Afriques

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Afriques
(c) Polka Galerie
Françoise Huguier, 'Jeune fille Somono Ségou', Mali, 1995

En ce mois de novembre 2011, la nouvelle édition de Paris Photo met l'Afrique à l'honneur. A la Polka Galerie, voilà un excellent prétexte, s'il en fallait, pour inviter six photographes internationaux à exposer leur vision du continent noir et de sa diaspora.

Mise en bouche en vitrine, côté rue, avec d'immenses tirages panoramiques signés Titouan Lamazou. Sortes de « tableaux-collages », ces montages réunissent des dizaines de photographies distinctes (de gens, de lieux, d’objets) recomposées et remises en scène dans des situations mi-documentaires, mi-imaginaires. Un parti pris doté, à l'habitude de l'artiste, d'une plasticité spectaculaire, éclatante de couleurs, un brin sensationnaliste peut-être, mais qui jure brutalement avec le sujet traité. En l'occurrence : les conditions de vie déplorables des femmes de la région des Grands Lacs, auxquelles Lamazou rend ici un hommage tendre et percutant. C’est l'Afrique des bidonvilles, de la jungle, du machisme, du chaos organisé, effervescente et débordante de vie. Elle fait face à celle de l’Allemand Jürgen Schadeberg, grand photographe de l’Afrique du Sud depuis les années 1950. L’histoire de la terre de Mandela s’y débobine en quelques clichés frappants : les luttes politiques, le jazz, l’apartheid, la débauche, la pauvreté prennent la forme lumineuse d'une étrange fête constante, viciée par les inégalités sociales.

Côté cour, plus intime et plus délié, un tout autre continent s'esquisse dans le noir et blanc tranchant de Sebastião Salgado et Françoise Huguier. On y croise des portraits solennels, des ombres dramatiquement projetées sur fond blanc, des rayons de lumière à la vibration mystique. Certaines scènes racontent entre les lignes les écorchures de la pénurie et de la guerre, sans jamais sombrer dans un misérabilisme malvenu.

Quant à Marc Riboud, il se démarque en nous emmenant au Ghana, sur des pirogues, pour dépeindre les efforts héroïques de dockers dans leur lutte acharnée contre les mers tempétueuses d'Accra. De cette série datant de 1960, on retient le mouvement, les corps musclés, l’aspect sculptural de l’homme massif et anguleux, qui évoquent les épopées de la peinture classique ou la monumentalité des années 1930, ère des colonies et de l’art déco. Une certaine grâce désuète que l'on retrouve d’une tout autre manière dans le grain épais de Sebastião Salgado lorsqu'il photographie, avec une sensibilité presque impressionniste, des troupeaux de zébus, affairés au cœur des terres fumeuses du sud du Soudan. Dommage que la scénographie, chaotique (c'est le grand défaut de la galerie), mette trop peu les oeuvres en valeur.

A mille lieues de tout ça surgit l'Afrique de Philippe Guionie, perdue au fin fond de l'Amérique latine. Une diaspora noire méconnue, échouée dans les régions reculées de la Colombie, du Pérou ou de la Bolivie depuis le XVIe siècle. On y découvre une communauté surprenante, disposée à s'abandonner au capteur du Français avec une désinvolture complice. En découle une superbe série de portraits spontanés, bruts, à l'expressivité communicative. Une série qui oscille impeccablement entre art, reportage et fresque sociale : du Polka tout craché.

Par Tania Brimson

Publié :

Téléphone de l'événement 01.71.20.54.97
Site Web de l'événement http://www.polkagalerie.com/expos/
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