjà remarqué dans les groupes Digger & The Pussycats et Russian Roulette, ce jeune Australien maîtrise autant un usage polymorphe de sa voix qu’un jeu de guitare à l’énergie communicative. Et trousse sans prétention de superbes comptines garage pop punk, toutes plus entêtantes les unes que les autres. D’une saillie violente ("And I’m In You") à un hymne à la nuit ("You Got Me Hanging Around"), d’un interlude weirdo ("Party At Hawks") à un final tout à fait magnifique ("Work Your Way Back Now"), on se laisse porter par l’« urgence » (comme disent les journalistes incontinents) de la chose. Et hop, en 30 minutes c’est torché, pas le temps de s’en apercevoir qu’on se le repasse déjà. S’il n’est pas la révélation de l’année, Brat Farrar est un sacré espoir pour l’avenir ; l’Apocalypse ferait bien d’attendre un peu et certains

Wax Tailor • 'Dusty Rainbow from the Dark'

  • Note: 4/5

Le magicien Wax Tailor revient avec un album-concept qui s’écoute comme un film, l’histoire d’un monde imaginaire dans lequel un jeune garçon part à la recherche d’un arc-en-ciel poussiéreux. Sur 'Dusty Rainbow from the Dark’, il pousse encore plus loin son délire de trip-hop orchestral cinématographique, mêlant électro et acoustique, hip-hop, soul, musique classique et samples de films, omniprésents sur un opus mystérieux, assez sombre, envoûtant, nourri d’influences musicales multiples, d’interludes parlées, de changements de tempos... On ne s’ennuie jamais, tenu en haleine, comme dans un bon thriller. Malgré les très nombreux featurings qui pourraient dénaturer l’album, il garde une cohésion dans son tissage musical, et fait la part belle aux voix féminines et sensuelles qu’il a l’air de particulièrement apprécier. On aime écouter la magnifique voix de Charlotte Savary sur "Dusty Rainbow", qui collabore avec lui depuis ses débuts. Mais aussi celles de Sara Genn sur "Down In Flames", d’Ali Harter sur "Only Once", Jennifer Charles sur "Heart Stop" et Shanna Halligan sur "No Regrets". L’album compte aussi d’autres featurings masculins, très orientés hip-hop avec les rappeurs Mattic et Elzhi & Akua sur plusieurs tracks, davantage soul avec Aloe Blacc sur l’excellent "Time To Go". En studio comme en live, Wax Tailor s’entoure de musiciens chevronnés qui jouent aussi bien des compositions tirant vers le classique que vers le jazz ou le hip-hop. Les sulfureuses Marina Quaisse au

Youssoupha • 'Noir désir'

  • Note: 5/5

Il fallait bien qu’un jour un rappeur vienne mettre une grosse claque au hip-hop français. Le « lyriciste bantou » Youssoupha l’a fait. ‘Noir désir’, son troisième album solo sorti en janvier 2012, est déjà disque de platine. Un deuxième volet est sorti en octobre, confirmant le talent de ce MC à la langue bien pendue. Reléguant les clichés gangsta rap éculés (meuf-fric-grosses bagnoles) au rang de « récits de délinquants pseudo-racailleux », ce rappeur de trente piges qui a grandi au Congo-RDC puis en banlieue parisienne, a la verve aiguisée, un sens de la rime poussé, un flow percutant et une analyse acérée de la société française, donnant un autre visage aux cités, plus réfléchi et moins sanguin. Balançant ses coups de gueule comme des frappes chirurgicales, il stigmatise le racisme latent, l'indifférence occidentale devant les guerres en Afrique et la cause palestinienne, le manque de places en crèche... Aucun sujet n'est tabou et aucune critique n'est gratuite, Youssoupha met ses détracteurs face à des questions embarrassantes, notamment sur "Menace de mort" où il se défend face à Eric Zemmour (l'ex-chroniqueur a d'ailleurs perdu son procès contre le rappeur). Si Youssoupha prouve encore une fois qu'il est capable d'écrire des textes profonds et réfléchis (il se permet même de s'autocritiquer sur "J'ai changé"), il met fin à l’ère des boîtes à rythmes stériles et de vocodeurs abusifs. Sa musique est riche en samples funk, soul, r’n’b, et même musique indienne type Bollyw

Marcus Miller • 'Renaissance'

  • Note: 4/5

Le bassiste et compositeur de jazz fusion signe là sa « renaissance », un passage de témoin entre lui et la jeune génération, comme l’a fait vingt ans plus tôt Miles Davis avec le jeune bassiste qu’il était. Pour enregistrer cet opus, il s’est entouré de la nouvelle garde new-yorkaise qui n’a pas plus de 25 ans : Alex Han aux saxophones, Louis Cato à la batterie, Maurice Brown à la trompette et Kris Bowers aux claviers principalement. Avec son sens du groove incomparable, Marcus Miller excelle dans l’art de composer et jouer un jazz-funk très grrovy, presque sans guitare. Son slapping impressionnant mais pas ostentatoire laisse place à la virtuosité et aux solos de chacun. Les huit compositions sont jalonnées de cinq reprises surprenantes, revisitées en profondeur.  Parmi les treize morceaux, les addictifs "Detroit" et "Redemption" sont écrits comme des dialogues énergiques entre les cuivres et la basse, ponctués par des solos incroyables de Miller. Sur le très funky "Slippin’ into Darkness" (de War), le beat imparable joué par la basse et les cuivres donne envie de danser tandis que "Setembro" (d’Ivan Lins) joue dans un registre latin jazz : Marcus Miller à la clarinette basse s’entoure ici de Gretchen Parlato et du chanteur de salsa Ruben Blades. Puis un "Jekyll & Hyde" plus électrique, un "Revelation" crescendo laissent place au calme "Gorée (Go-ray)". Les tonalités graves et feutrées de la clarinette basse de Miller contrastent avec les envolées claires du saxophone. "Tig

Lianne La Havas • 'Is Your Love Big Enough ?'

  • Note: 5/5
  • notre sélection

Cette Londonienne de 22 ans a la trempe d’une grande chanteuse. Elle sait puiser les émotions dans sa voix soul et folk teintée de jazz comme peu de ses aînées savent le faire. Multi-instrumentiste, songwriteuse de talent, elle s’accompagne au piano et à la guitare en jouant ses mélodies pleines d’émotion et d’intensité. Elle a tout juste sorti son premier album ‘Is Your Love Big Enough ?’, qui parle donc d’amour, encore et toujours. On a envie de lui répondre un grand « oui » en écoutant ces douze titres en boucle, en s’imprégnant de la richesse des styles musicaux et des ondulations de voix. Et quelle voix ! Un timbre chaud et grave, tantôt clair ou éraillé. On sent une maîtrise parfaite de ses cordes vocales qu’elle module pour donner une véritable interprétation de sa musique, alternant passages fredonnés et tempétueux. Une sorte d’Amy Winehouse pour la puissance vocale et expressive, mais jazzy et glamour plutôt que rock et trash. On lui donnerait plutôt le bon Dieu sans confession à Lianne quand on la voit chanter en s’accompagnant à la guitare, presque unplugged, esquissant un petit sourire quand elle finit son dernier accord. On souligne la qualité de la production, avec quelques arrangements électro qui subliment sa voix. "Age" est la plus bouleversante de ses chansons où, pas si candide, la belle raconte qu’elle aimerait pouvoir aimer cet homme plus vieux qu’elle. Son premier maxi 'Lost & Found' avait déjà attiré l’attention, un morceau soul profondément touchant pa

Can • 'The Lost Tapes'

  • Note: 5/5

Canines cannibales qu’Hannibal canarda, sarbacanes et canons sur jerricans, arcanes cannelées, canulars cannabiques et canettes de canneberge… Bref, nous allons parler de Can, mythique groupe de rock teuton dont 2012 aura vu la sortie chez Mute de ces âpres ‘Lost Tapes’ : trois heures d’inédits bruts, enregistrés entre 1968 et 1977, et inopinément retrouvés lors du démantèlement de l’Inner Space Studio du groupe, à Weilerswist près de Cologne. Trois heures de sauvagerie extatique, tirées d’une cinquantaine d’heures de bandes où des synthétiseurs funambules crissent le long de cordes à l’électricité hirsute, où les lignes de basse sautillent sur les hallucinations tambourinées, démentes, de trancheurs d’oreilles sous alcaloïdes. Mais trois heures qu’on peut aussi entendre comme une formidable (et jouissive) leçon d’art moderne appliquée à la musique. En effet, dans la lignée commune du free jazz, du sérialisme de Stravinski et des minimalistes Cage ou Ligeti, gobant goulûment les pilules compulsives de la répétition reichienne en passant par les inquiétants magmas sonores de Stockhausen ou le capharnaüm tribalo-cosmique de Sun Ra, Can reste bien plus qu’une Volkswagen du prog-rock. A l’image du reste de sa discographie, ces ‘Lost Tapes’ se révèlent dissonantes, disruptives, bordéliques comme une toile de Basquiat et spontanées comme un dripping. Quant aux paroles, généralement réduites à leur expression la plus simple, à la limite de la stupeur (« Are you waiting for the stree

The Swans • 'The Seer'

  • Note: 4/5

Troisième album depuis le retour des Swans en 2010, 'The Seer' est décrit par leur leader, Michael Gira, comme le sommet absolu de leurs trente ans de carrière. Rien de moins. Nous, on aurait envie d'ajouter que ça pourrait être la bande-son idéale d'une nuit d'apocalypse ; les onze titres du disque, dense de deux heures, déploient une puissance tellurique écrasante, où des cordes électriques (guitares, basse) finissent en coulées de lave bouillonnante, sur lesquelles batteur et percussionniste conduisent la polyrythmie comme un tank. Parfois, des rimes occultes forment des mantras, dédiés aux puissances de la folie ('Lunacy'), à une déesse primitive ('Mother of the Earth') ou, tout simplement, à l'hérétique ('The Apostate'). Ici, la musique la plus contemporaine et chaotique retrouve des airs de mélodie ancestrale, à la recherche d'une sorcellerie des débuts de l'humanité. En intensité, les morceaux alternent entre l'imparable puissance de leurs blocs de drones et des moments de répit relatif mais prenant. Bien sûr, il est conseillé d'écouter cet album très fort et d'une traite. Car la musique de Swans est une expérience auditive hypnotique, travaillant sur le temps et la perception, une plongée dans l'électricité et les masses sonores faite de montées, de descentes, de plateaux. En un mot, la symphonie bruitiste et mystique d'un groupe de tueurs à gages. Ou bien l'antithèse d'une pop song. Label : Young God Records Pour en savoir plus : swans.pair.com >> Lire les autres cr

Motorama • 'Calendar'

  • Note: 3/5

Davantage connue pour ses punkettes indociles que pour sa pop glacée, la Russie conserve en sa toundra bien des trésors musicaux. La preuve cette année avec un quintet de coldwave joyeuse et évanescente. Bienvenue à Rostov-sur-le-Don, bourgade caucasienne à un millier de kilomètres de la capitale russe. Drapés dans d’épais manteaux, Vladislav Parshin et sa bande de copains baptisent un jour leur groupe en hommage au long métrage de Barry Shils, l’histoire d’un gamin vagabond perdu sur le territoire américain. Motorama était né, entre romantisme sibérien et riffs manchestérien. Après un premier LP ‘Alps’ tristement inconnu dans l’Hexagone, les Slaves signent l’excellent ‘Calendar’. Même guitare claire, même voix sombre, même précision rythmique. Dix titres qui rappellent par fulgurances la new wave mélodique de Cure ou encore les envolées synthétiques de Joy Division « I'm living in the Ice age... into the cold » disait Ian Curtis. Ferrée dans un rock à la fois léger et taillé dans la glace, la voix grave de Vladislav vole à celle de Matt Berninger sa puissance énigmatique. Depuis la guillerette "To The South" jusqu’à la nostalgique "Rose In The Vase", la musique de Motorama déploie avec délicatesse et rigueur sa palette chromatique. Le label Talitres a assurément de l’oreille. Label : Talitres Pour en savoir plus : http://wearemotorama.com/ >> Lire les autres critiques de notre dossier sur les meilleurs albums de 2012.

Rubin Steiner • 'Discipline in Anarchy'

  • Note: 4/5

Jamais les classements musicaux par genre n'ont été aussi absurdes que pour Rubin Steiner. Electro parce qu'il trafique des vieilles machines pour faire de la musique ? Oui, mais jazz à ses débuts, complètement rap quand il forme un duo avec Ira Lee. Sans compter qu’au sein d’un même album, tout peut basculer d'un titre à l'autre. Pas simple. 'Discipline in Anarchy', son petit dernier, en est l’énième preuve. Avec un titre pareil, peut-être fallait-il s'attendre à du punk-jazz-hip-hop, encore un de ces mélanges dont lui seul a le secret, en tout cas à un désordre sans nom, à des chansons sans lien, à l’anarchie sans ménagement. Fort heureusement, l’album du talentueux Français n’a rien à voir avec tout cela, et s’avère très harmonieux du début à la fin. A commencer par "Noise Beats", une ouverture de sept minutes dont la longueur est le premier signe d’originalité. Progressivement, le morceau, par une minutieuse répétition de bruits mécaniques plutôt inquiétants, arrive à plonger l'auditeur averti dans une sorte de transe introductive au reste de l’album. Une fois dans l'ambiance, tout s'enchaîne très naturellement. Tous les types d'électro y passent, de l'électro-pop sur le duo avec Mme Douze, "La Plaie de ton doigt", à la techno-minimale de "Peak Panic" ou à l’électro-rock de "Dexter", qui flirte dangereusement avec la new-wave des années 1980. Ici, l’électro est dansante, minimaliste, millimétrée, le rock entraînant et sombre, le tout cohérent. Une réussite, encore une foi


Le choix de Nicolas Hecht (secrétaire de rédaction)

Liars • 'WIXIW'

  • Note: 5/5

Liars fait partie de ces groupes à l’identité assez affirmée pour pouvoir prendre des risques, sans pour autant voir ses fans lui tourner le dos.

Clark • 'Iradelphic'

  • Note: 4/5

Considéré à juste titre comme l’un des petits génies ayant fait la réputation du label Warp, Chris Clark est un musicien rare au talent indéniable.

OM • 'Advaitic Songs'

  • Note: 4/5

« Au commencement était la Vibration, et la Vibration était avec Dieu, et la Vibration était Dieu. »

Chain And The Gang • 'In Cool Blood'

  • Note: 4/5

Vous trouvez que le rock actuel sonne comme du hip-hop commercial ? Et vous avez raison.

Julia Holter • 'Ekstasis'

  • Note: 4/5

‘Ekstasis’ est une preuve de plus qu’il existe des disques magiques, dont la portée nous échappe.

Metz • 'Metz'

  • Note: 4/5

Il y a des disques simples et efficaces comme une grande tarte dans la gueule.

Brat Farrar • 'Brat Farrar'

  • Note: 3/5

Loin d’être le disque de l’année, ce premier enregistrement solo de Brat Farrar n’en demeure pas moins remarquable.


Le choix de Camille Griffoulières (critique musique)

Wax Tailor • 'Dusty Rainbow from the Dark'

  • Note: 4/5

Le magicien Wax Tailor revient avec un album-concept qui s’écoute comme un film, l’histoire d’un monde imaginaire dans lequel un jeune garçon part à la recherche d’un arc-en-ciel poussiéreux. 

Youssoupha • 'Noir désir'

  • Note: 5/5

Il fallait bien qu’un jour un rappeur vienne mettre une grosse claque au hip-hop français. Le « lyriciste bantou » Youssoupha l’a fait.

Marcus Miller • 'Renaissance'

  • Note: 4/5

Le bassiste et compositeur de jazz fusion signe là sa « renaissance », un passage de témoin entre lui et la jeune génération, comme l’a fait vingt ans plus tôt Miles Davis avec le jeune bassiste qu’il était.

Lianne La Havas • 'Is Your Love Big Enough ?'

  • Note: 5/5

Cette Londonienne de 22 ans a la trempe d’une grande chanteuse.


Le choix d'Alexandre Prouvèze (critique cinéma)

Can • 'The Lost Tapes'

  • Note: 5/5

Trois heures de sauvagerie extatique, tirées d’une cinquantaine d’heures de bandes où des synthétiseurs funambules crissent le long de cordes à l’électricité hirsute.

The Swans • 'The Seer'

  • Note: 4/5

Troisième album depuis le retour des Swans en 2010, 'The Seer' est décrit par leur leader comme le sommet absolu de leurs trente ans de carrière.


Le choix d'Elsa Pereira (critique théâtre)

Motorama • 'Calendar'

  • Note: 3/5

Davantage connue pour ses punkettes indociles que pour sa pop glacée, la Russie conserve en sa toundra bien des trésors musicaux.


Le choix de Pia Bou Acar (rédactrice)

Rubin Steiner • 'Discipline in Anarchy'

  • Note: 4/5

Jamais les classements musicaux par genre n'ont été aussi absurdes que pour Rubin Steiner. 


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