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La Métairie Bruyère, un lieu d’exception à découvrir près d’Auxerre

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Du 18 juin au 24 septembre, ce Centre d’Art Graphique à 90 minutes de Paris accueille l’exposition du célèbre street artiste Speedy Graphito. L’occasion de visiter ce petit coin de paradis arty.

On peut parfois penser que c’est à Paris que sont établis les plus beaux centres de culture et de production d’art. Mais on se trompe ! En un tour de train, on se rend vite compte que la capitale n’a pas le monopole de l’ardeur artistique. La Friche la Belle de Mai à Marseille, Le Plateau de Lyon, La Condition Publique à Roubaix et surtout La Métairie Bruyère de Parly, dans le département de l’Yonne, sont autant de lieux qui le nous le prouvent très clairement.

L’artisanat est l’avenir de l’art

Epanouie au sein de la campagne parlycoise, pays de Colette, dans un ancien corps de ferme typique de la région, La Métairie Bruyère ressemble à une oasis de création pluridisciplinaire au cœur d’un désert vert. Avec ses huit bâtiments en pierre abritant chacun un mode d’impression artisanal, sa deudeuche dans la grange et ses deux chiennes docilement étendues dans la cour gravillonnée, l’endroit paraît hors du temps. Pourtant, ce complexe unique en Europe s’avère extrêmement visionnaire, si ce n’est être l’avenir.

Dans l'atelier de typographie
© C.Gaillard

© C.Gaillard

© C.Gaillard

© C.Gaillard

Lithographie, gravure sur pierre ou sur plaque de cuivre, presse Gutenberg, estampe… Alors que ces techniques connaissent un regain d’intérêt de la part des artistes de tous genres et de toutes renommées, La Métairie rassemble en un seul et même lieu la plupart de ces méthodes de fabrication, parmi les plus pérennes mais aussi les plus délicates. Un savoir-faire à l’ancienne qui a par exemple séduit Hervé Di Rosa, Miss.Tic, la mouvance CoBrA, Miro en son temps et Speedy Graphito plus récemment. C’est d’ailleurs parce qu'il a réalisé nombre des œuvres présentées dans son dernier solo-show à La Métairie que le street artiste a choisi d'y exposer sa rétrospective.

Sérigraphie de Speedy Graphito dans les ateliers de La Métairie
© C.Gaillard

Une histoire familiale, de cœur et de création

Outre le cadre idyllique de l'endroit ainsi que la diversité de compétences à expérimenter sur des machines d'époque rachetées de-ci de-là et dans un état de conservation époustouflant – comme une presse J. Voirin de huit tonnes ! –, c'est l'ambiance profondément chaleureuse qui attire tous ces virtuoses en quête d'authenticité, humaine mais aussi professionnelle. Car, si l'isolement géographique inspire et ressource ceux qui viennent ici en résidence d'artistes, personne ne s'y sent esseulé. Pour cause : c'est tout un clan qui veille discrètement sur le bien-être de ses visiteurs. Des hôtes reçus comme des rois, sans distinction, quels qu'ils soient. 

Presse J. Voirin de 8 tonnes !
© C.Gaillard

Ce clan, c'est celui de Robert Dutrou et de son épouse Lydie, fondateurs de cette exploitation « articole ». Employé chez l'éditeur et graveur Lacourière puis à la Fondation Maeght, Robert a travaillé aux côtés de grands noms de l'art contemporain comme Picasso, Ernst, Calder ou son grand ami Joan Miro avant de se mettre à son compte en fondant la Métairie Bruyère et les Editions R.L.D.

Aujourd'hui, Robert n'est plus mais sa mémoire perdure puisque sa fille Corinne et son gendre Christian ont repris l'affaire, assistés d'acolytes de confiance tel Sébastien. Une petite équipe soudée autour d'un beau et vaste projet, qui s’accompagne (depuis 1994) de l’association caritative « Aux quatre vents de l’art », œuvrant pour la promotion de l’art auprès du jeune public et des personnes handicapées notamment. Bref, bien qu'il y ait plus de bâtiments que de bonnes âmes pour faire tourner cette formidable entreprise, rien ne semble pouvoir gripper cette machine qui carbure à l'huile de coude et à la générosité.

Le mécanisme de la presse en action.
© C.Gaillard

© C.Gaillard

"Wall of Fame" de tous les artistes passés à La Métairie.
© C.Gaillard

En parlant de générosité, sachez que si vous passez par La Métairie, vous trouverez toujours quelqu'un pour vous faire la visite guidée. Car, ici, tout le monde a droit au traitement de faveur ! Nous, notre démonstration privilégiée, c'est Sébastien qui l'a menée. Dans l'abri dédié à la typographie, où flotte une odeur d'encre, de bois et de papier comme dans les écoles du siècle dernier, il n'hésite pas à nous déballer sa réserve de caractères au plomb, la plus importante de France.

Autre bâtiment, autre odeur : au milieu des affiches de Gaumont et des lithographies de Toulouse Lautrec, il nous explique en détail comment graver un dessin à l'envers, avec un miroir et un crayon gras, sur une pierre poreuse que l'on plonge ensuite dans un bain d'acide. Grâce à Sébastien, nous faisons également connaissance avec la « bête à cornes », nous admirons les pigments naturels utilisés, qui donnent des teintes si vives et si durables, et testons même la « Presse Miro », spécialement conçue pour l'artiste dont les œuvres faisaient plus de deux mètres sur un mètre.

Sébastien expliquant le procédé de la lithographie.
© C.Gaillard
"La Miro", presse créée spécialement par l'équipe de La Métairie pour l'artiste Joan Miro, ami intime de Robert Dutrou.
© C.Gaillard

Il faut dire que « le plus important ce n'est pas la technique, mais l'artiste ». Telle est la doctrine de La Métairie énoncée par Christian. Ainsi, les outils et le savoir-faire du lieu ne cessent d'évoluer au gré du style, des idées insolites et des demandes de prime abord impossibles à concrétiser de ces êtres hautement créatifs que sont les artistes. Savoir les conseiller sur un procédé, le leur enseigner, le réinventer avec eux et s’adapter à leur univers, souvent tout numérique : le service est aussi rare que précieux, voire carrément introuvable à Paris. Et ça, Speedy l'a bien compris...

Exporter son art en province : la vraie bonne idée ?

Alors que beaucoup d'artistes opèrent le chemin inverse, Speedy Graphito – dont la carrière florissante n'a plus rien à prouver au marché de l'art – a délaissé les galeries parisiennes pour la province, souvent considérée (à tort !) comme culturellement pauvre. Et à rétrospective exceptionnelle, lieu d’exception : pour retracer trente-trois ans de création en 150 œuvres, c’est donc La Métairie que l’artiste a choisie, investissant pas moins de deux bâtiments ainsi que la cour. 

Tout commence au premier étage de l’espace d’exposition. Là, sur 130 mètres carrés, se dévoile la genèse des travaux de Speedy Graphito. De sérigraphies datant de 1989, rehaussées à la main par l’artiste pour en faire des œuvres semi-originales, en éditions résine du fameux Lapinture – personnage zoomorphe créé par l’artiste aux alentours de 1985 et allégorie, selon lui, du troisième art –, on refait le fil de ses plus célèbres productions, à l’image de Blanche-Neige croquant la pomme d’Apple. Mais on en découvre aussi de nouvelles, comme ces xilogravures au tracé tribal, ce logo imaginé pour la mission spatiale Altaïr ou encore le Radeau de la Méduse repensé – preuve que les inspirations de Speedy ne lui viennent pas seulement de la pop-culture mais aussi du classique.

© C.Gaillard

Le Lapinture dans « Seul au monde » Lithographie originale sur vélin de Rives Format 47 x 37 cm 2014 - Numérotés et signés au crayon par SG. 60 ex
© Speedy Graphito

On descend ensuite d’un niveau mais on monte d’un cran avec des œuvres plus récentes, pour la plupart réalisées à La Métairie, entre 2009 et 2017. A la fois thématique et chronologique, le parcours se jalonne de petits bijoux surprenants de technicité tel ‘Fragile Paradise’, mélange de gravure à l’aquateinte, de lithographie et de collages minutieux.

« Prime Time » Lithographie originale sur vélin de Rives – Format papier 55 x 74 cm 2010 - Numérotés et signés au crayon par Speedy Graphito. 12 passages lithographiques
© Speedy Graphito

Un côté manuel cher au cœur de Speedy Graphito repris dans l’atelier de gravure où seront présentés les BAT (Bons A Tirer), les épreuves intermédiaires et les maquettes annotées de ses œuvres, offrant aux curieux de s’immerger dans les coulisses de la création. Avant de la vivre en direct grâce à une exposition des plus belles fresques de l’artiste à l’extérieur, mais également par le biais d’ateliers prévus pour les plus petits. Car l’aspect ludique constitue une caractéristique fondamentale de l'œuvre de Speedy Graphito, ce grand enfant depuis plus de cinquante ans.

© Atelier RLD

© Atelier RLD

Quoi ? • Speedy Graphito - Rétrospective d'Edition d'art.
Où ? • A La Métairie Bruyère, Le petit Arran, 89240 Parly.
Quand ? • Du 18 juin au 24 septembre 2017.
Combien ? • Exposition seule gratuite. Avec visite guidée, 3 € par adulte et 1,50 € pour les enfants de moins de 15 ans.

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