Chandigarh : 50 ans après Le Corbusier

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Chandigarh : 50 ans après Le Corbusier
©Rémi Papillault

Qu'est devenue Chandigarh, ce projet urbain de grande ampleur imaginé par l'architecte français Le Corbusier au tout début des années cinquante ? Comment les habitants y vivent-ils, comment se sont-ils approprié la ville ? Cette dernière survit-elle à l'accroissement de la population et aux habitudes de vie indiennes ? Voici quelques-unes des questions que pose l’exposition ‘Chandigarh, 50 ans après Le Corbusier’, dont l’intérêt consiste en une plongée au cœur de la capitale actuelle du Pendjab indien et un questionnement sur son avenir, plutôt qu'un strict retour historique sur son édification.

En 1947, à la suite de l'indépendance de l'Inde, le Premier ministre Nehru lance un grand plan de modernisation du pays qui passe notamment par l'aménagement du territoire. Une centaine de villes nouvelles sont ainsi construites. Dans une première vidéo (il y en a sept au total), un architecte indien qui a fait partie du projet raconte : lorsque le premier architecte américain renonce à Chandigarh après le décès de son partenaire, c'est un duo anglais qui reprend le flambeau, Maxwell Fry et Jane B. Drew. Ce sont eux d’ailleurs qui iront chercher Le Corbusier et son associé Pierre Jeanneret – moins connu que son cousin alors qu’il a supervisé l’avancement des travaux pendant quinze. Ex nihilo, le plan de la métropole se déploie alors : une grille apparaît qui détermine des secteurs résidentiels formant des microcosmes en eux-mêmes. Ils sont séparés par des voies hiérarchisées selon les différents moyens de transport et la vitesse de circulation, et traversés par une grande coulée verte. Chandigarh est inaugurée le 7 octobre 1953.  

Sept séquences thématiques rendent compte de la vie réelle qui s'est organisée dans ce tracé artificiel : la vie domestique, la nature, la mobilité, les secteurs, l'informel, la polis, l'héritage et enfin, en guise de conclusion, un appendice sur le Capitole, ce centre administratif inachevé relégué hors de la ville, comme il l'est à la toute fin du parcours d'exposition. Chacune comprend les plans d'origine, des maquettes récentes pour comprendre les idées corbuséennes au fondement de cette création urbanistique et un film réalisé par Christian Barani qui nous entraîne dans une promenade à travers Chandigarh et permet de prendre le pouls de l'existence, de mesurer la pratique véritable d'un environnement imposé et par là même le détournement des usages imaginés par les maîtres d’œuvre.

Cette confrontation n'oppose pas systématiquement la conception initiale de la ville à la façon dont les habitants l’ont assimilée. Elle regarde plutôt son évolution. Ainsi, fenêtres et climatisation remplacent aujourd’hui les claustra adaptés au climat du Pendjab. Le système de circulation fonctionne toujours aussi bien malgré la multiplication des moyens de transport individuels. Par contre, la traversée des voies est un exercice quotidien particulièrement périlleux. La division de la population entre riches et pauvres a, elle, repris le dessus dans les secteurs conçus pour accueillir initialement de la mixité. La nature, très présente avec la coulée verte, l'arborisation des voies et des espaces publics, fait de Chandigarh « l'anti-modèle des villes industrialisées indiennes ». L’informel a également toute sa place comme le montrent la construction de commerces éphémères et de bidonvilles.

L'exposition 'Chandigarh, 50 ans après Le Corbusier' ne juge pas mais regarde la transformation d'une ville indienne dont la population est passée de 120 000 habitants en 1961 à 1 200 000 en 2015. L'enjeu actuel pour Chandigarh est donc sa modernisation dans le respect d'un patrimoine, mais à quel degré ? En 2016, l'Unesco décidera ou non de classer la ville au patrimoine mondial de l'humanité. 

Virginie Duchesne

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