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Alvina Ledru-Johansson
Christophe Meireis

La Parisienne de la semaine : Alvina Ledru-Johansson

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Macho, le milieu de la gastronomie ? En lançant Culs-de-Poule, nouveau média digital, la journaliste Alvina Ledru-Johansson, 29 ans, entend bien faire évoluer les choses.

"Citez 50 acteurs de la foodVous avez 1 minute 30 ! Maintenant, citez 50 actrices de la food. Vous avez quatre heures !" Partant de ce constat criant, Alvina Ledru-Johansson, diplômée d'un CAP cuisine chez Ferrandi et ex-rédactrice en chef adjointe de My Little Paris, décide de lancer en avril 2019 Culs-de-Poule. Kezako ? Le premier média digital destiné à "montrer l’éventail de femmes et de métiers" dans le milieu de la gastronomie, avec pour but d'offrir "de nouveaux modèles féminins en qui se reconnaître et se projeter" mais aussi de "créer une communauté solidaire". Ses héroïnes ? Des sommelières, agricultrices, cheffes "confirmées ou débutantes". A regarder le palmarès des Michelin et Gault & Millau, on a souvent l’impression qu’il n’y a pas assez de femmes en cuisine, en cave ou en salle. "Pourtant, elles sont bien là, il faut juste les rendre plus visibles", assène Alvina Ledru-Johansson. Interview.

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Comment est venue l'idée de ce projet ?

Après mon CAP cuisine, j’ai fait un an de stages en entreprise, et j'ai pu voir l'intérieur des cuisines et l'ambiance : le bon côté comme le mauvais. Le sexisme, la violence verbale et physique, mais aussi l'entraide, la passion… Je suis restée en contact avec les nanas qui étaient avec moi en CAP, qui me racontaient les horreurs qu'elles vivaient. Mais dans les journaux, à la une des magazines, je ne voyais que des chefs – hommes – encensés, sans jamais parler des problèmes, ni même de l'ambiance propre à ce milieu. Je me suis donc dit qu'il y avait quelque chose à faire : créer un média entre la presse pro et la presse grand public, centré sur les femmes pour qu'elles aient enfin une couverture médiatique. 


Ça me fait penser un peu à la démarche de la cheffe
Camille Aumont-Carnel, à la tête du compte Insta @jedisnonchef, qui raconte “vraiment ce qu’il se passe dans les cuisines de vos restaurants préférés”.

Avec Camille, on s'est connues à Ferrandi, on a fait notre CAP cuisine ensemble ! On avait un groupe de super nanas, c'était d’ailleurs la première fois qu'il y avait autant de femmes dans cette section : 10 sur 14 ! On avait toutes un point commun : on était des grandes gueules à dire ce qu'on pensait et à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Chose qui est assez compliquée en cuisine… Et puis on se marrait énormément ensemble. Dans les vestiaires, avant et après nos cours de cuisine, c'était toujours le gros bordel ! Sans parler de toute la bouffe qu'on a ingurgitée pendant un an ensemble (je pense que Camille choppe la médaille d'or là-dessus).

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Va chier. #jedisnonchef #balancetonporc #metoodelarestauration #metoo

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Camille m'a parlé de son envie de lancer un compte qui dénonce les violences en cuisine pile au moment où je bossais sur le lancement de Culs-de-Poule. C’est vraiment génial qu'une personne influente comme elle prenne les choses en main, quitte à se griller complètement dans la profession. On aborde le problème de façon différente elle et moi : elle, elle dénonce, rentre dans le lard, montre le négatif ; moi, je suis plutôt à contrebalancer le négatif par le positif, en espérant que les femmes prennent confiance en elles, et qu'elles s'inspirent de tous ces modèles de femmes fortes, passionnées et motivantes que je leur présente. Mais en tout cas, on a toutes les deux le même objectif : que les choses changent. Et rapidement.

Quelles autres initiatives similaires t'ont inspirée ?

Cheffes : 500 femmes qui font la différence dans les cuisines de France, d'Esterelle Payany et Vérane Frédiani, m'a boostée comme jamais ! Ces deux journalistes ont balancé un pavé dans la mare en disant : ça suffit, on arrête de dire à longueur d'articles que les femmes en cuisine sont difficiles à trouver. Il suffit de faire son boulot de journaliste et de chercher. Toujours chez Nouriturfu, Sandrine Goeyvaerts a sorti Vigneronnes : 100 femmes qui font la différence dans les vignes en France. Et Nora Bouazzouni a écrit Faiminisme, un fantastique travail de recherche qui permet de mettre des mots sur des problèmes qu'on subit tous les jours en tant que femme, et surtout d'en prendre conscience pour pouvoir prendre le recul nécessaire et faire changer les choses.

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Après, on peut citer le docu de Vérane Frédiani, à voir absolument : A la recherche des femmes chefs. Et A.F.F.A.M.E.E.S, le collectif de femmes autour d'Amandine Chaignot (avec, entre autres, Anaïs Delon et Emilie Fléchaire), le travail de l'agence F[l]ammes, qui propose des portraits de femmes cheffes… Il y a des associations de femmes qui voient le jour, Elles Sont Food ! ou Women Do Wine.

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Anto Cocagne est l’une des Cheffes qui agite la gastronomie africaine en France. Cheffe à domicile et présentatrice de l’émission « Rendez-vous avec le Chef Anto » sur Canal + Afrique, elle est aussi présidente et fondatrice du festival We Eat Africa dont la deuxième édition, à Dakar, était consacrée aux Cheffes en Afrique. Son objectif, valoriser et faire rayonner la cuisine africaine en France et dans le monde. En Afrique, elle inspire déjà de nombreux jeunes ! 📸 : @lechefanto • • • • • • • • #cheffeafricaine #weeatafrica #femmesencuisine #femmerestauratrice #femmecheffe #femme #entreprenariatfeminin #cheffe #entrepreneure #femmeinspirante #inspiration #entrepreneuse #restaurant #paris #food #talent #restauratrice #agenceflamme #agenceconseil #conseil #conseilrestauration #antococagne #cuisineafricaine #afrique

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Quels ont été les retours à ce jour ?

Pour l'instant, les retours sont ultra-positifs et ça motive énormément. Journalistes, passionnés, professionnels… Les gens ont conscience que les choses doivent changer, que les médias doivent parler des femmes mais aussi des problèmes, montrer le quotidien de ces professions qui sont loin de L'amour est dans le pré et de Top Chef. Pour l'instant, le seul retour négatif que j'ai eu est sur le nom. Ce que je comprends. On peut être mal à l'aise avec le nom et la tagline (« Bonnes femmes et bonne bouffe »), qui peuvent sembler sexistes. Mais les femmes interviewées trouvent ça très drôle, c'est le principal ! 

Culs-de-Poule, c’est quoi aujourd’hui ?

Pour l'instant, le média se développe sur Instagram, c'est un support très pratique : court, dynamique, permettant des échanges directs. Quand la communauté sera suffisamment importante, le site proposera des sujets plus longs, notamment des interviews et reportages. La newsletter, mensuelle, sera quant à elle l'occasion de faire une revue de presse des articles parlant des femmes des métiers de bouche, mais aussi un support de réflexion sur comment améliorer les conditions des femmes dans ces milieux.

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@soniaezgulian a créé la rubrique gastronomie à Paris Match, tenu le restaurant L’Oxalys à Lyon, écrit une cinquantaine de livres de cuisine. Elle s’apprête à sortir Vivre(s), un livre financé par crowdfunding. Rencontre à Lyon. • Comment est né ce livre ? Je m'aperçois depuis quelques années sur Instagram que les posts qui touchaient le plus les gens, qui suscitaient le plus de commentaires et d'enthousiasme étaient ceux du retour du potager. Le potager est absolument essentiel à ma vie, ma grand-mère était maraîchère, mon papa a toujours fait un potager pour lui, pour la famille. J’ai besoin d'y aller chaque semaine. Quand je ne suis pas en forme j'y vais, ça fait tout : ça soigne les chagrins, ça donne de l'énergie, des fois on a juste besoin d’y prendre un café. Je dois gratouiller la terre, marcher dedans, voir ce qu’il se passe… • Pourquoi le crowdfunding ? Je ne l'ai pas tout de suite senti, mais j'ai compris que les compromis avec une maison d’édition allaient être compliqués. Tout me paraissait être une montagne à gravir. Ce livre, c'est l'histoire de mon papa, de ma maman, et c'était important de pouvoir mettre en forme les choses en respectant notre univers : d'où le crowdfunding. • D’où vient l’inspiration ? Je me suis rendue compte que beaucoup de choses venait du potager : j'y prenais des notes, j’y avais des envies, il était rythmé d'instants. On se retrouvait sous le figuier, on y épluchait des légumes à plusieurs et on papotait, on déjeunait ensuite, on faisait la sieste, il s’y passait toujours plein de choses. C’est quand même une jolie histoire, pourquoi pas la partager ? • Il aura fallu à Sonia des photos, des discussions, le soutien de son mari pour se lancer. Aujourd’hui elle vous propose Vivre(s) avec des recettes de marché, des astuces, des histoires, des photos. • 📸Emmanuel Auger #bonnefemme #culsdepoule #livredecuisine #bonnebouffe #kisskissbankbank

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Les internautes peuvent-ils collaborer à Culs-de-Poule ?

Bien sûr ! L'idée est d’en faire un média participatif et de faire connaître le plus de femmes possible, surtout celles qui ne sont pas du tout médiatisées. Elles n'ont pas besoin d'avoir un poste à responsabilités : j'ai déjà interviewé des commis de cuisine par exemple. Il suffit de commenter les posts sur Insta, d'envoyer un message privé sur le compte, ou bien par mail : alvina@culsdepoule.fr en présentant dans les grandes lignes la professionnelle : son métier, son établissement, son parcours, pourquoi elle peut être intéressante.

Culs-de-Poule : abonnement gratuit en ligne ici. Et pour suivre le média sur Insta c’est par là !

A DEVORER SANS MODERATION :

  • Vérane Frédiani et Estérelle Payany Cheffes : 500 femmes qui font la différence dans les cuisines de France (éditions Nouriturfu)
  • Vérane Frédiani, Elles cuisinent (Hachette Pratique)
  • Nora Bouazzouni, Faiminisme (Nouriturfu)
  • Sandrine Goeyvaerts, Vigneronnes : 100 femmes qui font la différence dans les vignes en France (Nouriturfu)
  • Vérane Frédiani, le documentaire A la recherche des femmes chefs

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