Calligraffi d’hier et d’aujourd’hui

Art, Résidences d'artistes
  • 4 sur 5 étoiles
0 J'aime
Epingler
Calligraffi (©C.Gaillard)
1/6
©C.Gaillard
Calligraffi (©C.Gaillard)
2/6
©C.Gaillard
Calligraffi (©C.Gaillard)
3/6
©C.Gaillard
Nourredine Chater, sans nom
Calligraffi (©C.Gaillard)
4/6
©C.Gaillard
Nourredine Chater, Chouffe
Calligraffi (©C.Gaillard)
5/6
©C.Gaillard
Détail de toile, The Blind
Calligraffi (©C.Gaillard)
6/6
©C.Gaillard

Créative et prônant l’échange interculturel, cette exposition trimestrielle est à l’image du lieu où elle se tient.

Non, aucune faute d’orthographe n’est à déplorer. Le jeu de mot du titre de l'exposition ‘Calligraffi’ célèbre la rencontre entre moyen d’expression de l’élite et caractère populaire, union de la rigueur traditionnelle et de la liberté contestataire. En d’autres termes, cette exposition (actuellement à la Manufacture 111) allie l’art scriptural ancestral de la calligraphie et la culture urbaine du graffiti. Deux courants plus proches qu’il n’y paraît.

Comment cette fusion a-t-elle eu lieu ? En assignant à résidence quatre artistes – deux graffeurs autodidactes, The Blind et Soemone, et deux calligraphes sortis des Beaux-Arts : Noureddine Chater et Larbi Cherkaoui – qui ont eu carte blanche pour créer des œuvres à plusieurs mains. Seule contrainte : faire dialoguer leur vision respective du lettrage, eux qui ne sont pas issus de la même génération ni de la même formation. Un échange d’expérience, de culture et d’approche esthétique autant que technique dont est né un melting-pot de peinture unique, qui interroge sur la place de la tradition (symbolisée par les arabesques calligraphiées) dans nos sociétés modernes (incarnées par le street-art).

Sur les murs de briques blanchies à la chaux de la galerie s’exposent donc des toiles chamarrées et aux styles superposés, sans titre pour la plupart. Certaines se déclinent dans des teintes orangées, chaudes comme un après-midi à Riyad, d’autres ont les nuances bleutées des froides nuits désertiques, voire sont carrément en noir et blanc. Une diversité chromatique qui, pour peu, donnerait au visiteur la sensation de plonger dans un manuscrit enluminé de modernité, où les lettres de l’alphabet arabe soigneusement tracées se mêlent aux grands coups de pinceaux laissant des coulées par endroits. Un paradoxe amusant quand on sait que la calligraphie n’admet aucune imperfection. De même, les esquisses au henné, réalisées sur des peaux de chèvre par Larbi Cherkaoui, croisent les messages en braille de The Blind. Et les collages de texte ou les motifs de tapisserie orientale faisant office de fond sont révélés en 3D par des demi-sphères transparentes. 

Car ces gros points en relief, intégrés aux tableaux, révèlent l’autre caractère original de l’exposition ‘Calligaffi’. Leur disposition forme en effet des messages en braille, taille XXL, que chacun peut effleurer de la main pour les déchiffrer. Sont ainsi dissimulées des injonctions en arabe comme « chouffe » (qui signifie « regarde ») ou en français, comme « être touché ». Mais cette interaction ludique, ce contact physique rare avec les œuvres semblent surtout sonner le glas de la muséologie conventionnelle. Qui, en retranchant derrière des cordons de sécurité l’art et la culture, les fait paraître inabordables.

‘Calligaffi’ démontre donc concrètement que le partage ne doit pas simplement s’opérer entre les artistes mais également avec le spectateur. Une philosophie à la base du concept de la Manufacture 111.

Par Clotilde Gaillard

Publié :

Téléphone de l'événement 01.40.33.01.36
Site Web de l'événement http://www.manufacture111.com/
LiveReviews|0
1 person listening