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Vincent Dedienne, comique de séduction

Dans sa loge du théâtre de la Porte Saint-Martin, où il tient en ce moment le haut de l’affiche dans un truculent Labiche, Vincent Dedienne confesse être un vampire et se rêve en bad boy.

Alix Leridon
Écrit par
Alix Leridon
Journaliste, Time Out Paris
Vincent Dedienne pour Time Out Paris © Marie Rouge
Vincent Dedienne pour Time Out Paris © Marie Rouge
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« Où est passée Macha ?! », s’inquiète Vincent Dedienne, en proie à une panique soudaine, dans le salon d’apparat du théâtre de la Porte Saint-Martin où il nous reçoit. Un aboiement non loin déride le front du comédien. En actrice née, sa petite chienne – nommée d’après l’une des Trois Sœurs de la pièce de Tchekhov – accepte de se prêter, après nous avoir un peu rabroués, au jeu du shooting photo. Dans quelques heures, son maître jouera ici pour la troisième fois le héros bonimenteur et hardi d’Un Chapeau de paille d’Italie, vaudeville d’Eugène Labiche mis en scène par Alain Françon. Macha, elle, se languira de lui en coulisses.

Vincent Dedienne pour Time Out Paris © Marie Rouge
Vincent Dedienne pour Time Out Paris © Marie Rouge

Sur scène, Dedienne est comme monté sur ressorts, il rayonne, Labiche dans ses phares. Électrisé par la musique live de Feu! Chatterton et par une mise en scène endiablée, l’acteur livre une performance rare. C’est qu’il est dans son élément : « Je suis fasciné par la rapidité : ça m’hystérise. Je ne supporte pas de travailler avec des gens lents. » Cette hystérie toute maîtrisée irradie. C’est simple, on ne voit que lui. « Cette pièce, explique-t-il, il faut la jouer comme un orchestre ; c’est symphonique, ça ne souffre pas les partitions individuelles. » Dix-neuf comédiens, trois musiciens, le défi est de s’accorder collectivement. Une grosse production pour un projet d’une ampleur devenue rare dans le théâtre privé, de plus en plus dominé par les seuls-en-scène et pièces à petits effectifs : « On est peut-être un des derniers spectacles où il y aura autant de gens sur scène. Bientôt, ça n’existera plus. Il n’y a plus assez d’argent dans le théâtre, ni public, ni privé. » 

Sucer l’énergie du public

Pour le comédien, qui vient de passer deux ans à jouer Un Soir de gala, son second seul-en-scène (récompensé du Molière de l’humour), c’est le début d’un nouveau marathon. Un jour sans fin, le théâtre ? Pas pour Dedienne, qui vit très bien cette inlassable répétition du même – qui n’est jamais tout à fait le même. « Jouer un spectacle 300 fois, c’est pas grand-chose, ça passe vite. La question, c’est de savoir se réinventer chaque soir, de s’améliorer. En ça, le théâtre est à rebours de la vie. Au quotidien, tout nous pousse à empirer : on se recroqueville sur ses paranos, ses angoisses, ses névroses. Au théâtre, c’est l’inverse. » Représentation après représentation, il s’agit de faire mieux avec le même, et ça, « c’est l’inverse de la lassitude ».  

Vincent Dedienne pour Time Out Paris © Marie Rouge
Vincent Dedienne pour Time Out Paris © Marie Rouge

Chaque soir, c’est aussi le public qui change, et chaque soir, c’est un nouveau monde à conquérir, dont le comédien dit se nourrir – littéralement : « On est un peu des vampires, les acteurs : on suce l’énergie de nos proies, celle du public. C’est aussi pour ça que je suis un toxico du théâtre. » Lieu d’échange, de contact sensible, la scène induit un rapport de séduction, et particulièrement chez les humoristes, dit-il : « L’humour, comme la chanson, c’est une question de séduction. Comique ou chanteur, on monte sur scène pour emballer tout le monde. Nous, on n’a pas le mystère, le sex-appeal ou la voix du crooner ; alors on fait des blagues. Mais la finalité est la même : emballer tout le monde. Dans mes seuls-en-scène, je monte sur scène pour faire mon intéressant, pour draguer les gens. Dans Un Chapeau de paille, bien sûr, c’est un peu différent… » 

Dans Un Chapeau de paille d’Italie et dans Je ne suis pas un héros (film de Rudy Milstein dans lequel il tient le premier rôle, au cinéma le 22 novembre), Vincent Dedienne incarne deux personnages qui n’ont pas grand chose en commun, si ce n’est leur capacité à s’empêtrer – plus ou moins sciemment – dans le mensonge. Pas vraiment une prédisposition chez l’acteur : « Il faut être très bon acteur pour mentir dans la vie. Sur scène, j’arrive à me démerder, au quotidien, j’en suis incapable : je rougis, je souffre, c’est limite si mon nez ne s’allonge pas... » A la ville, il faut donc apprendre à séduire sans mentir. Une leçon que le comédien tire peut-être d’une douloureuse expérience de jeunesse : « Adolescent, j’ai mené une double vie : j’avais une amoureuse et un amoureux en même temps. Ça s'est très mal fini. » 

Vincent Dedienne pour Time Out Paris © Marie Rouge
Vincent Dedienne pour Time Out Paris © Marie Rouge

 

Drôle de crapule 

Depuis, Dedienne se tient (plus ou moins) à carreau mais se rêve en bad boy. On voudrait bien l’aider à ternir son image, mais il a beaucoup de mal à se rappeler la dernière fois qu’il a joué au connard, à part un lâche ghosting amoureux – qui lui jettera la première pierre ? Il avait beau supporter Jafar contre Aladdin quand il était petit, Vincent Dedienne, comme son personnage dans le film de Milstein, fait partie de la team des gentils. Ce qui n’a pas que des avantages : « Je constate que ce sont souvent les moins gentils qui triomphent : ils savent mieux se vendre, ils sont plus séduisants… Être “gentil”, c’est pas toujours sexy. Mais bon, ça vaut vraiment pas le coup d’être méchant pour être sexy. Et puis j’ai l’impression que la méchanceté est un peu passée de mode. » 

A défaut d’en être un, Vincent Dedienne peut se consoler en interprétant plus de personnages dissidents. Une pratique qu’il estime nécessaire, et cathartique : « Ce qui me plaît au théâtre, et qui est moins vrai au cinéma, c’est qu’on a encore la possibilité d’incarner et d’écrire sans trop d’inquiétude des personnages qui sont problématiques. J’ai très peur qu’on arrive à une époque où on ne pourrait plus représenter à l’écran que des héros. On a besoin de représenter nos monstres, nos déviances, nos errances et nos erreurs. C’est le principe de la catharsis, et c’est la responsabilité des artistes de s’en emparer. » Avis aux intéressés : « J’adorerais qu’un agent image m’aide à me transformer en crapule ! » 

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