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Bettina Rheims

  • Art, Photographie
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Time Out dit

4 sur 5 étoiles

La Maison Européenne de la Photographie présente pour la première fois l'ensemble de l'œuvre de la grande photographe française Bettina Rheims. Pensée non pas comme une rétrospective mais comme un cheminement, l'exposition nous entraîne dans un itinéraire faisant fi de toute chronologie pour nous plonger au cœur de son obsession : la femme. A travers 180 images, portraits frontaux d'actrices, mannequins, androgynes ou détenues détournant à outrance les codes esthétiques de représentation de l'image de la féminité, on prend conscience de l'ampleur de sa carrière et de la singularité de son regard. Les femmes y sont en effet fatales, aussi magnifiques que terrifiantes.

Nos yeux se glissent ainsi entre les fentes des tissus et des cuisses puis se heurtent à la brutalité du regard de la femme photographiée. Avec une violence certaine, Bettina Rheims donne à voir une femme en pleine possession de la puissance que lui confère son sexe. A la limite du trash, qu'elle franchit plus d'une fois pour pousser à l'extrême le féminisme qui s'approprie l'image machiste de la femme, la photographe fait reculer le spectateur dans ses retranchements pour l'amener à s'interroger sur sa propre vision de la Femme. Le mannequin Anna T., « salie de fleurs et de peinture », est donc « plus belle encore » nous indique le titre de ce portrait d'une somptueuse blonde nous fixant d'un œil sensuel, sa plantureuse poitrine s'étalant dans une peinture noire qui épouse ses courbes généreuses. Et que penser de cette magnifique Monica Bellucci aux spaghettis dans sa combinaison de latex rouge, versant du ketchup dégoulinant sur son plat italien dans une cuisine de formica à papier peint ringard ? Fantasme, cliché, jeu ? Chacun reçoit l'image de plein fouet et s'en trouve désarçonné. Car, à la manière d'Helmut Newton, Bettina Rheims dérange avec ses femmes nues, vivantes et dominatrices. Ce dérangement nécessaire passe aussi bien par les poses affirmées, ambiguës ou carrément sexuelles, que par les couleurs franches, la célébrité des sujets photographiés et la précision du décor ultra réaliste mais assumant son artefact.

En offrant l'intégralité de son espace aux photos de Bettina Rheims, la MEP rend hommage à celle qui a le plus sincèrement et le plus violemment défendu son objectif et sa vision, dans une continuité étonnante pour une carrière aussi longue. On est heureux de découvrir des travaux inédits, comme ces portraits de détenues, loin du clinquant que peut avoir un portrait de star, mais s'inscrivant toujours dans la recherche de la possession de la femme par elle-même. Surprenant aussi cette série « Rose c'est Paris » où des femmes nues posent dans la ville comme autant de tableaux mystiques et énigmatiques qui en construiraient l'histoire fabulée.
Impressionnante exposition qui rend hommage à un vaste travail, complexe et riche, subversif et contemporain, les différentes séries qui composent ‘Bettina Rheims’ vous interpelleront donc d'une façon ou d'une autre. 

Écrit par
Elise Boutié

Infos

Site Web de l'événement
www.mep-fr.org
Adresse
Prix
8 €
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