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Pour fermer dignement le Centre Pompidou, Because Music a organisé deux jours dantesques de fêtes, de concerts et d'art. On vous raconte.

La fermeture de Beaubourg ressemblait un peu au départ à la retraite de Michel Sardou : on l’attend, on l’annonce tous les mois et puis c’est repoussé. Mais cette fois, les 24 et 25 octobre, c’était la bonne, dans tous les sens du terme. Aux manettes de cette cérémonie de clôture de deux jours, le label parisien Because, qui, pour ses 20 ans, a transformé le musée sans murs en un pétaradant festival vertical alignant une belle brochette des artistes de son plantureux catalogue. Petite synthèse de deux jours de bamboche.
Le moment dont on parlera encore quand le Centre Pompidou va rouvrir (dans cinq ans, sur le papier) reste évidemment l’apparition surprise aux platines, dans l’immense hall transformé en dancefloor, de Thomas Bangalter, moitié encore active des Daft Punk. La dernière fois, c’était en 2009 à Los Angeles avec le regretté DJ Mehdi (on n’y était pas). Au hurlomètre et au nombre de portables sortis, le Français, sans casque mais avec casquette, a effacé l’autre invité surprise, l’Anglais Fred Again. (rien que ça !), qui s’était glissé aux côtés de Pedro Winter et Erol Alkan pour un back to back to back to back occupant la parenthèse hors du temps de l’heure de nuit supplémentaire.
Son arrivée sur un sample de Jacques Chirac suivi de “Contact” (de Daft Punk, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même) a marabouté la foule comme jamais. Le reste du set touchait les limites de l’exercice du mix à 8 mains : foisonnant mais un peu décousu – Gil Scott Heron, Chemical Brothers, Donna Summer, Justice, DJ Mehdi, la grosse bass de Fred Again –, on était là pour communier plus que pour danser ! La nuit se montrait bien plus festive que celle de vendredi, très cérébrale sous les auspices belges du label DeeWee de Soulwax.
Le coin le plus chaud de Because Beaubourg ? Le 6e étage, qui condensait les initiatives les plus revigorantes de la fête. Un coin de l’ancien restaurant Georges et sa vue démente sur la tour Eiffel était réservé à des showcases de la jeune garde comme l’afrobeat poisseuse de Midas The Jagaban ou le hip-hop mélodique de RnBoi (qui a vu débarquer sur scène sa productrice, une certaine Aya Nakamura !). Plus loin, un petit food court alignait quelques adresses très validées : les pizzas de Marthe Brejon de Centre Culturel, les bols sri-lankais de Kolam… Et au fond, la super initiative du roller disco mettait tout le monde d’accord. Sous une énorme boule à facettes, des patineurs tournaient sur une piste sonorisée par Mayou Picchu, Myd ou Breakbot et Irfane, les Bigflo et Oli de la house filtrée. Une vraie bonne ambiance populaire avec des enfants qui goûtent, des vieux qui maîtrisent et plein de gens qui tombent en rigolant. On a même vu Sébastien Tellier braver le flot de patineurs pour une photo promo.
La déception ? La partie art vidéo. Annoncée comme une création exceptionnelle, Iris, l’œuvre immersive de Justice ne tenait vraiment pas ses promesses : une vidéo du duo et de leurs machines, à visionner accroupi entre déluge stroboscopique, volume assourdissant et sol tendu de vinyle noir (sur lequel il fallait marcher en surchaussures comme à la crèche pour chercher votre bébé qui a une gastro). Les t-shirts se sont bien vendus sans doute… L’expo de Thomas Bangalter (deux œuvres vidéo qui questionnaient probablement la place de l’artiste) n’arrivait pas non plus à la hauteur de ce qui a été exposé dans cet auguste lieu. Seule ALIAS: A Sensory Exploration signée Shygirl sortait son épingle du jeu avec ses installations dermiques et malaisantes (masque qui pleure, enceinte suante…) autour du corps et de l’identité.
Côté live, il fallait affronter une queue infinie pour rallier la salle de concert en haut d’un unique escalator (car, pour une réelle immersion, pas de passe spécial !). On a fait l’effort le samedi pour le concert habité de Shygirl puis celui de Christine & The Queens mais on a déclaré forfait la veille pour la triplette d’artistes chenus (Keziah Jones, Catherine Ringer et Mariam désormais sans son Amadou), se contentant de les regarder sur écran géant en mangeant un poulet frit de chez Buck. Une vraie ambiance de festival !
Au final, on garde un souvenir impressionné de l’organisation dantesque et maîtrisée de cet événement hors norme, des photos floues de patineurs et des courbatures dans les jambes. On pourra le dire avec fierté : on y était.
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