Accumulations

Art, Art contemporain Libre
  • 4 sur 5 étoiles
0 J'aime
Epingler
Accumulations (©C.Gaillard)
1/7
©C.Gaillard
'La colère monte', Arman (1961)
Accumulations (©C.Gaillard)
2/7
©C.Gaillard
Accumulations (© C.Gaillard)
3/7
© C.Gaillard
'Pistons pistonnés', Arman (1963)
Accumulations (©C.Gaillard)
4/7
©C.Gaillard
Accumulations (©C.Gaillard)
5/7
©C.Gaillard
'Clic-clac Kodak, Hélàs', Arman (1962)
Accumulations (©C.Gaillard)
6/7
©C.Gaillard
'Dans une autre galaxie', Arman (1964)
Accumulations (© C.Gaillard)
7/7
© C.Gaillard
'L'Affaire du courrier' et 'Le poids de la conscience' d'Arman

Voilà une exposition qui contentera les syllogomaniaques. Comme pour faire un clin d’œil à ses soixante années d’existence, au cours desquelles les rétrospectives et les genres se sont succédé, la galerie Daniel Templon présente la série ‘Accumulations’ de l’artiste français Arman. Une quarantaine d’œuvres composées d’objets manufacturés et usagés visant à dénoncer avec humour la violence de l’abondance et la perversion de la masse.

Virtuose de l’entassement injustement méconnu, Arman a posé le principe de sérialisation dès 1959. Soit quelques années avec les ‘Campbell’s Soup Cans’ de son contemporain Andy Warhol. Sauf que Arman, lui, ne se cantonne pas à un style mais mélange les techniques. ‘Accumulations’ mêle ainsi les amas de fers à repasser en fonte ou de boîtes de conserve empilés sous forme de sculptures prêtes à prendre vie. Mais également les compilations de manomètres et de catadioptres momifiés dans la résine et conçus tels des tableaux classiques en trois dimensions.

Cette esthétisation du déchet, qui a inspiré des artistes plus récents comme Subodh Gupta, n’a pourtant rien à voir avec la prolifération monstrueuse que l'on retrouve dans les conceptions de Thomas Hirschhorn. Bien que le travail de ces deux virtuoses de l’entassement interroge la société de consommation en plaçant le visiteur face à une tragédie du trop-plein, celui d’Arman se révèle plus ordonné, moins brouillon. Résultat : même si l’on a l’impression de pénétrer dans l’antre d’un collectionneur compulsif, on ne se sent pas submergé par la quantité de vieilleries des années 1960 présentées. Une sensation qui doit aussi beaucoup à la muséologie vaste et claire mise en place par la galerie. Ainsi, ce n’est véritablement qu’en s’approchant des œuvres que l’on se retrouve happé puis accablé par cette avalanche de matière parfois indistincte. Et pour cause : certains objets, noyés dans leur enchevêtrement, ne sont pas immédiatement reconnaissables.
Une métaphore pour rappeler la condition de « neutralisation de l’être individuel dans le grand formatage de la société de consommation naissante », affirme l’historien de l’art Nicolas Bourriaud. Un sinistre et funeste constat qu’Arman parvient toutefois à dédramatiser par un aspect comique dans le titre de ses œuvres – à l’exemple de ‘Busy’ et son accumulation de combinés téléphoniques. De même que par une dimension onirique offrant aux objets de notre quotidien une seconde vie cosmique.

Bref, la prochaine fois que votre maman vous ordonnera de ranger votre bazar, ne lui répondez pas que vous avez la flemme de faire du tri mais plutôt que vous poursuivez l’œuvre d’Arman. Cela sera plus percutant.

Par Clotilde Gaillard

Publié :

LiveReviews|0
NaN people listening