Antigone

© Nabil Boutros
Antigone

A l’évidence, certaines pièces de théâtre traversent les âges sans perdre ni de leur force ni de leur pertinence. Grecque ou Palestinienne, l’Antigone de Sophocle parle au présent. Jouée par les acteurs de la troupe du Théâtre national palestinien sous la direction du metteur en scène français Adel Hakim, la pièce écrite 441 années avant notre ère, résonne tout particulièrement dans ce coin orageux du Moyen-Orient. Le texte de Sophocle met en scène Antigone, condamnée à mourir emmurée vive pour avoir jeté quelques poignées de terre sur la dépouille de son frère, ceci contre la volonté de Créon. Vingt et unième siècle, des Palestiniens, dos au mur, se voient chaque jour refuser le droit d’être enterré sur le sol de leurs aînés. Sujet particulièrement au goût du jour.

Comment ne pas penser au poète Mahmoud Darwich inhumé à Ramallah par défaut ? Aujourd’hui encore la loi de la cité semble plus forte que celle de l’humanité. « Le pouvoir a toujours traité les gens qui s’opposent comme des délinquants, des terroristes, alors qu’ils ne font que des actes de résistance » rappelle le co-directeur des Quartiers d’Ivry, Adel Hakim. Son décor, Yves Collet l’a imaginé comme un large mur recouvert de dizaines de fenêtres carrées. Quelques effets de lumière, des projections de visages ou de textes (notamment de Darwich) y sont épinglés tout au long d’un spectacle épuré de tout tic tragique, de toute surinterprétation. Sur le plateau, Shaden Salim en sweat à capuche et bottes en cuir interprète avec justesse et intensité une Antigone prodigieusement contemporaine. « Je suis faite pour l’amour, non pour la haine », lance-t-elle à Créon avant d’ajouter non sans émotion : « La cité n’est pas ton bien personnel ».

Accompagnés musicalement par le trio Joubran, les acteurs offrent un spectacle simple et beau où la parole, loin d’être galvaudée, émeut et fait réfléchir, où le dialogue s’érige contre la détermination aveugle. Echo édifiant à l’actualité, la tragédie sophocléenne brille ici de modernité et invite chacun à préférer la paix à l’orgueil.

Site Web de l'événement http://www.theatre-quartiers-ivry.com/