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Paris l'été • Petit guide pour les jours de pluie

Films, spectacles, expos, restos : quelques idées pour se consoler aux mois de juillembre et aoûtobre

© Time Out
Y a plus de saisons, ma bonne dame. Alors prévoyants que nous sommes chez Time Out Paris, nous avons compilé ce petit guide qui devrait vous permettre de trouver, cet été, un abri et un peu de réconfort dans la capitale par temps de pluie. Films, expos, pièces de théâtre, restaurants douillets comme un coin de feu après une longue journée de ski... Puisque les obscures lois du « réchauffement » climatique ont tendance à transformer le mois de juillet en mois de novembre, luttons chers amis, luttons contre les injustices de la météo parisienne en nous mettant au chaud en bonne et due forme, pour faire des trucs biens, quand l'été sort son gros imper.

Les expositions de l'été

Tour d'horizon des expos les plus affriolantes du moment Gerhard Richter « La peinture est morte », vive la peinture ? Il y a cent ans, presque jour pour jour, Marcel Duchamp était catégorique quant au trépas de l’art du chevalet. Un siècle plus tard, on n'aurait pu imaginer plus extraordinaire contre-attaque que cette exposition... La suite Chris Killip Le BAL nous emmène dans l’Angleterre profonde des années 1970 et 1980, à bord de l’objectif de Chris Killip. Entre reportage et portrait empathique, le Britannique signe une fresque sociale brute, figée dans les briques et la brume du Nord... La suite Eva Besnyö Après Lee Miller, Diane Arbus et Berenice Abbot, c’est au tour d’Eva Besnyö de pousser la porte du Jeu de Paume, qui poursuit en ce printemps 2012 son cycle d’expositions consacrées aux grandes femmes photographes du XXe siècle... La suite Berthe Morisot Des jupons, des frous-frous, des poupons en herbe, des jardins en fleurs… Le tout enrobé d'une douce oisiveté bourgeoise de fin de XIXe siècle, éclatée sur la toile à coups de pinceau secs. Si la collection permanente de Marmottan recèle une riche panoplie d'œuvres... La suite Helmut Newton Chez Helmut Newton, l’art de photographier est traversé par quelque chose d’intensément excitant. Quelque chose de provocant qui sent la sueur et l’overdose de parfum de luxe. Quelque chose qui grouille de bijoux, de rouge à lèvres et de tétons, sans cesse pointés là où on ne les attend pas... La suite Yves Marchand & Romain Meffre, 'Theaters' « Les ruines sont une terre fantastique où l'on ne sait plus si c'est la réalité qui glisse vers le rêve ou si c'est, au contraire, un brutal retour du rêve vers la plus violente des réalités. » Une phrase en forme de manifeste... La suite Guillaume Bresson Casquettes et survêts à l'appui, trois kaïra figées dans la minutie de la peinture à l'huile discourent dans une forêt. Le décor sort tout droit d'une toile du Titien ou de Tintoret. La pose, dramatique, théâtrale, sent le vieux machin académique. Le style est hyperréaliste... La suite Toutankhamon Cette exposition d'ampleur se propose de reconstituer le tombeau du plus jeune et célèbre des pharaons tel que l'archéologue anglais Howard Carter l'a découvert le 4 novembre 1922 sur la rive ouest du Nil. Elle présente les répliques des trois chambres funéraires et de plus de mille objets... La suite Salons Vous croyez dur comme fer que l’art contemporain ne sert strictement à rien ? Le domaine de Chamarande, blotti à l’orée de la forêt de Fontainebleau en Essonne, vous prouve le contraire cet été avec une série d’œuvres « praticables »... La suite Ulrich Lamsfuss Au moment où Gerhard Richter investit le Centre Pompidou, un autre peintre, lui aussi allemand et partisan de l’hyperréalisme, expose rue Beaubourg sa vision « post picturale » (telle qu’il se plaît à la décrire) de l’art du chevalet : Ulrich Lamsfuss... La suite Eugène Atget Les allergiques au Paris de Doisneau, lisse comme une dragée, trouveront un refuge réconfortant auprès de la ville d'Eugène Atget, qui avait écumé la capitale entre 1898 et 1924, saisissant des clichés éraillés comme un vieil accordéon... La suite Anri Sala Le doux vent d’art contemporain qui souffle sur la galerie sud de Beaubourg n’est pas près de détaler : après Philippe Parreno, Yayoi Kusama et Annette Messager, c’est au tour d’Anri Sala d’investir cet espace d’exposition, dont la vaste vitrine donne sur la rue Saint-Merri... La suite

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Les meilleurs films du moment

Naturellement, on préfère mettre en avant un cinéma qui montre à un cinéma qui démontre. Les belles leçons, comédie, tragédie, catégories fixes : cela a été vu, revu jusqu’à en avoir la glotte irritée. Car l’enjeu véritable, à l’heure du numérique (c’est-à-dire de la possibilité technique, pour quiconque, de réaliser un film), n’est-il pas, sans doute, de conserver des moments singuliers de beauté, d’authenticité – qu’ils soient poétiques ou grotesques, mais qui en tout cas échappent à la domination d’un flux narratif préétabli et omniprésent ? Ou, pour le dire avec plus de concision, des images qui interpellent nos sens, plutôt que de nous « raconter des histoires ». Bref, la logique du storytelling a parfois des allures fascisantes ; et c’est là que ‘L’Eté de Giacomo’ apparaît comme une bouffée d’air frais. Son réalisateur, l’Italien Alessandro Comodin – dont c’est le premier film, et qui fêtera son trentième anniversaire le lendemain de sa sortie – a en effet eu la bonne idée de tourner un documentaire, sur deux adolescents, pour le monter ensuite comme une fiction. Autrement dit (la distinction fiction/documentaire étant souvent artificielle), son travail d’appropriation du réel par l’imaginaire le situe dans une tradition du cinéma italien qui évoque assez le néoréalisme ou la modernité d’Antonioni. Plus concrètement, le contexte, documentaire donc, est le suivant : Giacomo, bel adolescent, se balade dans la campagne italienne avec son amie, Stephania. Peu à peu, le spectateur se rend compte que Giacomo est malentendant. Mais le film n’en paraît alors que plus riche dans son attention aux détails sonores, la résonnance d’un espace (avec une jolie séquence d’ouverture où Giacomo tape sauvagement sur une batterie), le bruissement du vent, les clapotis du lac où les deux adolescents se baignent… Par ailleurs, c’est un film visuel, charnel, avec une douceur sensuelle et diffuse, caractéristique de la lumière d’été, de ses jeux d’ombres sous les arbres, sa manière de faire scintiller la peau humide. La réalisation témoigne en outre de parti pris intéressants, capable de faire alterner un impressionnant plan-séquence, caméra au poing à travers les bois, avec des plans fixes, larges et contemplatifs. Au final, l’ensemble réussit à établir une temporalité qui lui est propre, à ouvrir un espace où se développe une grande sensualité – sans qu’il soit pourtant jamais frontalement question de sexe. A la place, ‘L’Eté de Giacomo’ montre plutôt l’éveil des sens comme un panthéisme délicat, où le désir affleure d’autant plus sensiblement qu’il est tu. Voilà qui donne bien envie de partir en vacances. Summertime Si ce film s’intitulait dans sa version originale 'The Dynamiter', on lui préfère de loin son titre français. Car dans 'Summertime', l’été, omniprésent, est un personnage à part entière. Tourné dans la moiteur crasse du Mississippi, il dépeint avec un réalisme saisissant le Sud américain, ses terres écorchées et son accent traînant. Enfant de cette Amérique archaïque qui sent la terre et la sueur, Robbie, 14 ans, a été abandonné par ses parents et essaie tant bien que mal de veiller sur ce qui lui reste de famille, entre un demi-frère rondouillet, un grand frère voyou et une grand-mère bouchée qui n’a pas pipé mot depuis la fin de l’ère Clinton. Une histoire simple pour un film court (une petite heure et quart), qui met à mal le rêve américain à coups de misère sociale et d’illusions brisées. Pour ce premier long métrage, le documentariste Matthew Gordon a choisi de ne faire jouer que des amateurs, tous bouleversants d’authenticité, le jeune William Ruffin en tête. Récompensée à Deauville par le prix du Jury, cette première fiction évite ainsi tout pathos, et installe au contraire une atmosphère éthérée, grâce à sa maîtrise de la lumière et son utilisation, parfaite, de la musique (le très intime album 'Feels' d’Animal Collective). Si l’on regrette quelques faussetés dans les dialogues, on est néanmoins émus par ce film pudique sur le douloureux passage à l’âge adulte, dont la caméra hésitante rappelle parfois l’excellente série 'Friday Night Lights'. L’occasion de redécouvrir avec poésie la région à la fois la plus pauvre et la plus fascinante des Etats-Unis. Holy motors Treize ans après ‘Pola X’ (et plus de vingt après ‘Les Amants du Pont-Neuf’), Leos Carax nous revient avec un nouveau long métrage, plus godardien que jamais : ‘Holy Motors’, trip surréel et baroque, souvent jubilatoire, où son acteur-fétiche, l’étrange et poétique Denis Lavant, interprète un certain Monsieur Oscar. Oscar, comme son nom le laisse entendre, est une métaphore vivante du cinéma, dont le film suit un jour et une nuit au gré de ses métamorphoses. Une dizaine de rôles à tenir, pour lesquels le fantastique Lavant/Oscar se grime à l’arrière d’une limousine. Et l’occasion pour Carax de jouer avec les genres et de multiplier les clins d’œil à Franju, Jean Seberg (à travers une Kylie Minogue étonnamment réjouissante, chantant une superbe chanson originale de Carax et Neil Hannon dans les décombres de la Samaritaine), voire à ‘Tron’, ainsi qu’à ses propres films – Lavant reprenant notamment le personnage de Merde, qu’il incarnait déjà dans le segment réalisé par Carax du film ‘Tokyo !’ en 2008. C’est virtuose, parfois hilarant, toujours ingénieux, et un formidable chant d’amour blessé pour le cinéma. Mais c’est aussi un film spectaculaire et d’une légèreté crado et réjouissante, où les noms sur des pierres tombales se trouvent remplacés par des adresses web (et la mention « visitez mon site »), et où l’on peut flinguer sans autre forme de procès un banquier à la terrasse du Fouquet’s. Sarcastique et violent, cultivé et déviant, ‘Holy Motors’ est un vrai plaisir. Et sans aucun doute l'un des meilleurs films de 2012. Jules et Jim, version restaurée Vous l’avez sans doute déjà vu et connaissez peut-être “Le Tourbillon de la vie” par cœur... Sorti en 1962, le classique de François Truffaut, œuvre audacieuse et universelle sur l’amour à trois, ressort en salles dans une version restaurée. Certes, c’est le même film, même s'il a été revu par le chef'op de l'époque, l'historique Raoul Coutard. Certes, il commence à faire trop beau pour aller au cinéma. Mais voilà, certains films ont leurs raisons que la météo ignore. En plus des textes magnifiques d’Henri-Pierre Roché, de l’accent d’Oscar Werner et de la musique de Georges Delerue, voilà donc douze raisons en vrac d'aller (re)voir 'Jules et Jim' : - parce que c’est drôle, et qu’on a tendance à l’oublier - parce que bien avant "Secret Story" et "L’Amour est dans le pré", le vrai triangle amoureux, c’était eux - parce qu’entre celle touffue d’Henri Serre et celle, fausse, de Jeanne Moreau, les vrais hipsters à moustache, c’étaient eux - parce qu’avant « Merkozy » et « Merkollande », la vraie amitié franco-allemande, c’était eux aussi - parce que contrairement à Jacques Chirac, Jeanne Moreau, elle, a osé se jeter dans la Seine - parce qu’en fait, vous ne connaissez que la moitié du refrain du “Tourbillon de la vie”, et qu’il est temps d’apprendre le reste - parce qu’on ne se lasse jamais de voir Thérèse faire la locomotive avec sa cigarette - parce que Catherine n’est pas forcément belle, ni intelligente ou sincère. Mais c’est une vraie femme - parce qu’il est toujours bon de tester votre connaissance du vignoble français - parce que si vous trompez votre cher(e) et tendre, c’est peut être l’occasion rêvée de lui faire comprendre - parce que si vous voulez vous taper la copine de votre meilleur pote, c’est peut-être aussi l’occasion rêvée pour entamer les négociations - parce que si vous ne l’avez toujours pas vu, c’est la honte. Faust A l'époque de son impressionnant 'Mère et fils' (en 1997 – ce qui ne nous rajeunit guère), émouvante pietà inversée où un type mutique accompagnait l'agonie de sa mère dans une maison isolée, Alexandr Sokourov faisait déjà bien parler de lui pour son traitement audacieux de la couleur, peignant alors à même la pellicule ses teintes contemplatives et oniriques. On avait d’ailleurs rarement vu des nuages aussi hypnotiques. Seulement, tout cela se passait au siècle dernier et en quinze ans, le numérique a rendu nettement plus aisé – et artificiel, souvent – ce type de traitement pictural de l'image. Ainsi, pour ce 'Faust', qui vient conclure une tétralogie sur le Mal croisant Hitler (‘Moloch’, 1999), Lénine (‘Taurus’, 2001) et l’empereur Hirohito (‘Le Soleil’, 2005), le réalisateur russe en est venu à travailler avec Bruno Delbonnel, chef-opérateur virtuose de ‘Harry Potter', 'Amélie Poulain' ou 'Dark shadows'. Et le résultat est tout simplement stupéfiant. Car si le numérique permet à Sokourov de distordre ses images, de les enrober d'un halo fantasmatique, de jouer sur leur flou ou leur piqué, les effets spéciaux n’ont jamais la moindre gratuité, contribuant à l’affirmation d’une esthétique solide, certes omniprésente mais jamais vulgaire ou tape-à-l’oeil. Bouleversant l’ordre et les personnages du récit de Goethe, ce ‘Faust’ est donc avant tout une oeuvre sensuelle, jouant sur les textures visuelles, les matières sonores (en particulier le grain des voix-off), et invitant le spectateur à une sorte d’expérience synesthésique assez inédite, plus proche de Tarkovski que du storytelling mécanique auquel le cinéma mondialisé nous a habitué – et ça fait évidemment beaucoup de bien. Bref, on respire. Bien sûr, ça sent le soufre (Méphistophélès oblige), mais le diable représente ici davantage une mauvaise conscience grotesque, assez médiévale, que la toute-puissance démoniaque que lui attribuait, par exemple, l’adaptation par Dreyer de la même pièce de Goethe en 1926. Récompensé d’un Lion d’or l’année dernière à Venise, ce ‘Faust’ constitue même certainement l’une des oeuvres les plus abouties de Sokourov, mêlant naturalisme, fantastique, et une forme d’expressionnisme tout à fait personnelle. Jouant sur les références, parfois avec humour, le cinéaste parvient à se libérer du lourd carcan goethien en lui préférant parfois Dostoïevski (son Faust apparaissant comme un épigone d’Ivan Karamazov), voire Shakespeare - lors d’un scène où Marguerite, la jeune femme dont Faust est passionnément épris, fait manifestement écho à l’Ophélia de ‘Hamlet’. Bien sûr, le parti-pris de mise en scène, avec ses distorsions de sons et d'images, extrêmement fort d’un bout à l’autre du film, en décontenancera certains. Mais après tout, c’est aussi pour ça qu’on va au cinéma, non? Et en l’occurrence, il est indéniable avec ce film que Sokourov fait partie haut la main des réalisateurs les plus singuliers et ambitieux qu’il nous soit donné de suivre. Ce serait donc dommage de passer à côté. Adieu Berthe ou l'enterrement de mémé Depuis leurs adaptations charmantes et tintinophiles de Gaston Leroux dans la première moitié des années 00, on avait un peu perdu les frères Podalydès. D'autant qu'en 2009, 'Bancs publics' achevait en queue de poisson leur trilogie versaillaise, entamée il y a vingt ans avec 'Versailles rive-gauche'. Bref, ça sentait pas encore le renfermé, mais quand même un peu la fin de cycle - ou le baroud d'honneur façon Simon et Garfunkel à Central Park. Sauf qu'avec cet 'Adieu Berthe', le tandem relance sa machine avec vigueur, et un entrain franchement enthousiasmant. Armand (Denis Podalydès), pharmacien à Chatou, n'arrive pas à se décider à quitter sa femme, la triste et valeureuse Hélène (Isabelle Candelier), qu'il aime toujours et avec laquelle il travaille, ni à véritablement faire évoluer sa relation avec sa maîtresse, l'exubérante Alix (Valérie Lemercier, qu'on n'avait pas vue aussi drôle depuis un moment). Première bonne surprise: le triangle amoureux baigné d'indécision a beau être un cas d'école, le traitement qui lui est ici réservé - à grands renforts de SMS nocturnes - fait preuve d'une drôlerie et d'un sens de l'observation agréablement contemporains. Or, là-dessus Armand apprend la mort de sa grand-mère, Berthe, dont il se retrouve chargé d'organiser les obsèques, pour lesquelles il s'adjoint sans trop y croire les services d'un croque-mort rigolo et distancié (Bruno Podalydès). Ici, il faut noter que l'humour noir fait beaucoup de bien au ton délicat des frangins Podalydès: on y rit de la mort, de l'oubli, des maisons de retraite, mais toujours avec douceur. Et ça fait mouche: le film se permet ainsi des ruptures de ton surprenantes et réussies, basculant entre l'absurde, le merveilleux et le quotidien en un tournemain. A cet égard, la visite d'une entreprise de pompes funèbres (tenue par un Michel Vuillermoz pince-sans-rire et pompeux en diable) fait preuve d'une poésie charmante et profonde, visuellement très inventive. Au final, rien ne pêche: le rythme du film est soutenu (même si le quart final y va un peu pépère), les dialogues sont justes et bien sentis, les comédiens inventifs. Bref, ça faisait longtemps qu'on n'était pas sorti d'aussi bonne humeur d'un enterrement ! La Petite Venise Fable lumineuse et délicate sur l’identité culturelle, ‘La Petite Venise’ accomplit l’exploit d’apaiser en quelques plans le plus échauffé des spectateurs. A travers le microcosme d’une petite ville de pêcheurs, Andrea Segre filme avec un onirisme saisissant cette Italie froide et pluvieuse grignotée par une mer grise et irréelle, loin des représentations que l’on s’en fait traditionnellement. Pourtant, dans le brouillard comme en plein soleil, sa petite Venise est tout simplement sublime, collection poétique de scènes et de paysages lagunaires. L’histoire, dont il faut saluer la sobriété, raconte la complicité mêlée de fascination entre une immigrée chinoise récemment débarquée et un vieux pêcheur yougoslave, installé là depuis trente ans et poète à ses heures. Unis par leur solitude, leurs origines exotiques et leur amour de la poésie, ces deux-là nouent rapidement une amitié attendrissante qui finit par gêner leurs communautés respectives. Car ce long métrage cache aussi une ambition documentaire, témoignant de la xénophobie latente en Italie réveillée par les récentes vagues d’immigration. Malgré une fin maladroite diluée dans des ressorts scénaristiques superflus, on oublie les légères imperfections du film grâce à l’interprétation touchante des acteurs et la beauté, submergeante, des images. Je sens le beat qui monte en moi Connaissez-vous Serge Bozon ? Ancien critique pour Trafic et les Cahiers du cinéma, acteur à ses heures chez Cédric Kahn, les frères Larrieu ou Valérie Donzelli, il est aussi le réalisateur d’une réjouissante ode au garage-rock (‘Mods’ en 2003), dont l’esprit semble avoir totalement contaminé ce moyen métrage (32 minutes) de Yann Le Quellec. Bozon y interprète un fan des sixties, collègue amoureux d’une jeune femme esclave de la danse (Rosalba Torres Guerrero) : dès qu’elle entend deux notes de musique, celle-ci se met en effet à danser, perdant vite complètement le contrôle de son corps. Evidemment, ça affecte le quotidien, étant donné que la musique se trouve partout. Sur cette trame assez surréaliste viennent se glisser des références ludiques au cinéma, souvent avec humour et autodérision (comme lorsque le personnage de Bozon tente de mimer « la fontaine de Trevi de 'La Dolce Vita' » avec le jet d’eau de ses essuie-glaces), et surtout une BO vintage comme on n’en avait sans doute pas entendu depuis ‘L’Apollonide’ – avec, notamment, une mémorable scène de danse sur ‘The Snake’ d’Al Wilson. Burlesque et graphique, évoquant parfois Tati ou Demy, ‘Je sens le beat qui monte en moi’ est, en plus, léger et court... Ça ne se refuse donc pas. L'Assassin, version restaurée Voilà un film de plus d’un demi-siècle (1961), qui pourrait pourtant donner une leçon à bien des polars récents. Suspens, élégance, humour ; avec évidemment du jazz vintage bien senti… Comme dans les meilleures histoires, l’idée est à la fois simple et suffisamment suggestive pour tenir l’ensemble du récit : Alfredo Martelli (Marcello Mastroianni), trentenaire italien, antiquaire à Rome, se voit accusé du meurtre de sa maîtresse – enfin, d’une de ses maîtresses, car Marcello est quand même super beau gosse. Il clame son innocence, d’abord avec distance, puis agacement, pour finir dans une situation qui évoque presque l’absurdité de celle de Jospeh K. dans ‘Le Procès’ de Kafka. Le film d’Elio Petri suit son arrestation, sa garde-à-vue et ses interrogatoires, entrecoupés de flash-backs explicatifs. Une construction narrative, faite d’allers-retours, qui se révèle solide et parfois extrêmement bien exécutée, notamment lorsque passé et présent se mêlent dans un même plan-séquence. Cette invention d’une temporalité hybride, où les souvenirs de Martelli croisent le regard truculent mais sévère du commissaire Palombo (Salvo Randone), témoigne de la réussite générale de la mise en scène, malgré quelques (rares) maladresses de montage. Surtout, Mastroianni parcourt le film avec une classe de beau salaud assez folle. Et il parvient par son charme à nous faire suivre avec compassion son personnage veule, qui se rend peu à peu compte d’un profond sentiment de culpabilité refoulé. Mais toujours avec décontraction.  Un bon vieux polar comme ça, ça ne se refuse pas. Journal de France Difficile de résumer l’ampleur de l’œuvre de Raymond Depardon, cinéaste, photographe, fondateur et directeur de Gamma, voyageur, journaliste… Qu’il sillonne les campagnes françaises (‘Profils paysans’), décortique le travail quotidien de la justice (‘10è Chambre, instants d’audiences’), d’un asile psychiatrique (‘San Clemente’) ou les stratégies de conquête du pouvoir politique (‘1974, une partie de campagne’ – sur un Giscard candidat à la présidentielle qui, fraîchement élu, en interdira la diffusion), toujours Depardon impressionne par la pertinence éthique de son regard. Plus concrètement, le dispositif du film, juste et touchant, fait alterner deux espaces-temps. Le premier : des séquences où Depardon photographie, au jour le jour, des villages de France, avec un appareil à plaques argentique assez antédiluvien. Devant la caméra, sa parole est profonde, directe, et laisse de l’espace au regard, à la réflexion du spectateur. Souvent, cet héroïsme humble et contemplatif de Depardon lui confère une admirable manière d’aller au fond des choses – c’est-à-dire, au sens propre, à leur matérialité. L’autre partie du film, enchassée dans ce documentaire sur le photographe, consiste en un montage de rushes accumulés par Depardon-cinéaste depuis 1969. Cette sélection d’extraits inédits, il l’a confiée à Claudine Nougaret, sa compagne et ingé-son depuis 25 ans. Comme on pouvait s’y attendre, ces fragments oubliés se révèlent très riches. Par leur variété, leurs thèmes, leurs mouvements… Mais surtout, à travers cette présence de Claudine Nougaret (qui commente également les archives en voix-off), ‘Journal de France’ finit par recouvrir une dimension amoureuse, non seulement entre un homme et une femme, mais entre la prise de vue et le montage, les images d’hier et de la voix-off d’aujourd’hui, les couleurs et les sons, l’actuel et le souvenir… Bref, on ressort immanquablement frustré que tout cela ne dure qu’une petite heure quarante. Une telle odysée aurait mérité de s’étendre sur des heures ! Aussi, malgré sa tonalité conclusive, ‘Journal de France’ constitue une touchante introduction personnelle, pudique et dynamique, à l’œuvre de Raymond Depardon et à sa quête de réel. Maître du regard, sans jamais un regard de maître. On a envie de dire : chapeau. Le Grand Soir Malgré son titre et la réputation des deux réalisateurs, il ne faudrait pas prendre ce cinquième long métrage pour ce qu’il n’est pas : un énième film militant se servant de la misère sociale pour nourrir son intrigue. Ici tout et tous sont tournés en dérision, de l’ordre à la morale, des Chinois aux gros, jusqu’à la Révolution – « Il est temps que la meute hurle, parce qu’on est tous des punks à chien », lance Not (Benoît Poelvoorde) au micro de l’accueil d’un supermarché, avant de pousser quelques cris douillets lorsque des vigiles le saisissent. Delépine et Kervern privilégient en effet l’humour envers et contre tout, préférant soulever l’absurdité de nos modes de vie et de consommation plutôt que de les dénoncer avec morgue en proposant de fausses solutions. A ce titre, Jean-Pierre Bonzini (incarné par Albert Dupontel) a tout de la figure symbolique du déclassé qui a essayé un temps de se conformer aux codes et règles du monde dans lequel il vit – tandis que son frère Not n’en faisait qu’à sa tête, ayant décidé de ne pas perdre sa vie à la gagner. Si au départ deux représentations de la société s’opposent au sein de la fratrie, le licenciement de Jean-Pierre va rapidement faire sauter le fusible qui le maintenait parmi les gens fréquentables. Not devient alors son mentor, lui apprenant à désapprendre, à vivre enfin dans le présent sans plus se soucier ni du passé ni de l’avenir. Le propos peut paraître simpliste, mais il s’avère au final bien plus ambigu que prévu, loin d’un discours sur la liberté à tout prix ou d’un éloge des clochards (pas si) célestes. Comme si Kervern et Delépine voulaient seulement nous faire comprendre d’autres vies que les nôtres – pas plus reluisantes, juste différentes – et surtout partager le plaisir qu’ils éprouvent à faire des films. En commençant par le casting fou qui réunit quantité de gueules et de personnages du « showbiz » français : Bouli Lanners en agent de sécu, Brigitte Fontaine et son mari Areski Belkacem en parents un brin largués (et gérants du resto la Pataterie), Gérard Depardieu devenu voyant (uniquement dans des verres de saké), Noël Godin, Yolande Moreau, Didier Wampas, etc. Et même si le film ne conduit a aucun épilogue, aucune morale de conte de fées (tant mieux pour nous), le propos laisse sa trace sur le spectateur, d’abord saisi par l’humour corrosif et parfois très noir, puis touché par l’acuité des portraits. On ne peut s’empêcher de penser à ‘Mammuth’ (des mêmes réalisateurs) ou ‘Enfermés dehors’ de Dupontel. Comprendre : les fans adoreront, les autres resteront de marbre. Les Femmes du bus 678 « Prends garde au sexe faible », chante la radio dans la première scène des ‘Femmes du bus 678’. Pourtant dans ce film, difficile de savoir de qui il faudrait le plus se méfier. Des femmes voilées, pour leurs idées rétrogrades qui assassinent la modernité ? Des autres, pour leur beauté aguicheuse et leurs cheveux longs qu’elles ne tentent même pas – ces provocatrices – de dissimuler ? De ces porcs qui montent dans des bus bondés uniquement « pour faire frotti frotta » ? Des mères, qui empêchent leurs filles de porter plainte pour préserver leur réputation ? Ou des maris aimants, qui malgré leurs attentions et leur bonne volonté, finissent par regarder, impuissants, leurs femmes se faire violer ? ‘Les Femmes du bus 678’ est le récit amer d’une société égyptienne pourrie jusqu’à la verge, où des femmes frustrées, harcelées, violées, déchirées, perdent la raison à force de s’être laissées faire. Des femmes qui ne sont en sécurité nulle part, ni dans la rue, ni dans le bus, ni au travail, ni au téléphone, ni même avec leur propre mari. Des femmes obligées de mordre à pleines dents dans un oignon cru pour dissuader leur époux de les pénétrer. Des femmes obligées de demander à l’homme qu’elles aiment de les répudier. Oui, le film de Mohamed Diab est profondément féministe. Certes, les jeux d’acteurs ne sont pas toujours transcendants, et la mise en scène se fait parfois hésitante. Mais ce sont surtout son refus radical de tout manichéisme et sa capacité à bousculer les tabous avec humour et violence qui font de ce long métrage un sublime manifeste pour les droits des femmes. Car celles de ce bus-là ont beau être égyptiennes, et faire face à un système juridique archaïque où l’agression sexuelle n’est même pas reconnue comme un délit, leur histoire n’en reste pas moins universelle. Mélodie pour un tueur, version restaurée Œuvre-maîtresse mais méconnue du scénariste-réalisateur James Toback, ‘Mélodie pour un tueur’ (1978) ressort en salles et en version restaurée après avoir fait l’objet d’un remake fameux en 2005 : ‘De battre mon cœur s’est arrêté’ de Jacques Audiard. Entre les deux films, on remarque que l’histoire est restée sensiblement identique, ainsi que la plupart de ses scènes-clefs. Comme Romain Duris dans le film d’Audiard, Harvey Keitel incarne dans cette version d’origine un pianiste talentueux doublé d’une petite frappe, déchiré par ses aspirations contradictoires. Mais moins léché que son remake, ‘Mélodie pour un tueur’ apparaît vite plus âpre – avec une scène finale limite gore – et, surtout, plus sexuel. La délicieusement farouche Lisa Marrow (sœur de Mia) y est sans doute pour quelque chose. En face, Keitel bouillonne, son personnage alternant entre le raffinement musical d’un Glenn Gould (que l’acteur singe parfois ostensiblement), une violence sourde de mafieux et une sensualité trouble, à la fois violente et candide. Au final, plus qu’une simple curiosité, ‘Mélodie pour un tueur’ se révèle un polar marquant sur le New-York de la fin des années 70, doté d’interprètes impressionnants, d’une réalisation sèche et du rythme implacable d’une tragédie moderne. En deux mots, voici donc une résurrection bienvenue.

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Des restos pour les jours de pluie

Des assiettes de caractère Des bretonnes, des basques, des auvergnates, de celles qui ne font pas dans la dentelle mais qui nourrissent et qui réchauffent les cœurs, à grands coups de bifteck et de plateaux de fromages. Des assiettes pour voyager Si le ciel parisien fait grise mine, autant mettre un peu de soleil dans son menu. Du Japon au Maghreb, en passant par les Etats-Unis ou l'Italie, voici quelques adresses pour s'évader sans sortir de table.

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Des spectacles pour l'été

Parce qu'il n'y a pas qu'Avignon qui brûle les planches Au mois de juillet et pour les deux mois d'été, le théâtre a tendance à s'exiler sur d'autres terres. Vers le sud, là où, depuis les fauteuils carmin, on entend les cigales chanter ou ailleurs pour vibrer à l'air libre. La scène théâtrale parisienne perd alors un peu de son entrain : les intermittents ont eux aussi besoin de vitamine D. Allez on ne désespère pas, l'été réserve quand même quelques bons spectacles dans la capitale. Les étés de la danse La magie chorégraphique de Paul Taylor et Alvin Ailey enfin à Paris Deux compagnies sinon rien. Alvin Ailey et Paul Taylor viennent enflammer les planches de Chaillot et du Châtelet cet été. Place à la danse. Paul Taylor Dance Company Du 19 au 28 juin. Paul Taylor n'était pas venu à Paris depuis douze ans. Ayant fait ses premiers pas il y a plus d'un demi-siècle aux côtés de la grande Martha Graham, cet Américain, pionnier de la modern dance, a chorégraphié pas moins de cent trente-cinq spectacles. Désormais octogénaire, il présente à Chaillot treize ballets, dont certains pour la première fois à Paris. Entre classique et contemporain, queues de pie et masques futuristes, Taylor transforme les clivages sociaux en autant de scissions visuelles, opposant hommes et femmes, couleur et noir et blanc, grâce et grimace, tandis qu'en fond sonore se côtoient musique baroque et tambours primitifs. Lire la suite Le Grand C La représentation commence dans une poignée de minutes à peine. Et la file des spectateurs serpente le long du chapiteau. Un œil sur le programme et vous voilà informés que les dix-huit acrobates de la compagnie XY ont réalisé, depuis 2009 et la création du spectacle 'Le Grand C', 82 000 saltos, 44 000 colonnes à trois, quatre ou cinq. On y apprend aussi que les voltigeuses ont passé 113 400 secondes en l’air et 5h15 en apesanteur. Autant de chiffres qui ne laissent rien présager de la poésie de l’instant à vivre. Et pourtant… De ce spectacle qui ne repose que sur des portés acrobatiques à géométrie variable, les XY font jaillir émotions et sensations. Lire la suite Notre Commune On ne compte plus le nombre de squelettes dans le placard de l’Histoire de France. Entre mémoire et oubli, le pouvoir politique a souvent manipulé ce bien commun, se plaçant sous l’égide d’hommes célèbres et respectés (Guy Môquet récemment) ou simulant une durable crise d’amnésie. La Commune, épisode des plus symboliques pour une large part de la gauche française, est de ces événements qui ne figurent pas dans les manuels scolaires. En fait, peu de Français (et donc de Parisiens) semblent connaître au moins quelques aspects de « la dernière des Révolutions » et de la répression féroce qui y mit un terme. Lire la suite Un été à la Loge Le Summer of Loge fait le plein de théâtre Avant des vacances bien méritées, la Loge nous gratifie courant juillet d'une excellente dernière salve de spectacles. Le Summer of Loge ou comment pallier efficacement la baisse de fréquentation des théâtres en période estivale. Des concerts, des spectacles, des apéros, des soirées pyjama et des DJ sets pour sortir les planches de la torpeur. Pour sa troisième édition, le temps de neuf soirées (du mardi au jeudi, deux spectacles par soir), six des compagnies de la saison précédente viendront présenter une forme courte (entre 30 et 40 minutes). Après « Frontières » en 2011, c'est « Lien et filiation » qui a été choisi par l'équipe artistique comme thème de ce cru 2012. Lire la suite Maniac Vous connaissez par cœur les sketches de Florence Foresti et vous ne pouvez plus voir Anne Roumanoff en peinture ? Pas de panique, la relève est peut-être là. Après avoir écumé les scènes ouvertes parisiennes, Carole Guisnel a lancé en 2009 'Maniac', premier one-woman show gonflé à l’autodérision (et à la musique de 'Flashdance'). S’inspirant de ses propres échecs et humiliations, cette jeune comédienne allumée de la mèche fait preuve d’un humour impertinent et rafraichissant mêlant sketches écrits et improvisation. Lire la suite King Kong Théorie « J'écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n'ont pas envie d'être protecteurs, ceux qui voudraient l'être mais ne savent pas s'y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés. Parce que l'idéal de la femme blanche séduisante qu'on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu'il n'existe pas » écrit la sulfureuse Virginie Despentes, en ouverture de son essai féministe ‘King Kong théorie’. Lire la suite 23e Paris quartier d'été Du canal de l’Ourcq à Aubervilliers en passant par les Tuileries, le festival Paris quartier d’été constelle la capitale d’événements culturels de choix. Du 14 juillet au 11 août, les Parisiens pourront ainsi découvrir du théâtre de rue, du cirque, de la musique, du cinéma ou encore de la danse. Un festival qui s’invite partout (dans des églises, des piscines ou encore sous des tentes) pour nous faire découvrir des lieux souvent méconnus du public. Les plus aventureux pourront ainsi assister à la ‘Cavale’ de Yoann Bourgeois au chemin de Halage à Pantin ou à la valse de Sharon Fridman aux Terrasses de l’Arche à Nanterre. Lire la suite La Chambre d'Isabella Créée en 2004 au Festival d’Avignon, ‘La Chambre d’Isabella’ de Jan Lauwers n’en finit plus de tourner aux quatre coins du monde. C’est dire si ce spectacle transgenre a su séduire le public. Isabella Morandi, vieille dame aveugle de 94 ans, remonte le fil de sa vie dans une chambre jonchée de secrets et d’objets-talismans, souvenirs hétéroclites et exotiques d’Egypte et d’Afrique noire. Un cabinet de curiosités où déferlent les fantômes du passé. Dans un va-et-vient incessant se croisent ses parents adoptifs, Arthur et Anna, ses amants, les ambassadeurs de ses lobes frontaux droit et gauche et de sa zone érogène, et enfin son vrai père, un prince du désert. Lire la suite

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