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Vin naturel : de cool cuvées féministes pour lutter contre le sexisme

Quand la bouteille devient le message

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Écrit par
Tina Meyer
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« Putes féministes », « T'as pas encore rencontré le bon », « Sorcières »… Sur la table, les cuvées font sensation ! Des étiquettes keupon, colorées, rigolotes mais aussi militantes, chantournées par Fleur Godart, qui a le féminisme taquin. Bien connue dans le petit milieu du vin naturel, cette Parisienne fournit en flacons chefs, cavistes et bars branchés, de Paris à Bruxelles.

Le #metoo du vin

Cette série WTF d'étiquettes provoc' lui est venue après plusieurs années « à encaisser des remarques déplacées, sexistes, de la part de vieux machos dans le monde du vin. » Notamment un évènement en particulier, en novembre dernier. Une caricature parue dans En Magnum, magazine spécialisé en vins, dirigé par Michel Bettane et Thierry Desseauve. On y voit une agent de vins, travaillant chez « Poulet Rautiz », tentant de monnayer son corps pour vendre du pif à un caviste dans cette période difficile de crise sanitaire.

Fleur, qui a créé la société Vins et Volailles, y a perçu une attaque directe. Défendue par l’avocat Eric Morain, elle a porté plainte pour « injures publiques, diffamation et injures sexistes publiques ». « C'est offensant parce que c'est sexiste », confiait-elle récemment au micro du podcast Filles de Vignes. « Ce qu'on voudrait, c'est que ce soit considéré au même niveau qu'une insulte raciste, homophobe ou antisémite… » L'audience aura lieu le 4 mai prochain.

Des bouteilles pour lutter contre le patriarcat

« Putes Féministes », macération de muscat et gewurztraminer du vigneron nature Julien Albertus, a été la première cuvée à voir le jour. Une collaboration avec la dessinatrice Justine Saint Lô (sœur du brillant vigneron François Saint Lô, en Loire), avec laquelle Fleur Godart a co-créé les BD Pur jus et Accouche ! aux éditions Marabout. « Ces cuvées sont des collaborations exclusives avec les domaines que nous distribuons », explique la spécialiste en vins. « En faisant de l'étiquette un espace militant, elles viennent dénoncer des inégalités et discriminations systémiques. »

Chaque cuvée est proposée à une nouvelle dessinatrice concernée par la cause défendue. « On essaye de laisser de la place à autre chose qu'un discours d'homme blanc », ajoute Fleur. « Les cuvées antiracistes sont dessinées par des personnes racisées. Dernièrement, on s'est adressée à une personne handicapée qui se définit comme non binaire, qui a dessiné la cuvée ‘Differently Able’ — jeu de mots avec l'anglais disable, ‘handicapé’, mais aussi littéralement ‘incapable’. »

A noter que tous les bénéfices sont reversés à des associations concernées par la causes défendue par chaque bouteille : sexisme, racisme, homophobie... Voir les détails ici.

© Fleur Godard - Vins et Volailles

« Diffusée à des milliers d’exemplaires, une étiquette de vin est un média » rappelle sur Twitter Antonin Iommi-Amunategui, autre figure qui compte dans le monde du vin naturel. Le journaliste et cofondateur de la très chouette maison d'édition Nouriturfu se dit révolté par ceux qu'il appelle dans un brillant article, les vieux mâles blancs du vin.

D'autres soutiens sont venus épauler la cause. Paye ton pinard, compte Instagram créé pour recueillir la parole des femmes, qu’il s’agisse de sexisme ordinaire, de violence sexiste ou sexuelle, a même lancé une cagnotte solidaire pour soutenir Fleur Godart. L’argent récolté servira à payer les frais liés au futur procès : constats d’huissiers, consignations de partie civile, frais d’avocat et de dossiers, etc.

Un cadeau idéal

« Sur le compte Instagram de Vins et Volailles, on a répertorié toutes le caves parisiennes où trouver ces cuvées » explique l'agent de vins. « On peut aussi les expédier en Chronopost partout dans le monde. » 

Elles coûtent une vingtaine d'euros chaque. A vous de choisir celle qui vous parle le plus ! « Sorcières 2019 » d'Athénais de Béru, côté Chablis, est un chardonnay hommage au livre éponyme de Mona Chollet« Car dans le milieu du vin, aussi hallucinant que cela puisse paraître, certains esprits étriqués continuent de refuser aux femmes l'accès au chai, pour éviter de faire tourner le vin, si jamais elles ont leurs règles. »

Ou « T'as pas encore rencontré le bon », un sauvignon blanc de Mathieu Coste, en soutien notamment aux lesbiennes qui se mangent cette fichue phrase toute faite à longueur de temps dans le milieu hétéronormé du vin. Mais peut-être que le plus beau retour à l'envoyeur c'est « On ne peut plus rien dire 2019 » : un gamay glouglou signé Mathieu Coste, pour claquer le beignet à ceux qui s'offusquent quand on leur dit que leurs blagues sont pourries, mais surtout racistes, sexistes, homophobes, etc. In vino veritas !

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