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Le futur : tout un art ?

A la Gaîté Lyrique, l'expo '2062, aller-retour vers le futur' lorgne vers l'avenir pour mieux scruter les temps présents

© PLEIX
'Hot Spot' du collectif PLEIX

Pour souffler leurs bougies en avance, certains sont prêts à arrondir les angles, d'autres à changer la date du calendrier, en s'imaginant une machine à avancer et remonter dans le temps. C'est le cas de la Gaîté Lyrique qui, au lieu d'attendre l'an 2062 pour fêter le bicentenaire de sa création, a décidé de célébrer ses 200 printemps dès l'hiver 2012 à l'occasion d'une exposition décapante.

Embarquement pour un aller-retour vers le futur foisonnant de créativité : le fief des arts numériques joue les capsules spatio-temporelles jusqu'au 25 mars, ouvrant l'ensemble de son espace à des réflexions artistiques qui cherchent à interroger ce que le futur nous réserve, à éclairer le présent depuis l'avenir ou, pour certaines, à questionner la manière dont les réalités d'aujourd'hui fabriquent celles, encore fictives ou incertaines, de demain. Un voyage en quarante-neuf étapes (pas toujours clairement définies, pensez à vous procurer le dépliant distribué à l'entrée, qui vous aiguillera un peu), ponctué d'œuvres d'art, de séances d'hypnose (si, si), de performances, de projections et d'expériences improbables. Certains ont notamment pu assister au baptême de l'air d'un skateboard volant digne de la hoverboard de Marty McFly les 3 et 4 février. D'autres pourront faire partie des soixante-dix volontaires (inscription sur le site de la Gaîté) qui rejoindront le « sous-marin » de Michel Reilhac du 23 au 25 mars, pour inventer une nouvelle société dans le confinement de la Grande Salle, pendant 48 heures.

Parmi cette cinquantaine d'expéditions temporelles, nous avons esquissé pour vous un itinéraire en cinq escales, particulièrement marquantes. De quoi s'offrir un aperçu de ce nouveau circuit expérimental, audacieusement piloté par la Gaîté. Institution vouée, encore et toujours, à explorer les phénomènes qui régissent la vie contemporaine.

Des écrans lumineux capables d’insuffler la vie, des animaux munis de systèmes de défense technologiques ultra-sophistiqués, un océan réduit à un couloir de vagues, comme pour mieux satisfaire la société des loisirs et ses plaisirs balnéaires. Pleix a vu le futur, et ce n’est pas joli-joli. Aux yeux de ce collectif d’artistes très critique vis à vis de la surconsommation, l’avenir n’est pas beaucoup plus glorieux que les temps présents : rongé par la surconsommation, érodé par la vie virtuelle et meurtri par les inégalités sociales. Au rez-de-chaussée de la Gaîté, le cocktail anxiogène de montages vidéo, d’animations graphiques et d’installations signé Pleix nous transporte vers le futur pour mieux nous jeter les affres de notre société de consommation à la figure. Assez subtilement. De la première radio au premier robot arroseur de plantes en passant par l’invention du Minitel et du Boeing A380, la frise chronologique du collectif NoDesign investit le troisième étage du 3 bis rue Papin afin d’esquisser deux siècles d’évolution technologique, de 1862 à 2062. Mi-réel, mi-fictif, ce petit parcours arbore quelques merveilleuses reliques mécaniques tout droit sorties de l’aube des temps modernes, empruntées au musée des Arts et Métiers, et des maquettes d’objets récents, en cours de conception ou issus, tout simplement, d’un futur imaginaire. Ou comment interroger la continuité du passé, du présent et du futur au sein de la monstrueuse avancée du progrès scientifique. Ecrire un e-mail qui ne sera lu qu’en 2062 ou laisser un message sur la boîte vocale du futur, qui ne pourra être écouté qu’à la date de votre choix par la personne de votre choix : 2014, 2020, 2032, peu importe. C’est ce que font les visiteurs affairés derrière les écrans et les combinés du ‘Salon 2067’ de l’artiste David Guez. Une façon de questionner notre rapport à la mémoire et au passage du temps : si tous les messages que nous envoyons sont voués, au fond, à être réceptionnés dans l’avenir, Guez joue sur l’élasticité de ce laps incertain de temps. Jaunies par la cruelle accélération du temps technique, trois machines un brin datées (sismographes ? électrocardiographes ?) s’affairent follement au quatrième, transcrivant sans relâche des données plus ou moins intelligibles (dépêches d’actualité catastrophistes, courbes graphiques…). Avec une lenteur sournoise, un des instruments de mesure crache d’inlassables rouleaux de papier, vomissant des informations qui s’entassent en quantités alarmantes sur le sol. Bienvenue dans le quotidien du « robot trader » de RYBN, condamné à acheter et vendre des actions tout en enregistrant les ondes de choc qui secouent les marchés financiers jusqu’à sa banqueroute programmée. Comme pour tirer une sonnette d’alarme par l’absurde. A vos torches ! Avant de pénétrer dans l’antre de François Olislaeger, aux faux airs de grotte préhistorique, un médiateur vous équipe d’une petite lampe de poche : sans elle, impossible de lire la frise gribouillée sur les murs noirs du quatrième étage par l’artiste français. A partir de visions du futur récoltées auprès des internautes de la Gaîté, le dessinateur a réalisé une fresque aux traits naïfs esquissant ce à quoi ressemblera le monde de 2062. Hommes « enceints », bars à eau, sexualité mécanisée, cinéma en 5 dimensions… Un esprit darwiniste aurait même avancé que, à force de pianoter sur des claviers de téléphone et des manettes de console de jeu, les pouces de l’homme risqueraient bien de doubler en taille. Vu comme ça, le futur n’est pas très pratique. Et moche. Pensez-y…

Auteur : Tania Brimson

> Pour la programmation complète c'est par ici

DOSSIER SPECIAL • LE MONDE EN 2062

Futur imparfait ?

Dans le sillage de l'exposition '2062, aller-retour vers le futur' à la Gaîté Lyrique, nous avons demandé à des experts du monde entier de sortir leur boule de cristal. Et d'imaginer, à leur tour, de quoi demain sera fait à New York, Beijing, Dubaï, Londres et Shanghai... <a href=/paris/feature/451/futur-imparfait-r”>La suite</a>

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Infos Pratiques

Quand ? • Du 1er février au 25 mars 2012

Du mardi au samedi de 14h à 20h, le dimanche de 14h à 18h ; nocturne le mardi jusqu'à 22h

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Combien ? • De 5 € à 7 €

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