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Critique

Face-à-face

4 sur 5 étoiles

Ou comment dépeindre la maladie en la regardant droit dans les yeux.

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Time Out dit

Bénédicte Pontet est une virtuose de cette subtile autofiction anatomique qu’est l’autoportrait. Et c’est devant un miroir, sans modèle photo, que l’artiste peint son reflet. Un reflet qui ne la représente pourtant pas elle personnellement, mais la femme dans son entièreté, dans les expressions de son visage et dans sa gestuelle. Ses toiles, universelles, sont faites pour que chacun (et chacune) s’y projette et se les approprie. Ainsi, lorsque Bénédicte Pontet a vaincu le cancer, le besoin de mettre des images sur la douleur qu'engendre la maladie est apparu comme une évidence. Afin de se soulager mais également de servir d’exutoire pictural à ceux qui ont vécu ou vivent cette épreuve.

Avec 'Face-à-face', elle nous livre ainsi un témoignage artistique profondément humain, aussi poignant qu'authentique. Ses toiles reprennent en détail ses occupations hospitalières : lire des magazines, écouter de la musique sur son téléphone, etc. Des morceaux de vie quotidienne pas si anodins, dispersés mais reliés par les fins canaux des perfusions sanguines constituant l’installation. Tel un corps éclaté, puzzle de peinture ou de chair, qu’il faut reconstruire à coup de chimio puis de pinceau.

Malgré son thème pesant, cette exposition se pose comme une ode à la joie de (sur)vivre. Certes, certains tableaux sont empreints de souffrance, lorsque le visage se met à grimacer légèrement, d’autres de violence, quand l’avant-bras se voit barbouillé de plasma. Quelques-uns le sont également dans leur symbolique, notamment avec la présence de vrais codes-barres distribués au patient durant les soins, collés sur la toile. Comme si la personne devenait objet. Toutefois, la plupart de ces œuvres s’inscrivent dans une réelle positivité, par leurs couleurs vives et affirmées mais aussi par le message qu’elles permettent de faire passer. Avec une bretelle de son soutien-gorge glissant sensuellement d’une épaule, une jonquille en main, des bijoux et des foulards assortis sur un front déserté et même deux ou trois nus, Bénédicte Pontet démontre que la maladie n’empêche pas la féminité. Ni même l’humour, comme le prouve ‘La Reine’, où l’artiste s’amuse de son crâne chauve avec une couronne de galette des rois.

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